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Politique

« Police quotidienne de sécurité »

Le gouvernement recrée une police de proximité pour fliquer les jeunes des quartiers

C’était une des grandes promesses de la campagne Macron de 2017. Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a officiellement annoncé ce jeudi le lancement de la police de sécurité quotidienne ainsi que les grands axes de celle-ci, sans vraiment nous éclairer beaucoup plus à son sujet.

Jusqu’alors, la ligne directrice de ce qui se veut différent de la « police de proximité » initiée par Lionel Jospin restait très floue . « Sur mesure  », visant à « replacer le service du citoyen au cœur du métier de gendarme  », tout en « luttant contre les délits », la PQS se veut un renouveau doctrinal au sein de la police. La nouvelle police ne s’en tiendra néanmoins pas à « de la prévention » comme le faisait la « pol prox ». Bénéficiant de 1300 policiers supplémentaires en zone urbaine et de 500 gendarmes en plus dans 20 départements prioritaires, la PQS disposera également de « 15 000 voitures et 50 000 gilets pare-balle pour la police, de 15 000 voitures et 20 000 gilets pare-balle pour la gendarmerie, ainsi que d’armes non létales, comme des pistolets à impulsion électrique, pour les deux », selon l’AFP. Ainsi 30 villes ont accepté de tester le dispositif entre septembre 2018 et 2019 au sein de quartiers populaires.

Imaginée en plein cœur de l’affaire Théo dans le contexte d’une opinion publique de plus en plus méfiante à l’égard des forces de répression, la PQS se veut être le cheval de bataille de la « reconquête républicaine ». Selon les volontés du gouvernement, et pour maximiser son temps « sur le terrain », la nouvelle PQS devrait être délestée d’un certain nombre de tâches pour se centrer sur ses tâches prioritaires, notamment le contrôle des populations, à fortiori dans les quartiers populaires.

Parmi ces aménagements internes, le gouvernement souhaite « supprimer les tâches indues » (gestion des procurations de vote, gardes statiques des préfectures, extractions judiciaires, conduites aux urgences ...) et déléguer ces missions au secteur privé. Le véritable but étant de maintenir et de pousser plus loin encore l’essor du tout-sécuritaire (comme en témoigne la mesure autorisant le port d’arme pour les agents de sécurité) en stimulant le marché privé à grands coups de commandes publiques.

On ne peut que s’interroger sur le rôle d’une police destinée officiellement à être « mieux intégrée dans le tissu social des quartiers, mieux à même d’intervenir avec discernement et de traiter les problèmes de proximité » mais, de fait, armée jusqu’aux dents et disposant de moyens coercitifs hautement facilités. Derrière cette nouvelle force de police, il n’y aura donc qu’une réalité : une pression encore plus importante sur les jeunes des quartiers, qui verront vite arriver près de chez eux non des emplois et un avenir, mais des policiers et, avec eux, la peur continuelle des violences policières qui font chaque jour un peu plus de blessés, quand ce n’est des morts.




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