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Politique

Après les chômeurs et les suppressions de fonctionnaires

Macron veut détruire les régimes spéciaux de retraite des cheminots et des fonctionnaires

Le programme dévoilé par Emmanuel Macron ressemble de plus en plus au programme de François Fillon. Ce dernier ne perd donc pas que ses soutiens, mais aussi son « programme de combat » qui lui avait fait gagner la primaire à droite. Si l’ex-banquier de Rothschild était raillé depuis de nombreuses semaines pour son absence de programme, celui qu’il vient de présenter ne fera aucunement rire les classes populaires. En effet, après avoir annoncé vouloir supprimer 120 000 fonctionnaires, et expliqué qu’il fallait contrôler drastiquement les chômeurs Emmanuel Macron a aussi annoncé une mesure fracassante : supprimer les régimes spéciaux de retraite. Ces régimes, qui concernent les cheminots, les travailleurs du métro, d’EDF, et tous les fonctionnaires, ont été moins touchés par les précédentes contre-réformes, dont celle de 2010. Ce sont ces quelques acquis restants que le candidat favori à l’Elysée veut détruire, au risque de faire face à une forte opposition de la rue.

Supprimer les régimes spéciaux et mettre tous les salariés au même niveau : un nivellement par le bas au détriment des retraites

Il y a une semaine, le candidat d’En Marche présentait aux Echos son programme de choc contre la classe ouvrière, fidèle, comme il a toujours su l’être, aux intérêts du CAC 40. Et parmi les diverses mesures égrenées, toutes plus antisociales les unes que les autres, un des points clés de la grande réforme des retraites qu’il compte mettre en œuvre : « je veux engager dès le début, avec les partenaires sociaux, les négociations sur la création d’un vrai système universel de retraite. 1 € versé pour cotisation ouvrira droit aux mêmes droits, quels que soient votre secteur, votre catégorie ou votre statut. Les règles seront les mêmes pour tous les régimes. Ce sera la vraie fin des inégalités entre fonctionnaires et salariés du privé. La réforme va permettre d’accompagner les transformations de la société et les multiples évolutions de carrière des individus. »

Si l’on pourrait saluer l’idéal égalitaire dont est visiblement emprunt Emmanuel Macron, on ne peut que douter sur son caractère « progressiste ». Car si l’idée de mettre au même niveau les inégalités entre régimes de retraite pourrait apparaître comme une bonne idée, étant donné les grandes difficultés qu’ont de nombreux retraités à boucler les fins de mois, avec des traitements à parfois moins de 1 000 €, on se doute bien que celui qui s’est formé auprès de François Hollande ne souhaite en aucun cas mettre à niveaux les régimes spéciaux à la hausse, en prenant pour base les régimes les plus avantageux. Dans la logique de l’ex-ministre de l’économie, il s’agit bien de niveler par le bas, en remettant cheminots, conducteurs de métros, travailleurs de l’électricité, fonctionnaires, marins, dockers et toutes les autres activités concernées par l’un des 37 régimes spéciaux au niveau du salarié du supermarché d’à côté.

Passer d’un système de solidarité à un système assurantiel : une logique générale à la défaveur des travailleurs

La logique d’Emmanuel Macron est en effet double : au-delà de la volonté de mettre à bas tous les régimes spéciaux, et de remporter encore plus d’argent sur le dos des salariés du public, il cherche aussi à transformer totalement le système des retraites. Comme l’explique les quotidien Les Echos : « Contrairement au système dominant des régimes par annuités, le futur système serait à cotisations définies plutôt qu’à prestations définies. Autrement dit, chaque année cotisée, au lieu de rapporter un pourcentage de la future pension, rapporterait des points convertibles en pension - la valeur de ces points évoluant.  ». Le modèle que prend l’équipe de Macron est celui du système suédois, qui fonctionne ainsi. Sauf qu’il est beaucoup moins avantageux pour les retraités que le système de solidarité. C’est un système où, si en réalité les cotisants cotisent pour les retraités actuels, leurs cotisations sont capitalisées dans un compte virtuel. Derrière cette logique compliquée, l’idée que chaque génération est indépendante de la suivante, qu’il n’y a aucune solidarité.

C’est exactement la même logique qu’avec l’assurance chômage qu’Emmanuel Macron veut mettre en place : adieu la solidarité entre travailleurs et chômeurs, bienvenue à l’assurantiel ! Car cette « transition » permet aussi de passer de façon plus « fluide » d’un système de solidarité géré par l’Etat à un système assurantiel géré par les sociétés privées. La phase où le système assurantiel est géré par l’Etat sera (plus ou moins) provisoire.

Un potentiel de résistance particulièrement fort chez les fonctionnaires qui promet une forte résistance

Si la proposition d’Emmanuel Macron n’a pas fait grand bruit, les quelques analystes de la droite s’y sont intéressés, voyant bien là une des réformes que les gouvernements successifs n’arrivent pas à faire passer. En 1995, c’était la vraie question posée par le Plan Juppé : étendre aux fonctionnaires et aux professions réglementées la nouvelle durée de cotisations obtenue deux ans plus tôt, en 1993 par Balladur, à 40 ans. La SNCF, La Poste, France Télécom, la RATP partent alors en grève reconductible le 25 novembre contre la casse des régimes de retraite. Ce n’est que le 15 décembre que le gouvernement recule.

Après les réformes de 2003 (François Fillon) et 2008 (Xavier Bertrand), Nicolas Sarkozy revient à la charge en 2010 avec un nouveau plan pour augmenter l’âge légal de départ à la retraite, pour le faire passer à 62 ans, régimes spéciaux compris. Le mouvement social qui avait commencé n’a pas réussi à faire échouer, malgré près de 14 journées de mobilisations entre le 23 mars et le 23 novembre, et des grèves reconductibles dans de nombreux secteurs, dont les raffineries, qui avaient mis le pays à sec.

Par deux fois à l’échelle nationale, les salariés se sont donc levés en masse contre des réformes touchant à leur retraite. Après un large mouvement contre la loi-travail, durant lequel la question de la reconduction des grèves a été posée dans de nombreux secteurs à l’instar de la SNCF, des ports et docks, des déchetteries, des raffineries, on peut penser que cette opposition serait capable de faire reculer Emmanuel Macron dans ses velléités anti-démocratiques.




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