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Genres et Sexualités

Remise en cause de l'avortement en Pologne

Les polonaises battent une fois encore le pavé pour le droit à l’avortement

Deux ans après la mobilisation de 2016, les polonaises se sont une nouvelle fois rassemblées afin de défendre le droit à l’avortement. Le gouvernement polonais qui mène une des politiques les plus dures d’Europe en matière d’IVG, attaque une fois de plus le droit des femmes dans un projet de réforme de sa loi sur l’avortement.

Crédits photo : Reuters / Kacper Pempel

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». Cette citation de Simone de Beauvoir résonne comme un douloureux écho à la situation des femmes polonaises. Depuis l’arrivée au pouvoir du Parti droit et justice ( PIS), les polonaises subissent les assauts réguliers d’une politique réactionnaire souhaitant limiter toujours plus la loi sur l’IVG à défaut de la supprimer. S’étant rassemblées le 17 janvier, les femmes polonaises ont manifesté contre une révision de la loi qui vise à interdire l’avortement en cas de malformation du fœtus.

En effet, si l’avortement en Pologne est légal, il n’est autorisé que dans trois cas de figure : si la grossesse est issue d’un viol, d’un inceste ou en cas de malformation/maladie du fœtus. C’est cette dernière prérogative qui est attaquée. Le collectif « Zatrzymaj aborcje »( « stop avortement » ) a déposé un amendement devant le parlement afin d’interdire l’avortement en raison d’une malformation d’une maladie du fœtus, ce qui représente à ce jour 95 % des IVG pratiquées en Pologne. Le parlement a accepté, lors d’une de ses cessions,de soumettre au vote cet amendement. La date du vote n’a pas encore été fixée.

Ainsi Karolina Wieckiewicz, féministe jointe par l’Express raconte que « Les groupes ultraconservateurs font en permanence pression pour restreindre les droits des femmes, (…)cette fois, ils ont procédé plus habilement, en évitant de menacer de poursuite les femmes, ils ont mis l’accent sur le fait de sauver des vies, de lutter contre l’eugénisme ». Les conservateurs polonais n’hésitent pas à user de l’argument de la bien-pensance, toujours plus culpabilisant. Déjà en 2016, Malgorzata Owczarska, juriste de Ordo Iuris (un think-tank mis sur pied pour défendre un ordre social basé sur les valeurs « naturelles et la famille » ), disait « sans la pénalisation de la femme, toute loi est fictive ».

Pourtant, la Pologne n’a pas toujours connut cette situation d’hostilité envers l’IVG. En effet, durant le régime communiste, l’avortement était autorisé. C’est après la chute du bloc de l’Est, que l’État polonais a basculé vers une politique anti-avortement, avec, en 1993, une loi tolérant le recours à l’avortement sous certaines circonstances seulement. La phrase de Karina Walinowicz , conservatrice catholique illustre bien cela « Il faut en finir avec la conception stalinienne de la loi qui déresponsabilise automatiquement la femme ».

C’est ainsi que l’État polonais a dès les années 90, entamé une significative marche arrière en menant depuis une politique pro-vie. Aujourd’hui, de plus en plus de médecins polonais refusent de pratiquer l’avortement. De même, la pilule du lendemain ne peut être délivrée qu’après consultation du médecin. Dans les écoles, comme le témoigne pour l’Express Karolina Wieckiewicz, l’avortement est présenté comme un crime. Sans éducation sexuelle digne de ce nom, et avec des moyens d’accès à la contraception toujours plus limités, la Pologne semble se diriger vers une société oppressant encore davantage les femmes. Aussi, il était vitale pour les polonaises de réagir cette année encore.

Les manifestations de 2016 s’était soldées par une éclatante victoire, faisant reculer le gouvernement sur son projet de supprimer purement et simplement le droit à l’avortement. Pourtant, à l’époque les manifestantes savaient déjà que ce n’était que partie remise et que ce n’était ni un acquis ni la fin du combat mais le début d’une lutte de fond. Aujourd’hui, la mobilisation est moindre, à Varsovie, avec un millier de femmes ayant répondues à l’appel. C’est peu, trop peu, mais la lutte continue. Il est nécessaire de poursuivre cette lutte face aux ultra conservateurs, qui ont déjà plié une fois sous la pression populaire, et qui tentent encore aujourd’hui de mettre en œuvre par tous les moyens leur idéologie nauséabonde.




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