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Macron. Un projet néo-libéral et guerrier pour l’Europe

Emmanuel Macron aura, pendant toute la campagne, tâché de jouer le rôle de « l'européen progressiste » contre la xénophobe Marine Le Pen. Son projet pour l'Europe s’inscrit pourtant dans le cadre néo-libéral et guerrier mené par l’Union Européenne, et ses premiers jours à l'Elysée en témoigne par bien des aspects...

Crédits photo : AFP

Nous faire payer la crise, encore et toujours

À peine installé, Emmanuel Macron est allé rendre visite à la chancelière Angela Merkel à Berlin, visite devenue presque traditionnelle pour les chefs d’État français. De cette rencontre, les médias ont retenu notamment une expression : la volonté, pour Macron et Merkel, d’agir pour une « refondation historique de l’Europe ». Et pourtant, la politique proposée par le président français tout au long de sa campagne et défendue à l’heure actuelle est bien loin de ressembler à un nouveau projet, mais plutôt de faire revenir sur les rails européens le train français, en raccrochant les wagons via l’avènement d’un néo-libéralisme exacerbé, directement inspiré des politiques thatchériennes. Un paradoxe, surtout lorsqu’on sait que le projet néo-libéral est en crise de voir son premier représentant à la tête de l’État français. Comme on peut le lire sur la page du site internet de En Marche dédiée à l’Europe, le nouveau président estime en effet que « nous venons de vivre depuis 2005 une décennie perdue ». La faute, sans doute, aux français qui ont « mal compris », ou au moins « mal voté » lors du référendum sur le traité constitutionnel à l’Europe (TCE).

Pour remettre la France sur les rails, il faut, d’après Macron et son langage de la finance, rétablir la « confiance » avec l’Allemagne. Et bien évidemment, cette « confiance » sera rétablie... si les français accélèrent drastiquement la mise en route des politiques voulues par les classes dominantes, de part et d’autre du Rhin. Plus concrètement : accepter de se serrer encore un peu plus la ceinture pour réduire les dépenses publiques à coups de coupes budgétaires, et de « réformer le marché du travail » à coups de loi El Khomri puissance 10. Dits dans les termes de l’Union Européenne, Emmanuel Macron affirme que la France doit avant tout passer par une politique d’ « ajustement structurel » unilatéral – dans la même logique que celle imposée à la Grèce ces dernières années – avant de pouvoir négocier avec l’Allemagne. Une politique dont il veut faire les preuves le plus rapidement possible, la méthodes des ordonnances – par ailleurs appliqué par Sarkozy et Hollande pour traduire en droit français les décrets européens - lui permettant notamment d’avancer au plus vite avant les législatives allemandes qui ont lieu en septembre prochain.

Une fois « rétablie la confiance » - sur le dos des travailleurs et travailleuses – Emmanuel Macron espère alors pouvoir avancer dans son programme pour l’Europe, avec la mise en place d’un budget de la zone euro et un ministre de l’Economie et des Finances de la zone euro, dont l’objectif est qu’ils permettent le meilleur profit pour les capitalistes français. Comme le dit la nouvelle ministre des Armées Sylvie Goulard, il faut à terme, « faire disparaître le syndrome de la domination allemande ». En définitive, une « refondation historique » qui ressemble à s’y méprendre à la guerre rangée que se mènent depuis des décennies les deux « grands » de la zone Euro pour satisfaire les intérêts privés des grands groupes. Une politique souhaitée de longue date par la bourgeoisie française, qui s’estime en retard sur les réformes économiques structurelle par rapport à son principal concurrent allemand.

Une Europe pour la guerre

Si, sur le plan économique, l’Union Européenne ne fait plus guère illusion depuis longtemps sur son aspect « progressiste », elle a néanmoins réussi à garder, aux yeux du grand public, une image d’ « Europe pour la paix ». Avec Macron, difficile de croire que ces illusions – qui masquent de moins en moins bien la réalité de cette Europe forteresse notamment avec la crise des réfugiés et les milliers de mort en méditerranée – tiennent encore longtemps. En effet, la composition même de son premier gouvernement mené par Edouard Philippe en dit long sur les velléités militaires qu’il souhaite donner à l’Europe. Aux affaires européennes et étrangères, le profil de Jean-Yves Le Drian ne présage rien de très « diplomatique » : celui-ci s’est illustré par de nombreux et juteux contrats d’armement passés avec des pays étrangers : des sous-marins d’attaques pour l’Australie, des avions de chasse Rafale, pour l’Égypte, le Qatar ou l’Inde... Le choix de la Ministre des Armées (et non plus de la Défense) est lui aussi révélateur : Sylvie Goulard est en effet une européenne convaincue, qui a fait toute sa carrière dans l’Union européenne. Pour Libération, elle est « l’une des stars de la bulle européenne ». Entre un ministre des Affaires Européennes tourné vers l’armement et une ministre des Armées tournée vers l’Europe, le symbole est fort.

Et pour cause, le programme d’Emmanuel Macron en terme d’Europe a pour premier objectif de construire « une Europe de la sécurité » : « renforcer le corps de police des frontières européennes », augmenter de 5000 homme le nombre de forces de police aux frontières, créer un « Fonds européen de défense », mettre e place « un Quartier Général européen permanent », « établir un véritable système d’information européen pour faciliter les actions de renseignement », « renforcer et d’harmoniser la sécurité des cartes d’identité (biométrie) »... Emmanuel Macron entend donc non seulement s’inscrire dans la continuité de cette politique, mais se pose même en acteur central de l’accélération du croisement hermétique des frontières européennes, indispensable pour endiguer l’exil de millions de réfugiés victime des bombardements impérialistes au moyen orient, et notamment en Syrie, question sur laquelle il se murmure déjà que la discussion sur de nouveaux bombardements se ré-ouvre. Renforcement sécuritaire en interne, accélération des attaques contre les travailleurs et des interventions militaires extérieures, Macron tente de s’imposer comme la figure attendue par les classes dominantes hexagonale. Celle d’un Bonaparte néo-libéral capable de réformer en profondeur la structure économique française tout en réprimant violemment toute contestation sociale et en défendant les intérêts impérialistes français, au Moyen-Orient comme en Afrique.




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