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Politique

Après le 22 mars

Fonction publique : vers une convergence avec les cheminots ?

Depuis le 1er février, le gouvernement a lancé la réforme de la fonction publique, avec une période de « concertation » entre organisations syndicales et le gouvernement étendue jusqu’à la fin de l’année. Après quelques déclarations « choc » en février, le gouvernement, question de timing, a décidé de ne plus trop en parler. Pourtant, les organisations syndicales de la fonction publique ont communiqué leurs inquiétudes sur son contenu et prévoient d’ors et déjà de se réunir en intersyndicale le 27 mars pour décider de la suite.

Les fonctionnaires prochaines victimes de Macron après les cheminots

Il y a bien eu quelques déclarations en février dernier concernant le projet de réforme de la fonction publique. Sur le plan de départs volontaires de fonctionnaire pour obtenir les 120 000 suppressions promises par Emmanuel Macron et le recours à des contractuels. Et sur la rémunération au mérite qui porte la mise en concurrence des fonctionnaires. Mais la sortie du rapport Spinetta, et les foudres qu’il a pu réveiller au sein des cheminots – et de la population – a fait passer ce dossier au second plan. Question de timing pour le gouvernement, il ne s’agirait pas d’allumer plusieurs fronts en même temps alors que s’ouvre ce jeudi la première grande journée de mobilisation interprofessionnelle du quinquennat Macron. Dans l’agenda gouvernemental il est prévu de mener les concertations jusqu’à juin pour sortir un projet de réforme durant l’été ou à la rentrée. Autant dire, une fois le dossier de la SNCF refermé. Les fonctionnaires sont donc bel et bien les prochains sur la liste du gouvernement.

« L’attaque la plus forte qu’on ait eu contre le statut général », Christian Grolier, FO Fonctionnaire

Pourtant, les « concertations » autour de la réforme de la fonction publique vont bon train et sont lancées officiellement depuis le 1er février. Les organisations syndicales ont reçu début mars les documents d’orientation sur le projet de réforme et se disent très inquiètes. « Nous considérons que nous sommes à un tournant pour la fonction publique avec des mesures qui pourraient avoir des conséquences très lourdes » confiait Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU le 16 mars dernier lors d’une conférence de presse. Recours accru aux contractuels, rémunération au mérite, restructuration des services, plan de départ, fusion de certaines instances représentatives du personnel, recours aux structures privées… Pour la secrétaire générale du 1er syndicat de la fonction publique, cette réforme va donner lieu à une fonction publique « morcelée, repliée, externalisée ». Pour Christian Grolier, secrétaire général FO-Fonctionnaire, il s’agit ni plus ni moins de « l’attaque la plus forte (…) contre le statut général » autrement dit la suppression du statut de fonctionnaire.

Convergence des luttes ?

Le contenu des documents d’orientation ainsi que la forte mobilisation prévue ce jeudi 22 mars ont fait revoir aux organisations syndicales de la fonction publique leur agenda. « Nous sommes déterminés. Nous n’en resterons pas là le soir du 22. Nous avons d’ors et déjà prévu de nous retrouver le 27 mars prochain [en intersyndicale] non seulement pour faire le bilan de cette journée (…) mais pour en fonction des réponses du gouvernement, envisager des perspectives » a déclaré Bernadette Groison le 16 mars dernier. Une déclaration qui laisse, somme toute, une brèche ouverte pour le gouvernement.

Contrairement à Jean-Marc Canon pour la CGT, qui déclare assumer « les convergences dans la lutte des services publics » avec les salariés de la SNCF, et à Christian Grolier, FO Fonction Publique, pour qui « ce mouvement [du 22 mars] n’est pas un mouvement que pour les fonctionnaires », Bernadette Groison est beaucoup plus timorée. Si la FSU concède le caractère « politique » de ces attaques menées contre le service public, « le statut des cheminots n’est pas le statut de la fonction publique » a-t-elle précisé. « Nous allons continuer à être clairs sur nos plateformes revendicatives et obligé le gouvernement à ouvrir les discussions ». Un discours largement en deçà des possibilités de convergences ouvertes par la période. Et une stratégie qui pourrait du même coup nuire à la construction d’un rapport de force suffisant pour faire aboutir y compris les revendications sectorielles de la fonction publique en termes de salaires, de conditions de travail et sur le maintien du statut.

C’est pourtant vers la construction d’une convergence des luttes fonction publique – cheminots pour la défense d’un service public de qualité qu’il faut œuvrer. A moins de vouloir rentrer dans le jeu du gouvernement qui cherche à isoler les batailles pour les remporter une à une. Une stratégie de la défaite qu’il n’est pas question d’accepter.

Crédit Image : ERIC FEFERBERG / AFP




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