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Justice de classe

Mort d’Aboubakar, le début d’un long combat pour la vérité et la justice

Une semaine après le meurtre d'Aboubakar Fofana à Nantes, la famille se porte partie civile pour connaître la vérité sur la mort de leur enfant. Le début d’un long et douloureux combat pour exiger que la vérité soit faite sur une mort qui est déjà couverte par la justice. Mais à voir la qualification des faits, on devine que la vérité ne risque pas d'émerger du procès.

Crédit photo : AFP/SEBASTIEN SALOM GOMIS

A la façon dont le flic a changé sa version au fur et à mesure des informations qui sont apparues sur les circonstances du meurtre, on sait déjà qu’il y a un menteur dans l’histoire. Il n’y a pas grand-chose à attendre, de toute façon, d’une police qui use de la gâchette dans les quartiers depuis plusieurs années. Et, le plus souvent, pas grand-chose à espérer non plus des rares procès qui ont vraiment lieu, puisque la plupart du temps, les policiers sont relaxés.

Les avocats de la famille viennent de lancer un appel à témoins, pour donner une idée un peu plus juste que celle des seuls flics sur la situation dans laquelle Aboubakar a été abattu. La procédure vient de s’ouvrir au parquet de Nantes, mais dès maintenant la qualification des faits indique que le CRS mis en cause a déjà gagné une partie de la bataille : il sera jugé pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et non pour « homicide volontaire ». Donc appuyer le canon d’une arme sur la jugulaire de quelqu’un et actionner la gâchette, c’est faire preuve de « violences volontaires » mais n’avoir aucune « intention de donner la mort ». Ah ?

Niveler d’emblée la qualification des faits n’est pas la pratique la plus courante dans les procès, puisque les magistrats peuvent toujours requalifier les faits en cours de procédure. L’affaire est donc nettement minimisée par le parquet de Nantes. Tout comme elle est restée ignorée du gouvernement, dont la seule réponse, face à la colère légitime qui s’est exprimée à Nantes les jours qui ont suivi le meurtre, a été d’envoyer plus de flics dans les quartiers.

La famille et les avocats ont donc décidé de se porter partie civile pour le procès et ont lancé leur propre appel à témoin, puisque jusque là, seulement une des vidéos qui était pourtant pléthore sur la toile a été retenue. Quand on voit les manœuvres de l’État et de la justice pour mettre sous silence la mort d’Aboubakar et clore l’affaire on ne peut qu’imaginer le combat dur et acharné qui s’annonce pour la famille. La famille Traore est en cela un exemple, famille qui se bat sans relâche depuis deux ans, malgré l’acharnement judiciaire qu’elle subit pour exiger la justice et la vérité contre les violences meurtrières de la police.




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