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Macron et l’Iran. Derrière l’humanisme d’apparence, le maintien des intérêts impérialistes

Le report de la visite diplomatique française en Iran apparaît comme une position ambivalente, une critique de la répression sans pour autant désavouer le gouvernement de Rouhani. Cette position, plus modérée que celle des Etats-Uniens, vise à garantir les intérêts des capitalistes français dans la région.

Crédits photo : AFP

C’est lors d’un entretien téléphonique entre le président Emmanuel Macron et son homologue iranien Hassan Rouhani que fut décidé le report, pour la seconde fois consécutive, de la visite du ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian. Le report de la visite doit marquer l’inquiétude de Macron vis-à-vis de la répression contre les manifestations. Le chef de l’état insiste cependant sur le fait de prendre une position ouverte au dialogue avec le gouvernement iranien.

Cette position, beaucoup plus mesurée que celle de la diplomatie états-unienne, a pour but de garantir l’influence française dans la région. En effet, le report de la visite diplomatique est un double message : elle offre un gage à une partie de la bourgeoisie iranienne en faveur d’une ouverture plus grande du régime tout en ne désavouant pas complètement le gouvernement iranien actuel. Ainsi, le gouvernement français cherche a rester un interlocuteur pour le régime iranien sans reproduire l’erreur commise lors du printemps arabe. En effet, le gouvernement de l’époque avait soutenu différents dictateurs allant jusqu’à envoyer du matériel de répression avant de devoir retourner sa position à cause du changement de rapport de force.

Les industriels français, comme par exemple PSA ou Total, sont présents depuis de nombreuses années en Iran. Ils avaient accueilli à bras ouvert le réchauffement des relations diplomatiques entre les USA et l’Iran tout comme la levée des sanctions sous l’administration Obama. Ils en avaient profité pour augmenter leur présence. La remise en cause du traité sur le nucléaire de 2015 et le retour des sanctions économiques impactent grandement leurs intérêts patronaux. La diplomatie française s’inscrit dans cette ligne. Il s’agit de maintenir les liens politiques et économiques tout en promouvant une partie de l’opposition qui pourrait ramener un réchauffement avec les USA et ainsi limiter les pertes des capitalistes français impliqués en Iran.

De plus, si la bourgeoisie française reprend les mots d’ordre des manifestants contre l’interventionnisme iranien en dehors de ses frontières ce n’est pas dans un esprit « internationaliste ». En effet, la lutte iranienne pour le leadership régional est une attaque contre l’influence saoudienne dans la région et, par extension, contre l’hégémonie américaine et occidentale. Par exemple, l’influence iranienne au Liban par le biais du Hezbollah est un obstacle à la domination française dans son ancien protectorat. Une réduction de la présence iranienne dans la région laisserait le champ libre aux impérialismes français, britannique et surtout américain. Il faut rappeler qu’un premier report de la visite diplomatique française avait été justifié par cet interventionnisme.

Finalement, il est important de noter que le gouvernement français ne dénonce pas la répression partout avec la même intensité. On peut évoquer, par exemple, le silence face aux crimes de la coalition saoudienne au Yémen ou encore le soutien du gouvernement français à l’état espagnol lors de la répression en Catalogne. Il est donc important de regarder au-delà de la position d’apparence humaniste de la diplomatie française. Il s’agit en fait de garantir une position de choix pour la bourgeoisie française dans la région, voir d’augmenter son influence.




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