^

Politique

Pédagogie de la petite phrase

Les élèves de CM1 ne comprennent pas ce qu’ils lisent ? Blanquer et sa « dictée » non plus

Les élèves de CM1 ne comprennent pas ce qu’ils lisent ? Apparemment, Jean-Michel Blanquer non plus. Sa proposition de « dictée quotidienne » au primaire tombe totalement à côté du problème posée par le rapport PIRLS 2016… et n’a aucun sens du point de vue pédagogique. Mais l’heure est plutôt au lancement d’une nouvelle fausse polémique tandis que la contestation de la sélection post-bac continue de remuer les bancs d’écoles et des facs….

Si selon l’étude internationale PIRLS 2016, les élèves de CM1 de France ont des difficultés à comprendre ce qu’ils lisent, il semblerait que ce soit aussi le cas de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, tant sa lecture du rapport déforme ce qui y est dit. C’est à coup de « dictée quotidienne », nouvelle lubie du ministre, que Jean-Michel Blanquer compte résoudre les difficultés de compréhension de lecture – et non d’orthographe, de grammaire, ni même de lecture elle-même – des élèves de primaire. Un non sens pédagogique qui n’a pour effet que de flatter les conceptions éducatives les plus réactionnaires tout comme l’électorat de droite.

Enfin, ce n’est pas la première fois qu’une étude internationale sur l’éducation se trouve ainsi déformée : sous la « gauche » d’Hollande cette fois, Vincent Peillon et Najat Vallaud Belkacem s’étaient également saisi du fameux rapport PISA évaluant les compétences de français et de mathématiques des élèves de 15 ans. Là aussi, la sanction était sans appel. L’écart des résultats scolaires entre les élèves issus d’un milieu social défavorisé et favorisé en France était parmi les plus importants, attestant, une nouvelle fois, des difficultés du système scolaire français à assurer l’égalité des chances. Mais ces conclusions, plutôt que de chercher à compenser les inégalités sociales de départ par un déploiement plus important de moyen à l’école, ont été utilisées pour faire passer la réforme du collège qui grave dans le marbre l’autonomie des collèges et renforce la corrélation entre inégalité territoriale et inégalité scolaire.
Pour créer la polémique, Blanquer n’en est pas à son premier coup d’essai. La « dictée quotidienne » fait suite à l’annonce du programme « devoir fait » et au dédoublement des effectifs en classe de CP dont on sait à quel point il a désorganisé les équipes et la rentrée dans les écoles primaires… Autant que les autres, cette nouvelle annonce sera sans effet, du moins tant que la liberté pédagogique dans les classes, continuera à être inscrit dans le code de l’éducation.

Cette pédagogie de la petite phrase, c’est un écran de fumée pour cacher les vrais sujets : les 20% de postes en moins au concours de recrutement du secondaire, le gel des budgets de l’éducation, la sélection à l’université, le gel du point d’indice, le rétablissement de la journée de carence, la réforme du bac et du lycée qui se dessinent…. En particulier, alors que l’instauration de la sélection à l’université fait de plus en plus de remous sur les bancs des lycées et des universités.

Crédits @François Guillot




Mots-clés

Jean-Michel Blanquer   /    Education   /    Politique