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Notre classe

Interview de Karim, délégué SUD Rail au Technicentre SNCF du Landy

« La politique de la SNCF est claire : tout filialiser. Le 16, on sera en grève pour lancer un avertissement au gouvernement ! »

La politique de privatisation de la SNCF est en cours. Les ordonnances du gouvernement Macron rajoutent une pierre à l’édifice de la casse du service public. Contrairement au discours qui cherche à diviser en essayant de faire croire que les cheminots ne sont pas concernés par les ordonnances, ou qu’ils feraient mieux de s’occuper uniquement de leurs retraites, nous avons interviewé Karim, délégué SUD Rail au Technicentre du Landy, en région parisienne, qui nous explique la situation à la SNCF, les attaques en cours et comment les cheminots voient la journée de grève du 16 novembre et comment ils préparent le « tous ensemble » qui fait tant défaut aujourd’hui.

Révolution Permanente : Quelle est la situation à la SNCF aujourd’huiet en particulier dans le secteur du matériel où tu travailles ?

Karim : Il y a plusieurs dossiers importants aujourd’hui. D’abord, il y a la question de l’extension des DII (Déclaration Individuelle d’intention de grève). Au Matériel, mais aussi ailleurs, dans la continuité de la loi Sarkozy de 2007, loi du service minimum, la direction élargit aujourd’hui cette obligation de se déclarer gréviste 48h avant à quasiment l’ensemble des métiers. C’est clairement une attaque au droit de grève, et ce n’est pas acceptable, d’autant plus qu’au Technicentre on n’est pas directement rattaché aux circulations, ce qui était pourtant l’argument du gouvernement pour instaurer cette loi en 2007.

Il y a ensuite le dossier concernant la privatisation. Au Matériel, nous avons Mastéris, c’est la filiale du Matériel de la SNCF. Afin de comprendre comment ça marche, Mastéris prend des parts de marchés au Matériel pour soi-disant faire face à la concurrence. Le discours de la direction est de dire que cela reste une filiale et donc qu’on ne devrait pas être inquiets. Mais sauf que quand on analyse ce qui s’est passé en 2014 avec l’éclatement de l’entreprise et en 2016 avec la mise en place de la convention collective du ferroviaire et les accords d’entreprises, on a aucune garantie que les cheminots qui basculent dans les filiales seront au statut dans quelques années et sur quels accords d’entreprises, peut être seront-ils seulement à la convention collective ?? C’est la grande inconnue !! En plus de cela, nous avons appris récemment que Mastéris récupérait des pièces stratégiques des rames TGV SE qui étaient radiées par exemple. Nous pensons qu’ils forment le personnel des filiales sur le travail que nous faisons aujourd’hui, pour après pouvoir nous l’enlever et le transférer dans les filiales par la suite.

La réalité que nous vivons aujourd’hui au Matériel est difficile pour les cheminots. Ce sont des licenciements qui ne cessent d’augmenter et même la fermeture de plusieurs technicentres : Périgueux, Saintes, Romilly et j’en passe. Toute cette politique de suppressions d’emplois massive qui touche énormément à la vie de beaucoup de familles et des cheminots, est rendue possible précisément par cette politique d’externalisation de la charge de travail. C’est un plan social parfait pour les patrons.

La politique de la direction, elle est claire : « Tout filialiser », c’est-à-dire tout balancer dans les filiales. Tout en sachant que deux sénateurs, Hervé Maurey (UDI) et Louis Nègre (LR) ont présenté un projet de loi, qui prévoit tout simplement l’obligation pour tous les cheminots, au statut ou contractuels, d’être transférés dans les filiales. Le texte est clair, dans un premier temps, le transfert se fera au volontariat, si pas assez de volontaires, cela sera imposé. En cas de refus des agents, cela sera une interruption du contrat de travail, c’est-à-dire un licenciement !!

Le cheminement est simple, aujourd’hui ils mettent en place les filiales(Masteris , Transkeo, Keolis…) et puis demain ils légalisent le transfert obligatoire des cheminots, c’est un passage en force !!! Ils balayent d’un revers de main le statut et la réglementation des cheminots !!

RP : Quel est le lien entre toute cette politique et les ordonnances du gouvernement Macron ?

Karim : Ce qui se passe aujourd’hui à la SNCF a bien sûr un lien avec la politique de Macron et ses ordonnances. Déjà, Macron veut faire sauter le régime de retraites des cheminots, en nous faisant basculer sur le régime du privé. On sait très bien que derrière avec les ordonnances ils pourront toucher comme ils voudront à la réglementation et au statut sans passer par les canaux habituels. Avec les ordonnances, les licenciements seront facilités, même à la SNCF, parce qu’une fois qu’on sera basculé dans les filiales, on sera directement sous les ordonnances de Macron, donc loi travail. Mais aussi, avec l’obligation de transfert, toute « la sécurité de l’emploi » qui était un acquis obtenu avec des années de luttes à la SNCF part aux oubliettes.

Il y a également la fusion des Instances Représentatives du Personnel (IRP), la suppression des CHSCT… Les contractuels, c’est-à-dire les cheminots qui ne sont pas au statut, vont être touchés directement par la loi travail, en exemple les articles 4 et 6 du RH0077, où l’on parle du déroulement de carrière, des augmentations de salaire... Même la direction l’a annoncé très clairement, ils vont appliquer les ordonnances sur le Groupe Public Ferroviaire. Donc oui, nous sommes concernés par les ordonnances.

RP : Le 16 novembre, une nouvelle journée de grève et de manifestation est appelée de manière unitaire par Solidaires, la CGT, FO et les organisations de jeunesse, quel est le sens de cette journée ?

Karim : Le 16, ce sera pour nous l’occasion de lancer un avertissement sérieux au gouvernement. On est bien conscients que ce n’est pas avec des grèves de 24h qu’on va réussir à faire plier le gouvernement, et il faut que tous les travailleurs comprennent cette question. Le 16, il faut y être, pour lancer cet avertissement, mais il va falloir sérieusement passer aux choses sérieuses. La seule manière de gagner, c’est une grève reconductible interprofessionnelle. Il faut montrer que c’est nous qui faisons tourner la société, et c’est en paralysant réellement l’économie qu’on fera cette démonstration, et qu’on obligera Macron et ses amis à faire marche arrière avec ses ordonnances et tous ses projets. Eux ils ont la loi, et nous on a la possibilité d’imposer le rapport de forces, en bloquant le pays. C’est nous qui produisons les richesses, ce n’est pas eux, donc c’est à nous de décider !!

Au niveau des cheminots de la région Paris Nord, nous allons nous retrouver en Assemblée Générale Interservices, ouverte à tous les cheminots. C’est un moment où,quelle que soit l’étiquette syndicale, syndiqués ou non-syndiqués peuvent s’exprimer librement et prendre la parole. C’est le seul endroit où l’on pourra mettre en place une stratégie pour aller chercher la gagne. J’appelle les cheminots à participer massivement aux AG, à se saisir du mouvement. Nous devons nous sentir tous concernés, l’heure est à la mobilisation.

Je terminerais par dire, ne soyons pas égoïste, quel avenir voulons-nous et quel avenir nous voulons pour nos enfants ??

Tous en grève et tous ensemble aux manifestations.




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