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Politique

Congrès du FN

Marine Le Pen cherche à sortir le FN de sa crise en profitant de la vague populiste

Le congrès du FN, qui s’est tenu ce dimanche à Lille, avait pour objectif de relancer un parti enfoncé dans la crise depuis la défaite de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Pour ce faire, la présidente du parti cherche à profiter de la vague populiste qui traverse les Etats-Unis et l’Europe. Mais les problèmes semblent loin d’être résolus.

Second tour de l’élection présidentielle : la défaite est cinglante pour Marine Le Pen. Au-delà du score très en dessous de leurs espérances, c’est la prestation catastrophique de la candidate du parti d’extrême droite face à Emmanuel Macron qui est restée dans les mémoires. Depuis, le parti semble s’enfoncer dans la crise, avec le départ fracassant de Florian Philippot, le retrait de Marion Maréchal Le Pen, et une absence médiatique depuis plusieurs mois. Surtout, le FN aurait, selon son propre décompte, perdu près de la moitié de ses adhérents.

C’est pour changer cette image du parti, et le transformer en un parti de pouvoir, que le congrès du FN a adopté un nouveau nom : le « Rassemblement National ». C’est aussi pour cela que Jean-Marie Le Pen a été mis définitivement à l’écart du parti, avec la suppression pure et simple dans les statuts du poste de président d’honneur qu’il occupait. L’ambition de Marine Le Pen, c’est celle de pouvoir avancer vers un rassemblement avec d’autres forces politiques, notamment des secteurs de la droite, dans l’objectif des européennes de 2019 mais surtout des élections présidentielles de 2022. Devenir un véritable parti de gouvernement qui rompe avec la certaine forme d’amateurisme qui l’a caractérisé jusque-là.

Mais la suite s’annonce d’ores et déjà compliquée. D’abord, le changement de nom fait déjà l’objet de plusieurs controverses. D’abord, celui-ci est revendiqué par Igor Kurek qui a déjà présenté dans le passé des listes portant ce nom. Surtout, ce nom rappelle celui du Rassemblement National Populaire de Marcel Déat, figure de la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Une manière peut-être de contenter les franges les plus fascisantes du parti tout en maintenant une stratégie d’ouverture.

Cette ambiguïté n’est pas anodine : elle est à l’image d’un parti qui ne sait pas bien quelle ligne politique tenir. Si pour Marine Le Pen, le changement de nom, l’éviction de son père et la volonté de rassemblement affichée sont des pas en avant vers la dédiabolisation, force est de constater que la transformation s’arrête à mi-chemin. D’abord, celle-ci a abandonné l’idée de changer le logo, la flamme bleu-blanc-rouge, contrairement à ce qu’elle avait annoncé il y a quelques mois. D’autre part, le discours de celle-ci n’a pas beaucoup changé sur le fond. Au contraire, lors du congrès, on a pu voir un certain retour aux sources avec une ligne xénophobe et raciste beaucoup plus affirmée. Une volonté de chercher à capitaliser sur le mouvement populiste qui gagne du terrain à travers le monde, comme en témoigne la venue en vedette de Bannon, homme de la campagne présidentielle de Donald Trump. En revanche, les questions économiques, et notamment la question épineuse du Frexit, ont été mises au second plan lors de l’allocution de la présidente.

Ce recentrage sur les questions identitaires n’est pas sans rappeler la ligne défendue par sa nièce, Marion-Maréchal Le Pen dont l’ombre a plané, malgré son absence lors de ce congrès. Selon un dernier sondage, 83% des militants du FN souhaiteraient d’ailleurs la voir revenir en politique. Un plébiscite dont est loin de bénéficier la dirigeante actuelle du parti, et dont la réélection était assurée lors de congrès, étant la seule candidate. Cependant, en interne, de nombreux éléments montrent que son assise s’est affaiblie, à commencer par les 52% seulement de militants ayant voté en faveur de sa proposition de changer le nom du parti.

Depuis plusieurs idées, le programme et les propositions de l’extrême-droite la plus réactionnaire ont fleuri dans le paysage politique. Au point par exemple que la politique migratoire de Macron peut-être aujourd’hui revendiquée par la principale figure de l’extrême droite italienne. C’est aussi le sens du virage opéré par Les Républicains avec la victoire de Wauquiez qui a depuis marqué un net virage à droite. Or, contrairement à l’adage bien connu, il semble bien que les électeurs aient préféré, jusqu’ici, la copie à l’original. Pas sûr que le congrès du FN permette de changer la donne.




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