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Politique

Le chef de l’État à la défensive

Macron n’a pas vu venir la force de la contestation des cheminots

Comme prévu, le mouvement de grève à la SNCF a été fortement suivie, notamment parmi les agents indispensables à la circulation des trains. Pour ce premier jour de la grève, les syndicats ont clairement gagné le match.

Seulement un seul TGV sur huit et un TER sur cinq : le premier jour de la grève intermittente contre la réforme de la SNCF a sévèrement paralysé le trafic ce mardi dans toute la France. Le mouvement a été particulièrement suivi chez les conducteurs (77% de grévistes). À ce stade, c’est le conflit le plus dur de la SNCF après des décennies.

Pour la première fois depuis le début de son mandat, Macron se trouve à la défensive, ce qui n’a pas échappé à de nombreux commentateurs politiques et médiatiques. Depuis sa hauteur jupitérienne, il n’avait pas anticipé la force de la bataille des cheminots.

Laurent Joffrin, directeur de Libération, affirme : « La suppression du statut de cheminot ne figurait pas dans le programme d’Emmanuel Macron et l’application de la directive européenne qui prévoit l’ouverture à la concurrence était modulable. Beaucoup pensent que les conditions d’emploi des cheminots étaient négociables à l’intérieur du statut, dont l’abolition pour les nouveaux entrants agit comme un chiffon rouge. La dramatisation excessive de la situation de la compagnie a aussi joué un rôle : en décrivant une société pratiquement à l’agonie, le gouvernement a braqué les cadres de l’entreprise en même temps que les syndicats les plus modérés. De toute évidence, En Marche a raté une marche dans cette affaire. »

De son côté, Cécile Cornudet, dans le quotidien pro-patronal Les Échos, soutient que : « L’exécutif a sous-estimé le rapport affectif des cheminots à leur entreprise. ‘’On est cheminot de père en fils, la SNCF fait partie de la famille. Du coup, impossible d’être dans le raisonnable : si on touche à la SNCF on touche au plus profond d’eux ‘’, reconnaît désormais un poids lourd du gouvernement. L’exécutif a critiqué la SNCF en pensant s’allier les usagers exaspérés par le service rendu ; il s’est au contraire aliéné les cheminots qui l’ont pris comme une attaque personnelle... Il ne faut pas chercher plus loin l’impression de désarroi que donne le gouvernement depuis quelques jours. Il fait des gestes, tend la main, parle de « négociations », s’apprête à en faire d’autres (sur la dette, le recours à la loi pour réformer le statut...) mais ne se fait pas entendre ».

Rien n’est joué actuellement. Le changement de ton de l’exécutif l’illustre parfaitement après ce premier jour de grève. Macron se vantait au début de vouloir faire sa propre « grève des mineurs » et voulait se transformer en un Thatcher à la française. Aujourd’hui, il espère seulement ne pas perdre trop de plumes dans cette première grande épreuve de force. Il est primordial de l’arrêter, de contrer sa réforme ferroviaire et de vaincre l’ensemble de ses attaques anti-ouvrières et réactionnaires.




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