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Politique

En toute impunité

Non lieu pour l’assassin de Rémi Fraisse, les juges enterrent l’affaire

Les gendarmes peuvent tuer en toute impunité. Voilà le message que fait passer le parquet de Toulouse en délivrant un non-lieu en faveur de celui qui a tué Rémi Fraisse, enterrant l’affaire qui dure depuis plus de trois ans.

Dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, Rémi Fraisse, militant écologiste, mourrait sous les grenades de la gendarmerie à la ZAD de Sivens, dans le Tarn. Ce mardi 9 janvier 2018, le parquet de Toulouse décrète un non-lieu en faveur du gendarme qui l’a tué. « S’il n’est pas contestable que le lancer de la grenade était volontaire, il est en revanche exclu par les éléments de procédure que les conséquences de ce lancer, à savoir le décès de Rémi Fraisse, aient été voulues par son auteur. Il s’en suit que les faits, objet de la présente procédure, ne sauraient recevoir la qualification de meurtre, en l’absence d’intention d’homicide » peut-on lire sur l’ordonnance en question. Retour sur l’histoire emblématique de ce militant victime de violences policières et le combat sans relâche pour faire reconnaître cet assassinat.

Il y a maintenant plus de trois ans…

Les militants occupant la zone humide du Testet, contre le projet de barrage de Sivens, organisent un festival de soutien à la lutte en octobre 2014. En raison des vives tensions avec les forces de répression, les Zadistes font la demande d’une non-présence policière sur les lieux lors de l’événement. Une requête acceptée par la préfecture. Pourtant, ce sont plusieurs dizaines de camions qui débarqueront sur la zone lors de l’événement. Les provocations policières commencent, avant un épisode de répression qui durera toute la soirée et se poursuivra jusqu’à tard dans la nuit.

Très vite, la rumeur se propage. Un militant serait mort dans la nuit. Une information confirmée, qui donnera lieu à la publication de plusieurs communiqués de la Police, aux informations falsifiées et contradictoires. Le comble du cynisme sera atteint lorsque les forces de répression annoncent que Rémi serait mort d’une overdose. Finalement, la vérité perce les mensonges policiers : Rémi Fraisse est mort suite à l’explosion d’une des centaines de grenades offensives utilisées dans la nuit par les forces de répression.

L’assassinat de Rémi Fraisse provoque une réaction qui dépasse la ZAD de Sivens. Si des manifestations sont organisés à Rennes, Nantes ou encore à Paris, c’est surtout à Toulouse que le mouvement s’enracine. Une proximité géographique et le fait que Rémi étudiait à l’Université Paul Sabatier de Toulouse rendant la question d’autant plus sensible dans la ville rose. L’université du Mirail entre en lutte, et la première manifestation d’hommage à Rémi et contre les violences policières est organisées. La répression féroce de la manifestation ancrera un peu plus le mouvement, radicalisant les positions et ouvrant la boite de pandore des violences d’États.

Durant le gros mois de lutte qui secouera Toulouse, les cadres d’auto-organisation se développent sur l’Université du Mirail, avec des Assemblées Générales dépassant les 2 000 participants. Le blocage et l’occupation de la fac avec la mise en place d’une ZIC (Zone d’Interpellation Chaleureuse) visibilise la lutte. Du côté des forces de répression, chaque manifestation devient le terrain propice à des expérimentations. De la nasse géante à l’encadrement total de manif’, du matraquage au gazage géant jusqu’à l’utilisation de canons à eau en passant par les interpellations arbitraires, tout y passe. Des techniques de répression qui seront soit abandonnées, soit réutilisées et généralisées, notamment lors du mouvement contre la loi travail de 2016.

3 ans après, les responsables de la mort de Rémi courent toujours… et certains sont décorés !

A 3 ans de la mort de Rémi Fraisse, le chantier est pour l’heure abandonné et une partie de la zone humide du Testet a été réhabilitée. Cependant, l’État a lancé, en parallèle, les premières manœuvres pour un « Sivens 2 », soi-disant plus écologique, mais toujours imposé.

Mais l’écœurement atteint son paroxysme lorsque l’on s’intéresse aux suites de l’affaire pour les principaux responsables de la mort de Rémi Fraisse. Dans son article Sivens, Rémi Fraisse, trois ans après, où en est-on ?, le site Reporterre détaille. Les différents procès ont débouché sur des non-lieux. Au niveau des gendarmes, le procureur de la République jugeait non sans ironie qu’« aucun élément ne pouvait laisser croire que ces grenades étaient létales ». Yves Mathis, directeur de cabinet du préfet du Tarn, qui avait été muté en 2015 en Nouvelle-Calédonie comme administrateur civil, est revenu cette année sur le territoire hexagonal, en tant que secrétaire général à la préfecture des Landes. Bernard Caseneuve, après un passage en tant que premier ministre, vaque à ses occupations d’avocat d’affaires. Pire, le lieutenant-colonel Rénier, responsable du groupement de gendarmerie du Tarn et qui a quitté il y a peu ses fonctions, avait été promu chevalier de la légion d’honneur en 2015. Une « juste récompense » pour l’un des protagonistes principaux de l’assassinat de Rémi.

Impunité policière totale, couverture des principaux responsables, c’est peu dire que la machine judiciaire a joué son rôle, tandis que les militants opposés au projet ou manifestants contre les violences policières ont dû faire face à des peines de prisons. Ce que continue de révéler l’affaire Rémi Fraisse, 3 ans après, c’est le caractère ouvertement réactionnaire et répressif de l’ensemble de l’appareil d’État. Plus que jamais, et alors que le parquet de Toulouse délivre une honteuse ordonnance de non-lieu, il n’y aura ni oubli, ni pardon pour l’assassinat de Rémi.

Crédit photo : Francois Mori/AP




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