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Politique

Un mort, c’est un mort de trop !

La police a tué 14 personnes en un an et en a blessé une centaine

C’est une première en France, l’Inspection Générale de la police nationale a dévoilé un bilan très partiel des morts dû à l’intervention de la police. Bilan 14 morts, une centaine de blessés entre juillet 2017 et janvier 2018. Si la patronne du service explique que ce ne sont pas des bavures, on est en droit de se demander si l’utilisation de la force n’est pas disproportionnée surtout lorsque l’on constate que l’utilisation de l’arme de poing des agents a plus que doublé en un an. Dans tous les cas, un mort est un mort de trop.

Crédit photo : DDM archives

Marie-France Monéger-Guyomarc’h, patronne de l’IGPN, s’est vantée de cette « évolution ». Pour la première fois en France, les chiffres des tués et blessés lors de l’intervention de la police ont été dévoilés : 14 morts et plus de cent blessés. Il n’y a aucune information sur les circonstances de ces morts. Pour faire passer la pilule, elle a expliqué que deux des morts sont des terroristes,notamment celui qui a été abattu dans le quartier de l’Opéra à Paris en mai 2018 et celui de la gare Saint-Charles en octobre à Marseille.

En effet, l’étude est très partielle. On nous explique que les chiffres correspondent aux données comprises entre juillet 2017 et janvier 2018 pour les morts mais seulement ceux des relevés de l’IGPN et de seulement deux directions départementales de sécurité publique, en Gironde et dans les Yvelines avant d’être élargie à l’ensemble du territoire.

Les chiffres des blessés correspondent à la période comprise entre le 1er juillet 2017 et le 31 décembre 2017 seulement. Ces blessés sont seulement ceux qui ont eu des ITT dépassant 8 jours. On imagine donc que ces chiffres sont très en deçà de la réalité.

La patronne de l’IGPN a essayé de convaincre que « Ce recensement n’est pas un recensement de bavures. Ce n’est pas un recensement d’erreurs, ni de fautes, c’est un recensement de dommages. Il n’y a pas de lien entre l’importance d’un dommage et l’illégitimité de l’usage de la force ».
Pourtant, aucune possibilité de savoir les raisons de cette violence, qui ont trop souvent provoqué la mort d’une personne. De plus, il est légitime de se poser la question de la bavure lorsque l’on sait que le gouvernement a élargie la possibilité de recourir à l’usage d’armes létales en cas de légitime défense. La caractérisation de la légitime défense a été volontairement floutée. Comme l’explique Marianne, les policiers « peuvent désormais faire usage de leur arme en cas de véhicule "dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à l’intégrité physique d’autrui" ».

En effet, ce rapport est accompagné du recensement des utilisations des armes des policiers (policiers car les actions de la gendarmerie ne font pas partis de l’étude). Or, l’IGPN explique que les forces de répression ont effectué près de 2.500 tirs de lanceur de balle de défense, soit une augmentation de 46% par rapport à l’année précédente. L’utilisation du taser, a augmenté de 20%.
Chiffre beaucoup plus inquiétant, l’augmentation de 54 % de tirs de pistolets automatiques. Il est clair qu’il y a un lien direct avec l’élargissement du droit à l’utilisation des armes de poing par les forces de l’ordre. L’IGPN, pourtant, dément. Selon Marie-France Monéger-Guyomarc’h,cela serait la faute aux gens, aux conducteurs qui refusent de s’arrêter pour un contrôle routier. « Cela peut arriver pour des raisons d’une banalité effrayante : ils n’ont pas de permis de conduire, pas d’assurance ou sont arrêtés pour usage de stupéfiants ou d’alcool. Dans la quasi totalité des affaires, la légitime défense a été retenue pour les policiers » explique la patronne de l’IGPN.

Il est clair que ces chiffres ne sont pas mis dans leur contexte, qu’ils sont bien en deçà de la réalité, ils ne prennent pas en compte de nombreux cas de violence, notamment dans les manifestations, les interventions de la BAC quotidiennement dans les quartiers populaires ; ils ne prennent pas en compte toutes ces affaires qui ne remontent jamais aux sommets. La police assassine, la police mutile dans l’impunité quasi-totale. Le permis de tuer en cas d’une « légitime défense » qui n’est pas vraiment défini ne peut qu’aggraver encore plus ce lourd bilan.




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