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Notre classe

Souriez, vous êtes fichés !

Les salariés de Roquette découvrent une « liste noire » qui prouve qu’ils sont fichés !

Une « liste noire » a été envoyée par erreur à certains salariés. Ils y ont découvert un tableau avec les noms, appartenance syndicale, et autres commentaires « humiliants » sur certains de leurs collègues. Un fichage purement illégal que le groupe Roquette aux 3,3 milliards de chiffre d’affaires, habitué à utiliser tous les artifices juridiques afin de s’assurer un maximum de profits au détriment de la sécurité et des conditions de travail de ses salariés, n’a pas hésité un instant à utiliser.

Crédit photo : Patrick James / VDN

« Les salariés sont atterrés, abasourdis et atteints dans leur intégrité, dénonce la CFDT. Et pour cause, lundi 1er octobre, des salariés de la direction juridique, au département des affaires réglementaires du site de Lestrem (près de Lille) ont reçu une drôle de pièce-jointe dans un mail envoyé par un cabinet de consulting. Un tableau récapitulatif qui listait les noms de leurs collègues, leurs appartenances syndicales ainsi que des commentaires dont la majorité sont « très négatifs, subjectifs, voire humiliants ».
Dans cette situation, la CFDT souhaite « que l’entreprise prenne ses responsabilités, avec les salariés impactés en leur donnant toutes les explications, en leur faisant des excuses et en mettant un soutien psychologique à leur disposition. »

Un tel document est illégal. Naturellement, le service de communication de l’entreprise se dédouane, rejetant la faute sur le cabinet de consulting. Il aurait « agi de manière inappropriée dans le cadre de sa mission et a établi un document non demandé par Roquette ». Quelle est la composition de ce cabinet ? A-t-il un lien plus ou moins étroit avec la direction ? Surtout, est-ce bien raisonnable de croire que ce cabinet ait produit une telle liste « par plaisir » sans que Roquette le lui ait explicitement demandé ? Autant de questions sans réponses.

Une « police interne » chez Roquette

Roquette fabrique des ingrédients alimentaires, des excipients pharmaceutiques et des solutions pour l’industrie. Le groupe est détenu par la famille éponyme, 31ème fortune de France (à titre indicatif). A titre indicatif en effet, car si le groupe affichait un chiffre d’affaires de quelques 3,3 milliards d’euros l’an passé, il se refuse à publier ses comptes, ce qui est pourtant, une obligation légale. Il préfère payer une lourde amende ce qui en dit long sur les marges qu’il dégage... Roquette est une véritable multinationale avec 20 sites et quelques 8400 salariés dans le monde. Au site de Lestrem se trouve la maison mère, et quelques 3000 employés, dont ceux qui ont été mis sur cette « liste noire ».

Dans cette entreprise, une forme de « police interne » existe déjà : certains salariés sont mandatés pour rapporter au directeur général des faits contradictoires avec les orientations données par le site. Dès lors, rien de bien étonnant à ce que la direction ait pu chercher à constituer une « liste noire » de certains salariés qui dérangent parce qu’ils sont syndiqués, grandes gueules, etc... Si ce document a fuité par mégarde, il n’est pas difficile d’imaginer que d’autres « listes noires » touchent les salariés des autres sites du groupe.

Il y a quelques années, le groupe Roquette avait mis en place un plan de départ anticipé. La direction n’avait pas exclu qu’un autre ait lieu 5 ans plus tard. Et si l’existence de ces « listes noires » annonçait de futures restructurations ?

Un taux de mortalité 3 fois supérieur à la normale

De qui se moque la direction quand elle répond à Capital que « la santé et le bien-être de nos employés constituent notre principale préoccupation et la protection de leurs données personnelles est essentielle » ? Les salariés, eux, ne sont pas dupes. Une pression permanente est exercée sur leurs épaules. Ils doivent remplir un nombre toujours plus grand de tâches. Conséquence logique, un énorme turnover au sein d’équipes où les collègues en maladie ne sont pas toujours remplacés. Certains restent après leurs heures de travail pour finir leurs tâches. Les machines ont parfois 50 ans d’âge. La pression exercée par les encadrants et leurs challenges d’objectifs se répercute directement sur les employés. A vouloir faire trop, trop vite, et ceci couplé à des conditions de travail et de sécurité parfois très « border line » par rapport aux normes imposées, le risque d’accidents s’élève. A Roquette le taux de mortalité est trois fois supérieur à celui des autres boîtes.

L’an dernier, l’entreprise atteignait un taux de profitabilité de 17%. Mais les hausses de salaires quant à elles sont minimales en comparaison des hausses de dividendes attribuées aux actionnaires. La course au profit à sa propre logique.




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