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Notre classe

Offensive médiatique

Le rapport Spinetta, le gouvernement et les médias : comment faire passer la pilule ?

Édouard Philippe vient tout juste d’annoncer que la casse du ferroviaire se ferait par ordonnances. Alors que la journée de grève du 22 mars se prépare, le premier ministre n’a peur de rien. Multipliant les sorties méprisantes sur les cheminots, gouvernement et politiciens en tout genre tentent de minimiser la colère qui monte, mais surtout de lui ôter toute légitimité vis-à-vis de « l’opinion publique » (notre classe), discours amplement relayé par les médias.

Crédit photo : AFP / JACQUES DEMARTHON

Le gouvernement continue sur sa lancée de réformes néo-libérales : après la loi travail XXL, la loi ORE, le manque de budget pour la santé, les réformes à venir sur l’assurance chômage et les retraites, maintenant le rapport Spinetta, tout cela à grands coups de contournement du processus parlementaire par ordonnances. Attaques frontales contre les étudiants, les précaires, les cheminots, et plus largement contre les services publics, de quoi en somme mettre le feu aux poudres. Et face à cela, la journée de grève appelée par la fonction publique et les cheminots sera un premier test.

Si les cheminots sont historiquement un des secteurs de la société à l’avant-garde des mobilisations et dont la force de frappe se fait rapidement ressentir, c’est aussi un secteur qui est isolable dans ses contestations par tout une offensive médiatique visant à discréditer leur mouvement, en insistant notamment sur le dérangement que cela opère chez les usagers. Notons seulement au passage que cette fois-ci, le rapport Spinetta loin de s’attaquer uniquement au statut des cheminots, prévoit aussi la suppression de nombreuses lignes et s’en prend de fait aussi aux usagers.

Pour faire passer la pilule et s’attirer les faveurs du public, le gouvernement ressert encore et encore la même recette : c’est la crise, la SNCF coûte trop cher, il y a des dettes à résorber et enfin, le favoris, les cheminots sont des privilégiés et là, les chiffres (venus de nulle part) abondent et surprise, aussi faux qu’ils soient, ne sont pas classés au rang de « fake news ». Cette vaste fumisterie qui sert le gouvernement sur le plan idéologique à canaliser toute contestation d’ampleur, si elle ne tient pas la route, est largement resservie par les médias.

Édouard Philippe au 20h de France 2 : quand le casseur se fait passer pour le sauveur du service public

« Je ne veux pas passer en force, je veux avancer. Je veux faire en sorte que nous trouvions une solution durable à l’avenir du système ferroviaire qui va mal. » a déclaré le premier ministre en ouverture de son interview sur le plateau de France 2 ce lundi soir. Au programme : tout va mal, « il faut avancer » et « sortir du statu quo ». S’adressant aux « français », aux « usagers » Édouard Philippe a donc essayé de faire passer la pilule de la casse des petites lignes ferroviaires et du statut des cheminots.

Insistant sur la dette de la SNCF estimée à 46,6 milliards, dont les intérêts augmentent chaque année de 3 milliards pour aller dans les poches des banques, celui-ci a parallèlement insisté sur les investissements de l’État, d’un montant de 14 milliards chaque année. Bilan : la SNCF devrait mettre en place un « plan industriel ». Ce qui sous ces termes vagues signifie l’ouverture du marché à la concurrence prévue pour fin 2019 et sert donc à justifier la casse des statuts.

Le premier ministre est aussi revenu sur les propos méprisants de Macron qui, lors du salon de l’agriculture avait bien fait comprendre que le statut des cheminots, face aux conditions de précarité de certains agriculteurs était donc à revoir. Après avoir affirmé qu’il ne pensait pas que les cheminots étaient des privilégiés, pas un mot de plus sur la perte du statut prévu pour les nouvelles embauches, et sur la perte de statut pour les changements de contrat, après l’ouverture du marché à la concurrence.

Une apparition qui à grand renfort de langue de bois, se voulait pragmatique, comme s’il n’y avait pas d’autres options que la perte de statut, le désinvestissement dans les petites lignes et la privatisation.

Entretien sur Europe 1 : minimisation des attaques au service de la propagande contre les futurs grévistes

Sophie Fay, journaliste et responsable du service économie à L’Obs était l’invitée d’Europe 1 ce lundi 26 février. Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, a lui aussi été interrogé par Europe 1. Sophie Fay enfonce le clou : « Les cheminots savent qu’ils ne sont pas très populaires. ». Et on se demande bien pourquoi au vu de toute la propagande anti-cheminots véhiculée par les médias. Tous deux s’accordent pour dire, que s’il y a quelques mobilisations de contestation, rien de bien sérieux en vue, ou en tout cas, rien de comparable aux grèves de 1995, qui avaient duré trois semaines. Une logique de discours qui transpire le mépris : c’est normal que les secteurs se mobilisent, tout le monde le fait, il faut prévoir d’être peut-être dérangé dans ses activités, mais rien de sérieux qui se profile à l’horizon.

Les médias au service des réformes gouvernementales : isoler et décrédibiliser les luttes qui s’annoncent

Ce matin, un sondage commandé par RMC et Atlantico, et relayé par France Info tente d’en remettre une couche. L’Atlantico titre « Réforme de la SNCF : 54% des Français approuvent le recours aux ordonnances et seuls 43% d’entre eux soutiennent les grèves à venir », RMC de son côté adopte le plus léger « 69% des Français "favorables" à l’abandon du statut de cheminots ». Chiffres « choc » visant à enlever toute légitimité au mouvement... mais un peu moins lorsque l’on voit la question on-ne-peut-plus orientée (et mensongère) qui était posée au personnes sondées.

Ajouter à cela le journaliste de LCI qui parlait de « prise d’otage » en cas de grève des cheminots. Sans parler de toutes les déclarations qui fleurissent sous-entendant, quand elles ne « dénoncent » pas directement, le statut soi-disant privilégié des cheminots. France Info a même eu le plaisir de sortir un petit quizz info/intox sur le « train de vie des cheminots ». Une manière ludique de faire passer les cheminots pour les grands cadors de la fonction publique. En réponse à ces fake-news, nous republions ci-dessous la réponse d’Anasse, cheminot et délégué SudRail :

C’est une guerre idéologique qui est en train de se mener pour ôter toute légitimité aux revendications des cheminots. Un battage médiatique général au service du même discours - personne n’appuierait leur grève qui d’ailleurs s’annoncerait minime - avec le recourt à l’artillerie lourde, le sondage, pour tenter d’isoler les cheminots qui se préparent à se battre pour la conservation de leurs acquis. Une manière de créer une division artificielle entre travailleurs du rail et usagers pour masquer la véritable division, celle de classe. Car, en plus de s’en prendre à l’accessibilité générale du transport, ce sont des attaques généralisées contre tous les travailleurs que le gouvernement est en train de mettre en place. Le statut des cheminots n’a déjà rien d’idéal et ils ne sont en rien des privilégiés, et d’autant plus comparés à ceux qui sont en train de précariser tous les travailleurs pour s’assurer à eux, leur propre profit.




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