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Mayotte : un mois et demi de grève générale, l’État français répond par la répression

Après un mois et demi de grève générale, le gouvernement a finalement envoyé la ministre de l’outre-mer à Mayotte. Elle est arrivée ce lundi 12 mars à Mamoudzou, le chef-lieu du « département », dans un climat hostile.

Quel est l’état de la grève après un mois et demi ?

La mobilisation dure à Mayotte depuis le 20 février, menée par une intersyndicale (rassemblant CGT Ma, CFDT, Solidaires, SNUipp, FO, FAEN, CFE-CGE et la Confédération syndicale des familles...) ainsi que des collectifs d’associations mahoraises. Des grèves et blocages paralysent l’île. Le port principal de l’île ainsi que les routes sont bloqués, les écoles fermées, le ramassage des ordures interrompu.... Des manifestations, ainsi que des opérations escargots sont organisées régulièrement. Une situation que cette colonie française a déjà connu à plusieurs reprises depuis sa « départementalisation » en 2011. Ainsi cette même année un grand mouvement contre la vie chère avait eu lieu, suivi en 2016 d’une nouvelle mobilisation d’ampleur. En novembre 2017 des premières opérations de blocages et des grèves avaient eu lieu, pour des augmentations de salaire, notamment dans l’usine Mayco, fabriquant du Coca-Cola, le Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) pour plus de moyens, les salariés du port de Longoni, etc.

Ces larges et fréquents mouvements de protestation ne sont pas étonnants dans ce territoire, qui s’il a acquis le statut de département français, n’en reste pas moins une colonie moderne, où les habitants continuent à ne pas posséder les mêmes droits que les citoyens hexagonaux. A Mayotte les allocations y sont par exemples moins importantes, tout comme le salaire minimum, qui ne s’élève qu’à 7,37 euros, et les travailleurs sont soumis à un code du travail spécifique.

Une mobilisation aux mots d’ordre ambigus

La mobilisation rassemble des secteurs et organisations aux revendications distinctes. Les collectifs d’associations de citoyens mettent en avant la « lutte contre l’insécurité », et des mots d’ordre réactionnaires pour y remédier, demandant des renforts policiers et une politique plus répressive vis-à-vis des étrangers. L’intersyndicale elle exige des moyens pour les services publics, l’éducation, la santé, les infrastructures routières, etc. En tout elle avance le chiffre de 1,8 milliards d’euros d’investissements.

Ce lundi de rentrée scolaire, une grève illimitée était appelée par le syndicat de l’éducation FSU, pour la création de postes, d’enseignants et de personnels, la construction d’établissement, un plan de rénovation. « Il n’y avait à peu près aucun élève dans les établissements scolaires qui étaient ouverts aujourd’hui et autant d’enseignants » d’après Quentin Sedes, le secrétaire généal CGT Educ’Action Mayotte.

Détournement sécuritaire

La mobilisation a démarré sur des revendications contre l’insécurité, considérable sur l’île : suite à l’attaque d’une école par une bande armée. Depuis le début du conflit gouvernement et médias mettent en avant ce seul aspect de la mobilisation, en lui donnant un contenu particulièrement réactionnaire.

Belle aubaine en effet pour l’État français, soutenu par la presse dominante, que de se saisir de la colère des mahorais contre la misère et la violence qu’elle engendre inéluctablement, pour la mettre sur le dos de l’immigration des Comoriens, et autres archipels voisins. Tout à la fois la question de l’insécurité et de l’immigration devient un argument pour renforcer son tournant sécuritaire, dans un contexte où sur le territoire hexagonal Macron est en train de mener une offensive raciste et xénophobe contre les migrants ; un prétexte pour ne pas répondre aux exigences des mahorais de moyens et d’infrastructures suffisantes ; et un moyen de légitimer l’envoi de troupes supplémentaires pour raffermir la main de fer de l’impérialisme français sur son vassal insulaire.

Des troupes de gendarmeries envoyées à Mayotte

Les seules propositions du gouvernement pour répondre aux demandes des mahorais sont l’envoi de renforts armés : bien pratique pour l’État français qui souhaite mettre fin au plus vite à cette crise potentiellement explosive. Ainsi aujourd’hui Annick Girardin s’est rendue à Mayotte en compagnie, entre autres, d’un général, — Lambert Lucas, le commandant de la gendarmerie d’outre-mer — pour mieux organiser la répression du mouvement ?

La ministre a annoncé l’instauration d’une zone de sécurité prioritaire (ZSP) de l’envoi de nouveaux escadrons de gendarmeries. Trois ont déjà été envoyés, et de nouveaux arrivent mardi. Lundi matin, comme on peut le dire dans Le Monde, « alors que la quasi-totalité des barrages installés sur les principaux axes routiers du territoire avaient été levés pendant le week-end pour permettre à la population de se ravitailler et de vaquer à ses occupations, les gendarmes mobiles sont intervenus à 4 heures du matin pour dégager le barrage maintenu au rond-point stratégique à l’entrée du port de Longoni », sous ordre du Préfet. Soi-disant pour laisser passer les camions de livraison, alors que les manifestants expliquent qu’ils les laissent déjà passer.

Un nouveau statut pour l’hôpital pour lutter contre la venue d’étrangers

Le deuxième grand axe annoncé par la ministre de l’outre-mer aujourd’hui, qu’elle confirmait dans une interview à France Info lundi, est la création d’un nouveau statut juridique « extra-territorial » pour l’hôpital de Mamoudzou, et notamment sa maternité.

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Grivaux expliquait il y a quelques jours la fonction de ce statut « qui permettrait de faire que les naissances qui s’y passent ne permettent pas obligatoirement d’obtenir la nationalité française ». Une mesure qui s’apparente à celle que proposait il y a une semaine le président de Les Républicains, Laurent Wauquiez, en visite à Mayotte.

© AFP




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