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Politique

Affaire Benalla

La violence d’État est elle inacceptable uniquement quand elle est "illégale" ?

La violence d'Alexandre Benalla sur les images du 1er mai est indéniable. Mais de quelle violence s'agit-il ? Celle d'un homme isolé qui aurait commis une "bavure" ou celle de la milice du capital qui met à jour la violence d'un État de classe ?

L’affaire Benalla remet sur le devant de la scène une dimension centrale du pouvoir d’État : la violence et la répression. Bien souvent, cette dimension du pouvoir est voilée, invisibilisée voire minorée. Tout ceux qui vont en manif sont directement confrontés à cette violence de l’État et de sa police, et ne sont pas dupes sur la prétendue violence des manifestants que les médias dominants instrumentalisent pour discréditer les mouvements sociaux. Tous ceux qui vivent dans les quartiers populaires le savent aussi, car la répression sur les populations défavorisées et issues de l’immigration ne s’embarrasse pas pour tuer ou mutiler. La mort d’Adama Traoré il y a deux ans, ainsi que l’affaire Théo, pour ne citer que deux affaires emblématiques récentes, le prouvent assez.

Ainsi, les images filmées ce 1er mai où l’on voit Alexandre Benalla frapper un manifestant avec la complicité de deux autres agents des services français ainsi que des CRS, mettent à nu pour l’opinion publique la violence constitutive de l’État, ouvrant une crise majeure de la présidence jupitérienne qui prétendait incarner une République irréprochable.

Les images parlent d’elles-mêmes et la violence qui y est déployée ne fait pas de doute. Mais, bien que les médias se soient emparés de l’affaire pour dénoncer le comportement de Benalla et les sanctions très clémentes prises à son encontre, la violence policière, de plus en plus fréquente ces dernières années, n’a pas vraiment fait l’objet d’une critique en tant que telle dans le traitement médiatique de l’événement.

La raison de cette indignation totalement focalisée sur Benalla vient du fait qu’il n’était normalement pas habilité à intervenir en tant que membre des forces de l’ordre ce jour là. En somme, la violence de Benalla serait scandaleuse car elle serait illégitime. Le sous-entendu est que la police serait, elle, parfaitement légitime à utiliser la violence en toutes circonstances. C’est le fameux refrain sur le monopole de la violence légitime dont l’État serait le dépositaire, mais qui n’est en fait que le monopole de la violence bourgeoise, la violence qui justifie et qui impose l’ordre de la bourgeoisie à chaque fois qu’elle le juge nécessaire pour sauvegarder ses intérêts. Les agissements de Benalla et de ses associés étaient connus en haut lieu. On ne peut donc pas ignorer que Collomb et Macron se sentaient parfaitement légitimes à envoyer leurs barbouzes casser du manifestant le 1er mai pour faire régner leur ordre, celui des riches.

Fondamentalement, le pouvoir de la bourgeoisie repose sur la violence qu’il est capable de déchaîner, mais cette dimension n’est pas explicitement mise en avant par le pouvoir. L’État fabrique également du consensus avec ses institutions, son droit et ses lois, et ce même s’il ne s’astreint pas toujours à les respecter, comme on le voit dans l’affaire Benalla. Il sert également à maintenir les structures économiques qui assurent à la bourgeoisie sa domination et son taux de profit.
Pourtant, même la main invisible qui régit l’économie ne peut tenir sans un poing bien réel qui n’est autre que la bande d’hommes armés que le capital sait mettre à sa disposition en la personne de la police et des forces de répression. Cette violence de l’État se manifeste dans chaque tabassage en règle en manif, dans chaque "bavure" policière, dans chaque mise au pas, comme celle que Benalla a infligé à un manifestant. Cette affaire fait résonner avec d’autant plus de force les propos de Engels, qui rappelait que l’État est toujours "l’État de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée". [1]

La violence de Benalla, qui met à mal le masque de la république exemplaire que Macron voulait incarner, ne tombe en définitive pas du ciel. Elle illustre la crise prématurée du macronisme qui, après seulement un an de présidence, commence à montrer des signes d’essoufflement en raison de sa gestion très autoritaire du pouvoir, qui a mis les corps intermédiaires sur la touche sans que cela ne fasse diminuer la grogne, comme le montrent les trois mois de mobilisation des cheminots. Mais Benalla sort aussi directement d’une longue histoire de barbouzerie à la française. Qu’on pense au SAC sous de Gaulle où au cabinet spécial de Mitterrand, la République sait user de la raison d’État pour passer au-dessus des lois et employer ses gros bras pour faire régner son ordre à elle. Benalla est en somme le bras armé de la bourgeoisie qui dévoile aujourd’hui le vrai visage du macronisme.




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