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Monde

Une attaque contre le peuple Palestinien

Le président du CRIF exige une loi contre l’antisionisme

Depuis plusieurs années ,on voit les politiques aller dans le sens de la création d'une loi contre l'antisionisme. Sur les bases de la déclaration de Macron ou les vœux d’Édouard Philippe à la communauté juive le 2 octobre dernier, Françis Kalifat, président du CRIF exige cette loi contre l'antisionisme. Crédit Photo : Bestimage

C’est une nouvelle escalade liberticide à laquelle nous assistons. Le 2 octobre dernier, Édouard Philippe a annoncé un nouveau plan contre l’antisémitisme à partir de 2018. Il a également dénoncé « la banalisation de l’antisémitisme et de sa forme réinventée […] qu’est l’antisionisme ». Kalifat lui emboîte le pas et exige que l’État français promulgue une loi contre l’antisionisme qui selon lui est « une nouvelle forme de l’antisémitisme ». Derrière ce détournement intellectuel et sémantique, le gouvernement et le CRIF veulent tout bonnement attaquer le droit à dénoncer la politique de l’État israélien et tout mouvement de soutien envers la cause palestinienne, notamment la campagne BDS.

« Dire que l’antisionisme est une nouvelle forme de l’antisémitisme, c’est la reconnaissance d’une réalité qu’au Crif, nous martelons depuis longtemps, notamment à travers notre combat contre le mouvement BDS. »

Pour avancer dans ce sens, Kalifat explique que l’État français doit s’appuyer sur un texte voté au parlement européen. Ce texte est une définition de l’antisémitisme donnée par L’International Holocaust Remembrance Alliance. Cette définition a été reprise et votée par le Parlement européen en juin dernier et comporte plusieurs points problématiques.

L’antisémitisme selon le Parlement européen

Cette définition au-delà de donner simplement « une définition de l’antisémitisme, fait référence à plusieurs reprises à l’État israélien. Elle affirme d’emblée que « les manifestations de l’antisémitisme peuvent inclure le ciblage de l’État d’Israël ». Dans une énumération de points qui rentrent dans la définition de l’antisémitisme, le texte met sur le même plan quatre exemples de propos haineux, stéréotypés, fantasmés ou négationnistes relevant incontestablement de l’antisémitisme, et sept autres portant sur l’État d’Israël, sa « politique actuelle » et ses « actions ».

Ces points comme « refuser au peuple juif son droit à l’autodétermination, par exemple en affirmant que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste » ou « tenir les Juifs collectivement responsables des actions de l’État d’Israël » sont problématiques puisque soumis à interprétation. Si l’on revendique une solution à un seul état est ce que cela fait de nous un antisémite ? Est ce que dire que le CRIF soutient la politique d’apartheid et de colonisation de l’État israélien fait de nous des antisémites ? Les organisations d’extrême droite juive n’hésitent pas à utiliser la calomnie et à faire des amalgames pour dénoncer la politique de boycott par exemple, alors comment dénoncer ces pratiques ?

La campagne BDS est assimilée à tort au boycott que les Nazis exerçaient en Allemagne contre les produits juifs dans les années 1930. Alors que le boycott des Nazis était utilisé par un gouvernement totalitaire raciste et antisémite contre une minorité opprimée. La campagne BDS en est à l’opposé. Même si on peut ne pas partager ce moyen de lutte, elle est basée sur des individus qui luttent contre des institutions étatiques, dans l’esprit du mouvement anti Apartheid dans les années 1980.

Pour comprendre la différence entre antisionisme et antisémitisme, il faut revenir sur les définitions. 

L’antisémitisme

L’antisémitisme sans s’attarder sur ce qu’il représente dans notre société désigne un sentiment systématique d’aversion envers les juifs, en tant que peuple ou « race », supposés inférieurs. Il peut prendre la forme d’opinion ou d’une attitude hostile, de discrimination, de racisme ou de persécution. Trotsky, en 1933, dans son article « Qu’est ce que le national-socialisme ? », analysait l’antisémitisme comme une forme de démagogie, utilisée comme un outil tactique par le nazisme afin de tourner contre les Juifs la révolte anticapitaliste de la petite bourgeoisie. Il écrivait : « Tout en se prosternant devant le capital dans son ensemble, le petit-bourgeois déclare la guerre à l’esprit de lucre, personnifié par le Juif polonais en caftan et, bien souvent, sans un sou en poche. Le pogrom devient la preuve décisive de la supériorité raciale. ». La victoire du nazisme représentait une tragédie pour le prolétariat allemand et international, mais pas encore pour les Juifs. Dans une interview à Anita Brenner, qui lui demandait son opinion sur les racines de l’antisémitisme hitlérien, Trotsky répondait qu’il s’agissait de la seule manière de masquer les vraies causes de la crise allemande. « Tandis qu’il défend le capitalisme tout en promettant de le détruire, Hitler est obligé de détourner l’attention des masses des problèmes sociaux vers les questions de race. » Quelques années plus tard, l’antisémitisme prit une signification plus large et symbolique dans les écrits de Trotsky. Maintenant, il voyait la haine contre les Juifs dans l’Allemagne nazie comme une expression typique de la crise du capitalisme. En 1938, il définissait l’antisémitisme comme « une des manifestations les plus perverses de l’agonie mortelle du capitalisme ». Cette évolution dans son analyse des racines profondes du racisme dans la société capitaliste et des dangers énormes de l’antisémitisme moderne, donnaient à Trotsky une grande lucidité à propos de l’avenir des Juifs dans l’Allemagne hitlérienne. Dans les années de l’entre-deux-guerres, Trotsky fut l’une des rares personnalités capables de prévoir la Solution finale. Le 22 décembre 1938, il écrivait : « II est possible d’imaginer sans difficultés ce qui attend les Juifs dès le début de la future guerre mondiale. Mais, même sans guerre, le prochain développement de la réaction mondiale signifie presque avec certitude l’extermination physique des Juifs. » 

Le sionisme

« Sioniste » est l’adepte d’une idéologie, le sionisme, qui affirme que les Juifs ont des droits imprescriptibles sur « la terre de leurs ancêtres », en Israël. Le projet sioniste consiste donc à faire venir les Juifs du monde entier en Palestine, désignée comme une « terre sans peuple pour un peuple sans terre », niant par là-même l’existence du peuple Palestinien. La colonisation de l’Ouest américain s’est faite sur les même bases. Une terre sans peuple sauvage qu’il faut dompter. Encore dans les livres d’histoire c’est ce qu’on apprend aux élèves états-uniens, quid des populations amérindiennes massacrées et spoliées de leur terres ancestrales. Les différentes tribus étaient soit exterminées si elles résistaient soit elles étaient parquées dans des réserves. 

C’est Théodor Herzl, l’un des pères du sionisme, qui a popularisé la création d’un État des juifs, le regroupement des juifs dans un état indépendant. Avant que la Palestine ne soit le choix des sinionistes, le terme désignant le retour au mont Sion, à Jérusalem, il était envisagé de regrouper les juifs en Ouganda, en Argentine ou à Chypre. Lors du premier congrès des sionistes à Bâle en 1897, c’est le fait de coloniser la Palestine alors occupée par l’Empire Ottoman pour fuir l’antisémitisme et les pogroms qui est retenu. Ce n’est pas une positions partagées par tous les juifs, l’immigration se fait majoritairement vers les États-Unis. Cependant, des milliers de juifs achètent des terres en Palestine au début du XXème siècle, c’est ainsi que sont créées les premières colonies collectivistes, les Kibboutz où seuls les juifs peuvent travailler. Même si au départ tout se passe relativement bien avec les palestiniens, il y a toutefois un problème qui se fait vite ressentir. Les Juifs achètent les terres aux riches propriétaires terriens et de fait les fellah qui cultivaient ces terres depuis plusieurs siècles sont expulsés. Pour justifier cette politique tout au cours de son histoire l’État israélien fera référence à « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » .

Les conséquences du sionisme

C’est là qu’est tout le problème avec le sionisme. Avec la déclaration Balfour, texte de 65 mots à peine qui est centenaire depuis le 2 novembre dernier, triste anniversaire pour les palestiniens puisqu’il acte le soutien du gouvernement britannique à l’implantation d’un foyer national pour le peuple juif en Palestine. Un foyer mais pas un État mais il est déjà clair que ce foyer en deviendra. La Grande Bretagne qui se délecte déjà de la désagrégation de l’Empire Ottoman, veut s’assurer de son implantation au Proche et Moyen Orient. Chose faite dans les années 20 puisque la Société des Nations lui confiera un protectorat sur la Palestine. Cela permet à l’Empire britannique et à la France qui aura le protectorat sur le Levant, d’avoir la main mise sur la région essentielle pour le pétrole et le commerce international. Après la première Guerre Mondiale, la colonisation augmente progressivement ainsi que les conflits avec les arabes, jusqu’à ce qu’une véritable guerre civile éclate à la fin des années 30. La situation est si grave que les britanniques peinent à ramener l’ordre et décident même de limiter l’immigration juive. A partir de ce moment là, les juifs sont décidés à chasser les forces impérialistes britanniques et rentrent dans la lutte armée.

La partition en deux États

Après l’horreur de seconde guerre mondiale et l’extermination entre autre des juifs, des milliers de ces derniers libérés des camps ne savent plus où aller, certains iront aux États-Unis et beaucoup décideront de s’établir en Palestine. Deux plans sont étudiés pour régler la fin du mandat britannique et régler le problème en Palestine : un État fédéral ou deux États séparés. Les palestiniens ne croyaient pas trop à la deuxième solution car ils sont légitimement chez eux et après tout pourquoi cela serait à eux de payer pour les crimes perpétrés contre les juifs en Europe. Pourtant c’est cette dernière qui va être adoptée. Ce plan de partage proposé par l’ONU donne 60% du territoire palestinien aux juifs qui représentent 30% de la population de la Palestine. Aussitôt adopté la guerre civile est déclenchée. Les israéliens qui sont pour le plan de partage ne comptent pas s’arrêter aux frontières dessinées arbitrairement d’autant plus qu’un problème démographique se pose, suivant le plan de partage 45% de la population de l’État israélien est arabe, impliquant qu’ils sont suceptibles devenir majoritaires ce qui est inacceptable pour les sionistes. Dès lors, ils s’accapareront les territoires palestiniens et les forceront à quitter leurs villes et villages notamment en perpétrant des massacres. C’est ce qu’on appelle la Nakba. C’est une politique de purification ethnique à laquelle se livrent les israéliens, seulement trois ans après la fin de la seconde guerre mondiale. En 1948, 1,4 million de Palestiniens vivaient dans 1 300 villes et villages palestiniens répartis sur tout le territoire de la Palestine historique. Plus de 800 000 d’entre eux étaient déplacés de force de leurs localités d’origine vers la Cisjordanie et la bande de Gaza, à proximité des pays arabes, et vers d’autres pays dans le monde. Les troupes sionistes ont pris possession de 774 villes et villages et détruit 531 villes et villages palestiniens, au cours de la Nakba. Parmi les atrocités commises par les forces israéliennes, on compte également plus de 70 massacres au cours desquels 15 000 Palestiniens ont été tués.

Une loi contre l’antisionisme est une loi liberticide qui empêche de dénoncer la politique de l’État israélien 

 
De fait l’antisionisme n’a rien à voir avec l’antisémitisme. Sinon l’écrasante majorité des Juifs qui, dans l’entre-deux-guerres, rejetaient le sionisme étaient-ils antisémites ? Et la majorité des Juifs qui, aujourd’hui, choisissent de ne pas vivre dans l’État israélien, sont-ils antisémites ? Être antisioniste c’est s’opposer à la colonisation de la Palestine par l’État israélien, dénoncer les massacres de ce dernier en 1948, et les crimes commis depuis, exiger le retour des réfugiés, dénoncer le système raciste d’apartheid mis en place etc... Faire une loi contre l’antisionisme est donc une loi liberticide qui empêche de dénoncer la politique de l’État israélien qui massacre le peuple palestinien et colonise son territoire. C’est une loi contre la liberté d’expression et la liberté d’opinion. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme et défendre les droits des Palestiniens. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme tout en condamnant la politique de colonisation du gouvernement israélien. Oui, on peut revendiquer la solution d’un seul État, la Palestine, où les israéliens et les palestiniens puissent vivre en paix mais cette option est utopique si on ne dit pas que cela est seulement possible dans le cadre d’un processus révolutionnaire généralisé dans la région.




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