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Nour Tamimi, cousine d’Ahed, libérée de prison : « Je ne regrette rien »

Quelques heures après sa libération, Nour, qui a été arrêtée avec sa cousine Ahed, après la diffusion d'une vidéo, maintenant célèbre sur les réseaux sociaux, parle de son arrestation, son temps en prison, et pourquoi elle n'est pas découragée.

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Traduction de Lily Rose
Photo : Nour chez elle à Nabi Saleh, à sa sortie de prison le 5 janvier 2018 (Oren Ziv/Activestills.org)

" C’est normal, ça arrive tous les jours en Palestine, que des soldats entrent dans notre village et nos maisons. Mais cette fois-ci, les médias israéliens ont parlé massivement de l’histoire et ça a été beaucoup partagé sur les réseaux sociaux." dit Nour Tamimi dans une interview avec +972 Magazine, quelques heures après sa libération de prison vendredi dernier. Tamimi, 21 ans, originaire de Nabi Saleh, a été arrêtée deux semaines après la publication de la vidéo où on la voit aux côtés de Ahed, poussant des soldats israéliens hors de la maison des Tamimi. Ahed, 16 ans, et sa mère, Nariman, se sont vues refuser leur libération sous caution, et ont été contraintes à rester en prison jusqu’au jugement.

Jeudi, vers minuit, après le rejet par la cour d’appel militaire israélienne de l’appel contre sa libération, Nour a été amenée de la prison de Sharon jusqu’au checkpoint de Jabara, puis jusqu’à sa maison, où sa famille l’attendait avec impatience.

J’ai parlé avec Nour vendredi matin, chez elle, où ses proches, ses sympathisants, et des médias palestiniens s’étaient réunis. Parmi ces visiteurs, il y avait Mohammed Tamimi, 15 ans, sur qui les soldats avaient tiré sur la tête avec une balle en caoutchouc, une heure avant l’enregistrement de la vidéo d’Ahed et Nour. Le temps était nuageux, c’est pourquoi il n’y avait pas de manifestation dans le village, étant habituelles chaque vendredi. Néanmoins, des soldats israéliens étaient déployés à l’entrée de Nabi Saleh - probablement pour rappeler aux habitants du village ce qui pourrait se passer si quelqu’un osait sortir dehors, même sous la pluie.

Le problème c’est que beaucoup de gens ne regardent que quelques minutes de la vidéo, et n’ont qu’une image partielle de ce qui est arrivé. Ils ne savent pas ce qui s’est passé avant", dit Nour sur la manière dont le public israélien a reçu la vidéo. " Des soldats ont tiré sur le visage d’un enfant dans notre village, et il a été gravement blessé et en danger de mort. Ce n’est pas normal de faire une telle chose à un enfant. C’est pour cela qu’on voulait que les soldats partent, c’était une situation sensible."

J’ai demandé à Nour si son temps en prison l’a fait douter sur sa confrontation avec les soldats. "Nous sommes conscients des coûts que cela pourrait engendrer mais on ne regrette rien" a-t-elle répondu sans hésitation. " Quand on voit que quelque chose arrive dans notre village, on agit avec le cœur, et non avec la tête - c’est à dire qu’on ne pense plus aux conséquences ou aux résultats. Cela préserve notre humanité. Le temps en prison ne fait aucune différence. "

Son père, Naji Tamimi, est un activiste dans la souffrance populaire contre l’occupation, à Nabi Saleh. Lui aussi a passé du temps dans les prisons israéliennes, pour avoir participé à des manifestations au village. C’est un sentiment confus : « Je suis content que ma fille soit libérée, mais je pense à Ahed et Nariman, qui sont toujours en prison. On a aussi besoin de se rappeler que ce n’est pas terminé pour Nour. Elle pourrait encore être arrêtée. Il y a une accusation et on ne sait pas comment la procédure judiciaire va se terminer. »

Comme Nour, Naji pense que c’est important pour le grand public, et les soldats israéliens en particulier, de " voir toute l’histoire et pas seulement les deux minutes de la vidéo qui ont été publiées sur Youtube, il y a d’autres vidéos du jour de l’accident. Ils pourront voir comment l’armée utilise la violence contre nous. Ils doivent voir l’image dans son entièreté. L’armée est présente à Nabi Saleh de 10h du matin à 17h . Et il y a beaucoup de violence."

« L’occupation, en elle-même, est violente " poursuit Naji. " Quand elle menace nos vies, nos maisons, nos enfants, je ne peux pas dire à quelqu’un, par exemple a Nour : " pourquoi tu as poussé ou crié." Au final, quelques minutes avant, ces mêmes soldats ont tiré sur un enfant de 15 ans et l’ont gravement blessé. On continue à souffrir. On ne va jamais accepter l’occupation. On ne veut pas aller en prison, et nulle part où c’est dangereux. On ne veut plus vivre sous l’occupation."




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