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Politique

#AdamaTraoré

Marche pour Adama. Deux ans après, le combat continue

Il y a un avant et un après 19 juillet 2016. Pas seulement pour la famille et les proches d’Adama Traoré, qui ont perdu, ce jour-là, leur fils, leur ami, leur frère, asphyxié sous le poids de trois militaires, emmené inconscient dans un fourgon, laissé crever comme un chien dans une gendarmerie de l’Ile-de-France périurbaine. A la lumière d’un nouveau meurtre policier, celui d’Aboubakar Fofana à Nantes, on découvre que, deux ans après, le mensonge d’Etat révélé dans l’affaire Adama a laissé des traces. Qu’il a ouvert, autant que le combat d’une famille qui en paye le prix fort, des brèches nouvelles dans la lutte contre les violences policières. Le 21 juillet prochain, à Beaumont-sur-Oise, pour les deux ans de la mort d’Adama, soyons aux côtés des Traoré.

Un mensonge d’Etat

Le 19 juillet 2016, il y a bientôt deux ans, Adama Traoré s’éteignait à l’âge de 24 ans. Très certainement durant le laps de temps de son trajet en fourgon, le séparant du lieu de son interpellation, le centre-ville de Beaumont-sur-Oise, à celui de son incarcération, la gendarmerie de Persan. Bientôt deux ans que la famille Traoré, dont sa sœur Assa est devenue une figure, se bat pour établir la vérité et la justice concernant les circonstances de la mort de leur proche. A défaut de justice, c’est une partie de la vérité qui s’est donnée à voir. Tout d’abord sur les causes de sa mort. Une autopsie indépendante commandée par la famille – là où les autorités leur proposait, à ses frais, de renvoyer au plus vite le corps du défunt au Mali pour l’inhumation- a finalement révélé qu’Adama n’était pas mort de causes cardiaques, qu’il n’était pas un consommateur de drogue, première version avancée par le procureur de Pontoise et abondamment relayée dans les médias. Adama est mort par asphyxie, asphyxie déclenchée par un placage ventrale attesté par des marques, par le poids de trois gendarmes sur son dos et son corps, une pratique policière mortelle bien que légale. L’expertise confirme les doutes. La mort d’Adama est directement liée à ses conditions d’interpellation qui ont entrainé sa mort.

La seconde vérité touche à la première. Le procureur de Pontoise a réalisé une communication mensongère. Il a omis d’évoquer le « syndrome asphyxique spécifique » pourtant présent dans la première autopsie. Loin d’être sanctionné, il sera transféré au tribunal de Paris, une demande réalisée avant l’affaire Adama. Tout comme le dossier de la famille Traoré, suite à sa demande de dépaysement. Mais la complicité des autorités pour défendre un crime policier ne se résume pas à celle du procureur de Pontoise, au demeurant magistrat du Parquet placé directement sous l’autorité du ministère de la Justice. Elle s’incarne également dans l’attitude de la maire de Beaumont-sur-Oise, Nathalie Groux, qui envoie les forces de l’ordre réprimer le 17 novembre 2016 un rassemblement des soutiens d’Adama Traoré.

L’acharnement judiciaire contre la famille Traoré

Après les mensonges et le mépris, les autorités décident de s’en prendre à la famille Traoré. Ce sont désormais les frères Traoré qui sont visés. Un véritable acharnement judiciaire commence pour les faire taire. En novembre 2016, Bagui et Ysoufou, deux frères d’Adama, sont mis en détention provisoire. Ysoufou écope de trois mois fermes aménageables. Bagui est condamné à 8 mois de prison fermes pour violences, avec interdiction de séjour de deux ans à Beaumont-sur-Oise, son lieu de résidence. En appel, il écopera de 6 mois fermes. Mais en mars 2017, il fait de nouveau l’objet d’une inculpation, avec sa compagne pour « tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique », et entame, en prison, une grève de la faim. Il sera finalement relaxé en février 2018. Yacouba, autre frère d’Adama et d’un de ses amis, ont quant à eux écopé de 18 et 15 mois fermes en mars 2017 pour des faits de violences. En juin 2017, c’est au tour de Chekne d’être poursuivi pour « outrage à agent ». Puis en mai 2018, un cinquième frère d’Adama, Samba, est condamné à 4 ans de prison dont 30 mois ferme.

#AdamaTraoré, un précédent dans la lutte contre l’Etat policier

Aussi tragique soit-elle, la mort d’Adama est aussi d’une terrifiante banalité dont la dernière séquence se passe à Nantes - Aboubakar Fofana, mort d’un tir policier à bout portant - ,et les racines plongent dans les conditions d’exploitation et d’oppression des territoires colonisés par la France. La répression de l’ordre colonial qui se traduit, un demi-siècle plus tard, par des techniques de maintien de l’ordre dans les quartiers, l’acharnement des contrôles et la crainte qui en découle, les violences physiques et les restrictions à la circulation dans les espaces publics. Celle qui sied, en fait et place, chaque fois – comme à Air-France, chez les cheminots, à La Poste - que l’exploitation est contestée, mais qui cible spécifiquement et s’applique en permanence sur les personnes racisées, notamment les jeunes hommes de milieu populaire, vus par l’Etat et ses forces de répression comme des esprits et des corps à dresser.

La mort d’Adama s’inscrit dans ce paysage. Et pourtant, depuis 2005 et le double meurtre de Zyed et Bouna, elle marque aussi un après. Depuis deux ans, la machine de l’Etat se déploie pour acculer au silence les voix qui dénoncent la mort d’Adama. Mais la mécanique est grossière, outrageusement visible. L’affaire Adama est devenue une affaire d’Etat. Les mensonges, l’acharnement judiciaire, la popularité d’Assa et du combat de sa famille, un faisceau d’éléments qui jettent la suspicion sur les institutions auprès de pans plus larges de l’opinion publique, dans un contexte où depuis 2016, les violences policières s’exhibent en manifestation. C’est ce qui s’est vu autour de la mort d’Aboubakar à Nantes où la version policière, ensuite démentie, a été immédiatement contestée par les habitants et mise en doute dans les médias.

Rendez-vous à Beaumont le 21 juillet

Le 21 juillet, à 14 heures, depuis la gare de Persan- Beaumont, le collectif Vérité et Justice pour Adama organise une marche pour Adama. Les organisations d’extrême-gauche doivent apporter tout leur soutien au combat de la famille Traoré, et à toutes les familles des victimes de crimes policiers, pour obtenir la justice et la vérité sur la mort de leurs proches et réclamer la libération et l’arrêt immédiat des poursuites des membres de la famille Traoré.

Face au racisme d’Etat et aux violences policières qui touchent spécifiquement les populations des quartiers populaires, exigeons la dissolution des forces de répression, et notamment de la BAC qui sévit brutalement dans les quartiers populaires, et s’en prend au mouvement social.

Après la démonstration de force du collectif Justice et Vérité pour Adama avec sa présence lors de la manifestation du 26 mai, en tête de cortège, aux côtés des organisations de gauche, mais surtout des cheminots, des hospitaliers, des étudiants en lutte contre les politiques macronistes, il est grand temps que la question de la lutte contre le racisme et les violences policières ne reste plus cloisonnée, et que l’ensemble des organisations politiques et syndicales de la classe ouvrière prennent à bras le corps ces luttes, aux côtés des quartiers populaires et des familles de victimes.




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