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Politique

« Une visite chinoise par an »

Macron, le PDG de « l’entreprise France », en visite en Chine

Macron s’est rendu en Chine pour une visite officielle aux airs de pur et simple voyage d’affaire. L’objectif de ces signatures de contrats est toujours double, économique et politique. Sur le plan économique, la stratégie affichée par Macron est de bien positionner le capital français dans un contexte de mutation de l’économie chinoise et d’améliorer le résultat de la balance commerciale en dopant les exportations françaises des secteurs à forte valeur ajoutée : l’aéronautique, le luxe et le nucléaire. Coté politique, le but est de s’afficher aux cotés de la Chine comme leader en matière de lutte contre le réchauffement climatique, en mettant bien évidemment de côté la question houleuse des droits de l’homme.

Crédit Photo : Reuters / Ludovic Marin / Pool

S’implanter davantage sur le marché chinois dans un contexte de concurrence commerciale accrue

L’économie chinoise est en mutation depuis quelques années et son marché intérieur se développe sous la pression de la hausse régulière des salaires. L’ampleur de ce marché aiguise naturellement les appétits du capital étranger. Macron ne fait pas exception et se rend donc en Chine afin de négocier et préparer un avenir commercial « équilibré » entre les deux pays. Dans la balance commerciale de la France, qui est très fortement déficitaire (environ 62 milliards d’euros), les importations chinoises creusent à elles seules 30 milliards de déficit, soit presque la moitié du total. Le but affiché de Macron est donc de réduire ce déficit en plaçant le capital français pour ne pas rater le coche de l’émergence du marché chinois. En réalité Macron s’occupe surtout de signer des accords, qui ont bonne presse grâce aux montants astronomiques qu’ils affichent, pour les grands groupes déjà très bien positionnés vis-à-vis du marché Chinois : en particulier pour l’avionneur européen Airbus, les géants du luxe (LVMH, Kering) et enfin pour Areva et EDF.

Cette stratégie s’inscrit dans la logique du redressement post-crise des subprimes, dans un contexte de concurrence commerciale accru avec l’Allemagne et les Etats-Unis, notamment. Les gouvernements français propulsent les multinationales partout où ils peuvent en vendant tous azimuts armes, avions et centrales : il n’en fallait pas moins pour satisfaire les appétits du capitalisme bleu-blanc-rouge et européen. Airbus se sent déjà des ailes avec la promesse d’achat de 184 avions, une commande qui lui permettra de regagner des parts de marché face à son concurrent américain Boeing. Le président des riches et des patrons disait-on ? Très certainement, à l’intérieur du pays Macron fait tout pour baisser la masse salariale et faciliter les licenciements ; à l’extérieur, il trouve des clients aux géants de l’industrie française, ses copains. ( son premier ministre n’est autre que l’ancien lobbyste d’Areva).

« Make our planet great again » en vendant du nucléaire

Le trou béant laissé par Trump du côté de la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre est exploité à fond par l’exécutif français depuis quelques mois. Macron s’est donc saisi de cette visite comme de l’occasion de se faire encore le champion international de la lutte contre le réchauffement climatique. Le président du pays le plus nucléarisé du monde, également solide pollueur environnemental, a en effet tout intérêt à faire oublier ce volet de l’urgence écologique. Il l’a fait savoir, pour Macron, le nucléaire deviendrait presque une énergie verte car « décarbonnée ». Moins de gaz à effet de serre mais plus de déchets nucléaires radioactifs pour la planète, en France, comme à l’étranger.

La Chine, qui a aussi un intérêt économique et politique à réduire les émissions de gaz polluants (qui prennent une proportion toute particulière dans ce pays), donne toute latitude à Macron pour jouer son hypocrite numéro d’écolo, rangeant bien vite celui de défenseur des droits de l’homme. En définitive, ce voyage dit de nombreuses choses de la situation française post-crise et de la stratégie pro-patronale du gouvernement Macron qui définitivement ne sait donner de leçons qu’aux pauvres et aux travailleurs.




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