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Monde

Condamné à douze ans et un mois de prison

Lula : un procès politique pour lui barrer la route aux présidentielles

Une excellente nouvelle pour Michel Temer, le président putschiste qui a fait destituer Dilma Rousseff dont il avait été vice-président. Depuis Davos, où il vantait les mérites de sa contre-réforme des retraites, on l’a informé de la condamnation en deuxième instance à douze ans de prison de Lula Da Silva, figure emblématique de la gauche brésilienne, ancien président et favori des sondages pour la présidentielle d’octobre prochain.

Les scandales de corruption n’en finissent pas de faire tomber des têtes au Brésil en éclaboussant largement, chez les politiciens et les grands patrons. Mais les juges, qui font partie de cette fraction du régime qui a piloté la destitution de Dilma Rousseff, successeure de Lula à la tête du pays, ont des critères assez flexibles pour faire appliquer la loi. Ils se focalisent notamment sur les ténors du PT et veulent la tête de Lula. Dans le cadre des enquêtes pour corruption et enrichissement illicite, un tribunal fédéral de Porto Alegre, dans le Sud du pays, a confirmé, en deuxième instance, la condamnation de Lula, prononcée en juillet dernier. Les juges ont même aggravé la peine en la portant de neuf à douze ans et un mois de prison.

Au pouvoir entre 2003 et 2016, le PT est loin d’avoir appliqué une politique en faveur des classes populaires, notamment au cours de la dernière période. Ce sont d’ailleurs des contre-réformes préalablement décidées par le PT ou encore dans ses cartons que la droite qui se trouve aux commandes à Brasilia a essayé de faire passer, ces deux dernières années. Considérant qu’il pouvait se passer des services du PT, une bonne partie de l’establishment brésilien, avec l’appui des juges à son service, a donc fait le choix de poursuivre son offensive après la destitution de Dilma Rousseff. Dans le cadre de la loi « Ficha Limpia » (« casier vierge »), Lula pourrait se voir barrer la voie pour les présidentielles d’octobre prochain, lui qui est crédité, selon les derniers sondages Datafolha, de 36% d’intentions de vote.

A l’extérieur du Tribunal de Porto Alegre où étaient massés ses partisans, arborant des drapeaux du PT et du syndicat de gauche majoritaire CUT, Lula a néanmoins promis de poursuivre le combat. Sa candidature à la présidentielle devrait être validée ce jeudi par la direction du parti. La guérilla judiciaire risque donc de se poursuivre pendant de long mois, au Brésil, sur fond de polarisation croissante de l’échiquier politique et alors que les travailleurs et la jeunesse n’ont pas dit leur dernier mot face aux contre-réformes de Temer qui, quant à lui, ne bénéficiait que de 6% d’opinion favorable en décembre. Pour le Mouvement Révolutionnaire des Travailleur-se-s du Brésil, les organisations ouvrières et de gauche se doivent d’appeler à une grève générale contre le résultat de ce procès politique, contre les réformes et pour le droit du peuple à choisir, lui-même, pour qui voter.

[Crédits photo : Esquerda Diario. Manifestation à Sao Paulo, en avril dernier, contre la réforme des retraites]




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