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Monde

#FreeAhed, les raisons de la colère

Le cousin d’Ahed a eu le crâne brisé par une balle en caoutchouc tirée à bout portant

Les images d'Ahed Tamimi frappant des soldats de Tsahal a fait le tour du monde. Par la suite, elle a été arrêtée et risque jusqu'à 7 ans de prison. Alors que l'extrême droite israélienne dénonce une mise en scène, la réalité est tout autre : son cousin de 15 ans a eu le crâne fracturé par un tir de balle en caoutchouc tiré à bout portant. Il témoigne.

Le côté gauche de son crâne est enfoncé, du sang figé dans le nez, des points de suture sur tout le visage, un œil qu’il ne peut plus ouvrir, une ligne de couture s’étire sur tout son cuir chevelu. Voilà le visage du cousin d’Ahed Tamimi après l’intervention de Tsahal dans son village.
Ce jour là, comme bien souvent, les militaires de Tsahal ont envahi le village de Nabi Saleh. Selon Iyad Hadad, chercheur de terrain pour l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, l’armée israélienne et la police des frontières ont attaqué Nabi Saleh entre 70 et 80 fois au cours des trois derniers mois.

Cette fois, ils se sont positionnés dans une villa en construction d’un riche exilé palestinien vivant dans l’État espagnol. Le bâtiment doit devenir une clinique de santé alternative pour les palestiniens du village. Mohammed Tamimi s’est approché du mur du bâtiment, puis l’a escaladé. Il voulait vérifier s’il y avait encore des soldats à l’intérieur, à la suite d’une rumeur selon laquelle ils étaient partis. Mais à l’instant où il est apparu au-dessus du mur, il a reçu une balle de métal enrobée de caoutchouc, tirée à une distance de quelques mètres. Il se rappelle juste avoir eu le temps de voir le soldat braquer son fusil sur lui. Puis, il est tombé au sol, en sang, inconscient, et fait une chute d’une hauteur de trois mètres.

Son cousin qui s’appelle également Mohammed Tamimi, étudiant d’une vingtaine d’années, était avec lui. Il raconte que son cousin a reçu les premiers soins à la clinique, où le personnel a suggéré qu’il soit emmené à la clinique de la ville de Salfit. Mais hors de question pour l’étudiant, qui pense qu’en raison de la gravité de la blessure, la clinique ne sera pas en mesure de le traiter correctement.
L’ambulance s’élance sur la route du village pour rejoindre un hôpital pouvant soigner le jeune adolescent. C’était sans compter sur les soldats du poste de contrôle à la sortie de village qui ont ordonné à l’ambulance de s’arrêter. Mohammed, le cousin, explique que les soldats étaient agressifs et extrêmement nerveux, et ont braqué leurs armes sur lui. Ils ont vu l’état du garçon. Le cousin leur dit : « Vous avez 30 secondes pour décider : soit vous l’emmenez dans un hôpital israélien, soit vous nous laissez passer ».

La première solution était tout à fait envisageable étant donné qu’une ambulance militaire était garée à côté du poste de contrôle.
Un des soldats a consulté quelqu’un par radio, puis a ordonné à l’ambulance de se diriger vers Ramallah, à 20 km de là. Les soldats refusent d’autoriser le blessé à entrer sur le territoire considéré comme étant à l’État israélien pour y recevoir un traitement médical qui, pourtant, est une question de vie ou de mort.
« Dégage » a répondu le soldat, quand le cousin de Mohammed a essayé de le persuader de permettre à son cousin d’être transféré dans un hôpital israélien beaucoup mieux équipé.

Une fois arrivé à l’hôpital, le cousin et le père de l’adolescent étaient certains qu’il ne survivrait pas. Devant l’énorme perte de sang et les hémorragies intracrâniennes du jeune homme, un appel aux dons du sang a été lancé via Facebook, ce qui a fait affluer beaucoup de gens à l’hôpital. L’opération chirurgicale a duré six heures, toute la nuit. Des photos du garçon couché et inconscient à l’hôpital, raccordé à de multiples tubes, ont été diffusées sur les réseaux sociaux le lendemain. Environ 24 heures plus tard, Mohammed Tamimi a commencé à reprendre conscience. Certains os de son crâne ont été enlevés par les chirurgiens et ne seront pas remis en place avant six mois. En raison de son état, il n’a été prévenu de l’arrestation de sa sœur que cette semaine.

Une heure seulement après que son cousin a eu le crâne enfoncé par cette balle en caoutchouc, Ahed Tamimi qui a fondu en larmes quand elle a appris que son cousin avait été blessé par balle et qu’il était dans un état grave, s’est rendue dans la cour de sa maison et a essayé d’en expulser deux soldats qui avaient envahi la propriété familiale, tandis qu’une caméra les filmait. La rage au cœur devant cette ignoble barbarie malheureusement tellement quotidienne en Palestine, elle a frappé ces deux soldats.

Elle a été interpellée et risque 7 ans de prison. La tante, la cousine et la mère d’Ahed sont également incarcérées. Un membre de la famille Tamimi a été abattu par Tsahal cette semaine. Musab Firas al-Tamimi a été assassiné par un tir de l’armée contre les habitants du village de Deir Nitham, au nord de Ramallah, en Cisjordanie. D’après le ministère de la santé palestinien, le jeune de 17 ans a reçu une balle dans le cou et est mort quelques minutes après son arrivée à l’hôpital.
Voilà ce qu’est le véritable visage de la colonisation israélienne à l’image d’une seule famille. Le sang du peuple palestinien a trop coulé dans l’indifférence générale. Toute cette répression ne saura faire taire ni la famille Tamimi ni le peuple Palestinien.
Liberté pour Ahed et l’ensemble des prisonniers palestiniens. Que justice soit faite pour les crimes perpétrés par l’État israélien depuis 1948. Palestine vivra ! Palestine vaincra !

Crédits photo : Haaretz




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