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Monde

Offense aux morts de Gaza

Le Guatemala suit l’exemple de Trump. Son ambassade sera transférée à Jérusalem

Morts pour avoir manifesté pacifiquement contre le déménagement de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, les 50 palestiniens abattus lundi 14 mai par les balles de l’armée israélienne subissent aujourd’hui un nouvel outrage. « Crachant sur leurs tombes », le Guatemala vient, à son tour, d’annoncer le transfert de son ambassade d’une banlieue de Tel-Aviv à Jérusalem. Tandis que les puissances impérialistes occidentales, dont la France, pleurent des larmes de crocodiles et protestent pour la forme contre le massacre, Netanyahou, triomphant, espère un cortège de déménagements qui viendrait compléter le bras d’honneur fait par Trump à l’ONU et à ses résolutions.

L’ambassade américaine à Jérusalem, un symbole de victoire pour Israël

Des manifestations d’ampleur étaient attendues de manière inévitable pour le 15 mai, 70ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, jour de la « catastrophe » qui a chassé les palestiniens de leurs terres et les a conduits à se retrouver enfermés dans la bande de Gaza, devenue aujourd’hui un véritable camp d’extermination à ciel ouvert.

C’est pourtant la veille, le 14 mai, que se sont produites les manifestations des Gazaouis et les tirs à balles réelles de l’armée israélienne qui ont fait 50 morts et des milliers de blessés. C’est, en effet, ce jour-là que Trump avait choisi pour l’extraordinaire provocation que représentait le déménagement de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. La riposte des palestiniens ne s’est pas fait attendre. Prétendre qu’il s’agissait d’une manœuvre du Hamas est une insulte à la légitime révolte des Gazaouis et à leur volonté de laver l’insulte.

On sait toute la valeur symbolique et stratégique attribuée par les Israéliens aussi bien que les Palestiniens au statut de la ville de Jérusalem. Cette question concentre tout le problème de l’existence d’un Etat Palestinien et de sa capitale qui ne peut être, aux yeux de ses ressortissants, que Jérusalem. Trump en avait évidemment mesuré toute l’ampleur lorsque, bousculant le statu quo que ses prédécesseurs avaient jusque-là respecté, il a annoncé sa décision de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, la reconnaissant de fait comme capitale d’Israël.
Après cette journée sanglante, Nétanhyaou, fidèle à sa méthode déjà expérimentée avec succès, refuse toute enquête et savoure la victoire que lui a procuré l’installation effective de l’ambassade US tandis que déferlait la répression armée des Gazaouis. Quant à Trump, qui ne semble guère se soucier de perdre le statut de médiateur dans un processus de paix dont il ne veut clairement pas.

Nétanyhaou cherche qui pourrait emboîter le pas à Trump ?

Plusieurs puissances impérialistes, dont la Grande-Bretagne, proche alliée des Etats-Unis, la France, l’UE et la Russie ont, dès lundi, condamné plus ou moins explicitement l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem. Il faut rappeler que cette intention avait été désavouée par 128 des 193 pays membres de ‘ONU. Le porte-parole de Theresa May a affirmé sa détermination et a déclaré : « L’ambassade britannique en Israël est basée à Tel Aviv et nous n’avons pas le projet de la déplacer ». Des pays comme la Turquie, l’Egypte ou le Maroc ont également exprimé leur désapprobation et leur inquiétude. L’Afrique du Sud a même été jusqu’à fermer son ambassade.

Pourtant, Trump pourrait faire école, soit auprès de pays traditionnellement pro-israéliens, soit auprès des pays satellites des Etats-Unis. Premier sur les rangs, derrière les Etats-Unis, le Guatemala qui, dès le mercredi 16 mai, a transféré sa représentation diplomatique à Jérusalem, son président, Jimmy Morales, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont ouvert la nouvelle ambassade dans une tour moderne et excentrée du sud de Jérusalem. Il pourrait être suivi par d’autres pays d’Amérique latine comme le Honduras ou certains pays d’Afrique comme le Togo ou le Soudan du Sud, ou même d’Europe de l’Est comme la Hongrie, la Croatie, la Roumanie ou la République Tchèque.

Quoiqu’il en soit, le gouvernement Israélien s’emploie activement à généraliser l’essai. La vice-ministre des affaires étrangères, a annoncé la couleur à la radio publique : "nous sommes en contact avec au moins dix pays dont certains en Europe", en vue du transfert de leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Sans préciser plus avant quels pays seraient concernés, elle s’est contentée d’ajouter que l’initiative de Trump « va enclencher un courant dont nous n’avons pour le moment vu que les prémices ».

Une volonté implacable d’écrasement des Palestiniens

La supériorité militaire d’Israël, un des pays les mieux armés du monde, est évidemment écrasante. Si Nétanyahou et Trump mettent à mal sans aucun ménagement, comme ils l’ont fait le 14 mai, toute possibilité pour les Palestiniens de redresser un tant soit peu la tête ; s’ils pratiquent simultanément la provocation symbolique, en implantant l’ambassade à Jérusalem et la destruction physique, en faisant 50 morts à Gaza, c’est évidemment qu’ils n’ont que faire de ménager, même a minima, leurs « adversaires » en vue d’un processus de paix.

Bien au-delà de la première et de la deuxième intifada, l’usage de la force a changé de nature. Il ne s’agit plus ici d’une « guerre » mais de l’éradication pure et simple de tout droit de manifestation et même d’existence, présentées systématiquement comme des soi-disant « menaces » pour Israël. L’enfermement, la privation d’eau, d’électricité, l’interdiction d’accès aux moyens médicaux sont les signes évidents que l’on a largement dépassé l’univers des « conventions internationales ». Les incantations répétées de l’Onu et les exhortations hypocrites des chefs d’Etat à faire un usage « proportionné » des forces de répression, à éviter l’escalade, calmer le jeu, négocier, relèvent, dans un tel contexte, du plus grand cynisme et de la plus grande inconséquence.

Non contents de l’écrasement par la force, Trump et Nétanhyaou, veulent par le déclenchement d’un mouvement d’installation des ambassades à Jérusalem, imposer aux Palestiniens et au monde entier la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël et de lui seul. Une solution bien plus radicale et efficace pour leurs intérêts communs que les résolutions onusiennes…

Crédits : ABIR SULTAN / POOL/AFP/Archives




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