^

Notre classe

Education nationale

Lycée Utrillo de Stains (93) : Pas de flics dans nos écoles !

Les personnels et élèves du lycée Utrillo à Stains refusent la venue d'un proviseur adjoint chef d'escadron de la gendarmerie.

En grève reconductible depuis ce lundi 5 novembre, les personnels et élèves du lycée Utrillo à Stains refusent la venue d’un proviseur adjoint chef d’escadron de la gendarmerie, détaché pour une période de trois ans, parce que « l’école publique ne sera jamais l’antichambre du commissariat ».

A la rentrée dernière, le lycée Utrillo perdait trois postes d’assistants d’éducation (AED) suite à la suppression de 200 000 contrats aidés. Parallèlement les effectifs des élèves augmentent donc avec un encadrement insuffisant. Après une grève de 10 jours suivie par l’ensemble des CPE et AED, le rectorat accorde un poste d’AED. Insuffisant pour combler les trois postes perdus. Les conditions de prise en charge des élèves se dégradent.

Au mois de mars, le lycée Utrillo faisait la « une » des médias suite à une intrusion dans l’enceinte du lycée et l’agression de lycéens à la machette et au marteau. Au mois d’avril, les affrontements entre bandes rivales aux bords du lycée se multiplient. Les enseignants qui craignent pour la vie et les conditions d’étude de leurs élèves décrivent alors une « atmosphère de chaos ». Mais pour les personnels d’éducation, la réponse du Rectorat, qui a rogné sur les moyens accordés depuis quelques années, est parfaitement inadaptée. La nomination de ce gendarme n’est sans doute pas sans lien avec les épisodes de violences.

Depuis la rentrée 2018-2019 il manque toujours « deux CPE sur quatre et plusieurs enseignants (de sciences économiques et sociales, de mathématiques, de vente, d’anglais) » explique la tribune des enseignants d’Utrillo parue dans le BondyBlog. Et l’établissement n’a plus les moyens « de proposer des entrainements aux examens le samedi matin ou des stages durant les vacances », de « dispenser des cours de théâtre ou d’histoire de l’art aux classes de seconde ».

La réponse du rectorat et du gouvernement ? La nomination d’un troisième proviseur adjoint chargé à la sécurité gendarme détaché dans laquelle une partie de sa mission de sécurité s’étendra « globalement à l’Ouest du département » sans que des limites territoriales précises, ni mission précise ne soient communiquées pour l’heure.

Un précédent dangereux qui pourrait en amener d’autres alors que suite à « l’affaire Créteil » Castaner, Premier flic de France déclarait vouloir mettre un flic dans chaque salle de classe pendant que le ministre de l’Education nationale annonce des nouvelles mesures sécuritaires immédiates qui inspirées de l’armée et de la prison dans les écoles.

Les élèves des quartiers populaires n’ont pas besoin de flics, ils ont besoin d’un personnel d’éducation formé (CPE, AED...) mais aussi d’un personnel de santé (infirmière, assistante sociale). Le gouvernement veut nous faire croire qu’il se préoccupe de l’école, des élèves et des personnels. Mais personne n’est dupe. Les inégalités sociales et économiques se creusent et les quartiers populaires sont les premiers touchés. Les gouvernements en sont les principaux responsables. Le projet est clair : attaquer les établissements publics en détruisant les conditions de travail et d’étude, en œuvrant autant que possible à l’accumulation des inégalités et des discriminations dans les mêmes zones. Et pour faire taire les établissements des quartiers populaires : des flics et des militaires dans les écoles.

Grève !

Ce lundi les enseignants du lycée Utrillo s’opposent à ces logiques et sont donc entrés en grève et soutenus par les élèves et habitants de Stains. « Pas de flics dans nos écoles » disait une pancarte. « En 68, on avait lancé le slogan Pas de flics dans nos facs ! Et ça y est, maintenant, on les a dans nos lycées… », témoignait un habitant.

Ils déclarent dans leur communiqué :

En décidant de créer ce poste, au mépris de toutes les demandes formulées par la communauté éducative depuis des années, le ministère de l’Education nationale a fait un choix idéologique. Il a choisi de recruter un gendarme plutôt que des professionnels de l’éducation. Nous affirmons avec force que l’école a pour vocation de permettre l’émancipation de nos élèves. Il appartient à l’Etat de s’assurer que tous les enfants disposent d’un même droit à l’éducation. Les droits fondamentaux de nos élèves sont bafoués au quotidien et la rupture d’égalité sur notre territoire n’est plus à démontrer.

Nous dénonçons :

  •  Le désengagement de l’Etat qui depuis trop longtemps a abandonné les
    habitants des quartiers populaires.
  •  La fin de l’éducation prioritaire dans tous les lycées de France depuis le
    mandat de François Hollande.
  •  Nous dénonçons les effets d’annonce de ce gouvernement et la récupération
    du mouvement #pasdevague dont le sens semble échapper au ministère de l’Education nationale.

    Parce que nous n’accepterons jamais la présence de policiers dans nos établissements.
    Parce que nous nous battrons toujours pour que l’éducation prime sur la répression.
    Nous continuerons notre mouvement de grève demain mardi 6 novembre.
    Nous invitons l’ensemble de la communauté éducative et citoyenne à nous rejoindre dans ce combat qui est l’affaire de tous, par les moyens qu’ils jugent appropriés.




    Mots-clés

    Education Prioritaire   /    Seine-Saint-Denis   /    Education   /    Notre classe