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Jeunesse

Les dessous du "plan jeunes"

Macron et la sélection à l’université, une machine à expulser les étudiants étrangers

Le durcissement des conditions d’accès à l’université, notamment au travers de la sélection, empêche de nombreux étudiants de poursuivre leurs études, et certains se voient expulsés du territoire, lorsque le renouvellement de leur titre de séjour leur est refusé, faute d’inscription dans l’enseignement supérieur. Les réformes Macron rendent encore plus difficile l’obtention du titre de séjour, soumise à de nombreuses conditions, reflet de la politique xénophobe menée par les différents gouvernements, perpétrée et accentuée par Macron.

Crédits photo : UPF

Ainsi, les réformes de l’université de Macron durcissent non seulement le droit à la poursuite d’études, mais a également pour objectif d’accélérer directement l’expulsion de nombreux étudiants étrangers. Les projets de Macron, son université d’élite soumise aux intérêts privés, comptent aussi sélectionner ses étudiants étrangers, expulsant ceux qu’elle décrète non-éligibles, une politique somme-toute en cohérence avec la surenchère xénophobe anti-migrants de Macron que, désormais, même le FN revendique.

La sélection à l’université est une machine à fabriquer des sans-papiers

C’est à une véritable traque à laquelle les étudiants étrangers font face. Le parcours scolaire de l’étudiant est fliqué, même lorsque celui-ci est inscrit. Pour la demande de renouvellement du titre de séjour, les résultats de l’année précédente sont exigés. C’est une double peine pour les étudiants étrangers, qui n’ont pas droit à l’erreur. Ceux-ci peuvent se voir refuser le renouvellement s’ils ne sont pas suffisamment assidus, si la préfecture ne juge pas leur parcours scolaire « cohérent », si leurs résultats ne sont pas suffisamment bons. Un redoublement doit être justifié par une lettre explicative.

Lorsque le renouvellement de titre de séjour est refusé, l’étudiant reçoit une lettre lui intimant de quitter le territoire français sous 30 jours.

De plus, les dossiers de demande de renouvellement de titre de séjour ne contiennent pas seulement l’inscription à l’université de l’année en cours et les résultats de l’année précédente, mais aussi un justificatif de ressources. L’étudiant doit en effet posséder sur son compte en banque plus de 1845 euros au moment de la demande, ou bien avoir reçu plus de 615 euros sur son compte bancaire les 3 mois la précédent. Les étudiants étrangers ne bénéficiant pas de la bourse de l’Etat français, ils sont nombreux à justifier de leurs ressources en travaillant à mi-temps, mettant du même coup leur scolarité en danger.

Entre humiliation et flicage : un parcours du combattant des étudiants sans-papiers

Obtenir un rendez-vous pour une demande de renouvellement est un vrai casse-tête. Lorsqu’on se rend sur le site internet sur lequel le rendez-vous doit être pris, c’est souvent le mois prochain, voire 2 mois plus tard que l’on trouve un créneau de libre. Une amende de 180 euros doit être payée par les étudiants ayant trop de retard sur le renouvellement de leur titre de séjour ; cela se prévoit donc à l’avance.

Lorsque la demande de renouvellement est faite, un récépissé valable 3 mois permettant à l’étudiant de séjourner légalement sur le territoire français lui est remis le temps que sa carte de séjour soit fabriquée. Les étudiants font majoritairement leur demande au retour des vacances scolaires, entre septembre et octobre ; le récépissé arrive donc à expiration entre décembre et janvier. Lorsque la carte n’est toujours pas prête, les étudiants peuvent faire renouveler leur récépissé. Le nombre de 15 récépissés renouvelés maximum par jour oblige des dizaines d’étudiants à venir 3h avant l’ouverture du service d’accueil inscrire leur nom sur une liste d’arrivée afin d’espérer obtenir une place, parfois plusieurs jours de suite.

Si un récépissé à jour permet à l’étudiant de voyager, entre autre pour retourner voir sa famille pour les fêtes, c’est surtout le document présenté par l’étudiant pour tout contrôle, notamment de la police. Un récépissé d’autant plus important, quand on sait la répression exercée par la police sur les sans-papiers.

Lutte contre la sélection à l’université et les expulsions : deux combats indissociables

Si ce n’est que le début de nombreuses attaques envers le modèle de l’université, dit universel, toujours plus au service du marché du travail, des résistances sont bien présentes au sein des différentes universités françaises.

A l’université Toulouse II Jean-Jaurès par exemple, 84 étudiants se sont retrouvés sans inscription à l’université, un mois après la rentrée scolaire 2017, et donc dans l’incapacité de poursuivre ou de commencer leur parcours dans l’enseignement supérieur, du fait de la sélection. Parmi eux, une vingtaine dépendait de cette inscription pour obtenir le renouvellement de leur titre de séjour, en plus du droit à la poursuite de leurs études. Devant l’injustice de cette situation, les étudiants de l’université du Mirail se sont mobilisés pour l’inscription des « sans-facs ». Du 24 octobre au 14 novembre, ils envahissent et occupent la présidence, et de multiples réunions avec les instances dirigeantes de l’université ont permis l’inscription en licence d’une cinquantaine d’étudiants. La trentaine d’étudiants restant postulait pour un master, et a obtenu une année de césure avec suivi pédagogique individuel et des stages professionnels, et un titre de séjour pour les étudiants étrangers.

Aujourd’hui, le Mirail se mobilise à nouveau contre la casse de l’université par Macron, et plus particulièrement le projet de fusion des universités de Toulouse, qui aggraverait les conditions d’étude des étudiants, par la mise en place de la sélection et l’augmentation des frais d’inscriptions, la suppression de postes et l’aggravation des conditions de travail des personnels, une gestion toujours plus anti-démocratique, opaque et au service du grand patronat… Le lendemain du vote de la grève, ce sont plus de 600 étudiants qui se sont retrouvés en AG le 14 décembre après celle des personnels, et qui ont voté à la majorité les mêmes mots d’ordre. Ils demandent la démission du président de l’université Daniel Lacroix qui a trahi ses promesses au cours du dernier Conseil d’administration. Il a fait passer de force le « oui », alors qu’il avait promis de suivre la volonté des personnels exprimée dans la consultation. Le « non » l’avait pourtant largement emporté lors des consultations, à plus de 94 % chez les étudiants, et 62 % chez les personnels.

Pour faire reculer Macron et sa casse de l’université, c’est d’un mouvement d’ensemble des étudiants dont on aura besoin. Il s’agit pour cela de prendre appui sur les mobilisations en cours, notamment à l’université de Toulouse le Mirail, pour converger contre Macron et son monde de précarité. Contre la volonté de Macron de diviser les étudiants, entre d’un côté ceux qui auraient la bonne nationalité et les bons résultats et de l’autre ceux qu’ils considèrent étrangers, c’est bien notre unité qu’il faut opposer. Batailler contre la sélection à l’université et la lutte contre les expulsions sont deux combats indissociables pour faire face à Macron et son monde.




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