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Genres et Sexualités

Haine homophobe

La projection d’un film LGBTI à Bucarest perturbée par des manifestants homophobes.

Lors de la projection d'un film reprenant comme trame de fond une histoire d'amour entre deux hommes, plusieurs militants homophobes ont essayé de bloquer la tenue de l’événement.

Lors de la projection de « Soldati. Poveste din Ferentari », de Ivana Mladenovic, dans une salle du musée du paysan roumain à Bucarest, des manifestants religieux ont tenté de faire arrêter le film. La trentaine de manifestants a été sortie manu militari de la salle et le film a pu reprendre dans de meilleures conditions.

Ce film, tourné dans la banlieue de Bucarest, raconte la relation amoureuse entre un anthropologue en pleine remise en question existentielle s’installant dans Ferentari, un des quartiers les plus pauvres de la ville, et un ancien condamné. C’est donc là le cœur du problème, il s’agit d’une histoire d’amour gay.

La Roumanie est assez en retard sur la question des luttes contre les oppressions spécifiques. En effet, l’article 200 du Code Pénal roumain qui condamnait de 1 à 5 ans de prison pour « dérive à l’ordre moral » (mis en place sous le régime stalinien) n’a été abrogé qu’en 2002, et des statistiques du Conseil National pour la Lutte contre les discriminations indiquent que 53% des roumains aimeraient voir l’homosexualité pénalisée.

Ces manifestants ont réussi, la semaine dernière, à empêcher le déroulement de la projection de 120 battements par minute, film français de Robin Campillo sur la lutte de Act Up. Ce n’est donc pas un acte isolé et d’autres actions de la même veine pourraient être organisées dans les prochaines semaines.

Cette accentuation d’actes de haine contre les LGBTI en poussent des centaines chaque année à la dépression et au suicide 12-14% de la population LGBTI qui ont des tendances suicidaires d’après les chiffres de l’INPES en 2014.

L’avancée des droit LGBTI se fait à reculons en Roumanie puisqu’ils sont sans cesse remis en question. Il est plus question de se faire bien voir par l’UE plutôt que de lutter contre l’homophobie. En 2013, le député écologiste Remus Cernea, a présenté un projet d’union civile au parlement. Il n’y a eu que deux votes pour le texte. Un exemple frappant de la préoccupation de la scène politique roumaine sur ces questions là. Sous Ceausescu et dans les dix années qui ont suivi sa chute, de nombreux homosexuels ont été envoyés en prison sur ce seul motif. Un militant LGBTI expliquait à Mediapart, il y a quelques années, que « lors de la Gay Pride, certains opposants très conservateurs organisent la « Marche de la normalité » simultanément. Ils n’hésitent pas à brandir des portraits de Ion Antonescu, qui a déporté juifs et homosexuels durant la guerre, en même temps que des icônes orthodoxes ». Tous ces événements montrent que l’homophobie est ancrée profondément dans le socle de la société patriarcale et la Roumanie ne fait pas exception. L’année dernière des milliers de personnes étaient descendues dans les rues de Bucarest pour combattre une proposition de référendum qui entérine le mariage comme étant « l’union entre un homme et une femme » et non plus entre « époux ». Ce référendum, issu d’une « initiative citoyenne », est en réalité à l’initiative de plusieurs associations proches de la puissante Église orthodoxe, regroupées sous le nom de « Coalition pour la famille traditionnelle », qui ont porté le projet en récoltant 3millions de signatures.




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