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Politique

Conflits d’intérêts et trafic d’influences

Le bras droit de Macron, Alexis Kohler, visé par une enquête pénale

Suite à la plainte portée par l’ONG Anticor, le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire visant le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. Basé sur une enquête journalistique apparue, à l’origine, le 4 mai sur Mediapart, Anticor affirme qu’Alexis Kohler serait coupable de prise illégale d’intérêt et trafic d’influences, ayant « profité à chaque étape de ses différents postes pour défendre les intérêts de sa société familiale ».

Crédits photo : JACQUES DEMARTHON / AFP

Soupçonné d’avoir permis à l’armateur italo-suisse MSC Croisières des bénéfices en utilisant de ses fonctions au sein de l’État, le Parquet national financier (PNF) ouvrait, ce lundi 4 juin, une enquête visant le secrétaire générale de l’Élysée, Alexis Kohler. Homme certes peu médiatique, celui-ci est pourtant un des principaux cofondateurs d’En Marche et le bras droit de Macron reconnu. À tel point que le président se flatte de l’appeler « la tour de contrôle ». Un surnom qu’il peut apparemment conserver puisque que « selon les indices », il s’est montré très capable de remplir ses fonctions d’État : défendre les intérêts de sa classe (et par ricochet de sa famille).

Le parcours politique d’Alexis Kohler débute en 2000 à Bercy au Trésor. Plus tard il passe par le FMI pour ensuite occuper un poste à l’Agence des participations de l’État (APE). Puis, en 2012, suite à l’élection de François Hollande il devient directeur adjoint au cabinet du ministère d’Économie avec Pierre Moscovici et plus tard avec Emmanuel Macron. En 2016, en élaborant notamment le programme présidentiel il participe à la création d’En Marche tout en occupant, au même temps, le haut poste de directeur financier chez l’armateur MSC. Enfin, avec la victoire de Macron, il quitte ses fonctions chez MSC pour devenir secrétaire général de l’Élysée.

Ce parcours professionnel est, pourtant, selon l’enquête journalistique de Mediapart, toujours traversé par des liens suspects avec l’armateur italo-suisse MSC Croisières, une entreprise dont la cousine germaine de la mère d’Alexis Kohler est la cofondatrice et la principale actionnaire. Comme le montre l’enquête, l’actuel secrétaire général de l’Élysée a représenté, de 2010 à 2012, l’État au conseil d’administration de STX France (ex-Chantier de l’Atlantique) alors que l’armateur MSC est le principal – et en fut pendant longtemps l’unique – client des chantiers navals de Saint-Lazare.

Toujours selon l’enquête, Alexis Kohler a participé en mars 2017 en tant que directeur financier de l’armateur MSC à une réunion sur la reprise de STX France, qui était alors menacé de faillite. De plus, l’enquête de Mediapart signale que le secrétaire général de l’Élysée aurait déjà traité le dossier de ces négociations lorsqu’il était directeur adjoint au cabinet du ministère d’Économie entre 2012 et 2016.

En outre, face à ces faits, le Parquet national financier (PNF) se demande comment Alexis Kohler, vu les étroits liens familiaux et professionnels avec MSC, est parvenu en 2016 à rejoindre l’armateur après d’avoir occupé une place d’agent public. En effet, pour travailler dans le privé il faut avoir au préalable une autorisation d’une commission déontologique, l’instance responsable de surveiller le départ des agents publics au secteur privé. En avril 2014, cette instance avait refusé la première demande de passer à l’armateur faite par Alexis Kohler. Pourtant, en 2016, l’actuel secrétaire général de l’Élysée aurait obtenu le feu vert grâce à Emmanuel Macron.

Évidemment, ces faits ont été rejetés en bloc par Alexis Kohler et qualifiés d’« infondés » par le président. Étant donné qu’Emmanuel Macron a joué un rôle dans cette affaire, il est clair que la culpabilité de l’actuel secrétaire général de l’Élysée aurait des implications politiques pour l’ensemble du gouvernement.

Le cas d’Alexis Kohler, comme le veulent le faire croire certains journalistes et comme le clamera bien sûr le gouvernement pour se protéger, n’est pas une transgression isolée de la soi-disant neutralité de l’État, mais le reflet évident de sa fonction principale. La privatisation de la SNCF, la sélection à l’université, la réforme de l’assurance chômage, la suppression de l’exit taxe ou de l’impôt sur la fortune, ne sont-elles pas des mesures qui se servent du pouvoir de l’État pour bénéficier uniquement à un petit nombre d’intérêts privés ? Il est évident qu’au contraire de ce qu’affirmait Macron lors de l’interview de mars sur TF1, ce sont bien les riches qui ont besoin d’un président.




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