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Jeunesse

Exit les classes populaires

Parcoursup. Des algorithmes obscurs pour une sélection sociale bien réelle

Mardi, 50 % des lycéens n’étaient affectés à aucune des formations qu’ils demandaient sur la nouvelle plate-forme Parcoursup. 400 000 lycéens sur liste d’attente ou ayant tout bonnement vu tous leurs vœux refusés. Derrière les algorithmes gardés secrets de Parcoursup, l’arbitrage des formations, et la sélection sociale des lycéens battent leur plein.

Crédits photo : vu sur blogs.mediapart.fr

Les témoignages de lycéens complètement déroutés abreuvent la toile depuis mardi. Après les premiers résultats de Parcoursup, et à quelques jours du bac, la moitié des lycéens se retrouvent sans affectation, et à la dérive. Panique et désespoir, la plupart dénoncent le stress que leur fait subir cette nouvelle plateforme de sélection, qu’ils scrutent plusieurs fois par jour pour vérifier leur classement en espérant avoir une place dans les formations qu’ils ont demandées. Une situation qui pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Un étudiant en informatique, Guillaume Ouattara, s’est penché sur le code source de la plateforme et a expliqué à différents médias son fonctionnement. Le protocole de « recrutement » des lycéens s’effectuent en (plus ou moins) trois étapes : d’abord les lycéens formulent leur vœux sans les classer par ordre de préférence, puis les formations examinent ces candidatures (comportant fiche avenir, notes, et parfois lettre de motivation) pour ne garder que les « meilleurs éléments » et balayer le reste. Un tri que les formations sélectives avaient l’habitude de faire, et qui s’étend maintenant à l’ensemble des universités. Avant l’envoi des réponses aux candidats, Parcoursup les faits passer par un second algorithme classant les candidats selon des quotas de boursiers et de résidence géographique. Voilà pour la procédure générale.

L’élément central : une sélection sociale minutieusement programmée

Le problème majeur dans tout cela est bien le premier algorithme que Parcoursup fait fonctionner : celui qui trie les candidats en fonctions des attendus locaux et qui n’ont pas été rendus publics sous prétexte de préserver les « secrets du jury ». De ce fait, chaque formation peut faire varier l’algorithme en fonction d’attendus particuliers, comme les résultats, le lycée de provenance, le taux de réussite au bac du lycée de provenance, le fait que le lycéen ait redoublé ou pas, ou encore d’autres critères discriminants qui sont passés sous silence.

Un silence néanmoins criant de sélection sociale. Comme le communiquait la fédération Sud Education, les filières technologiques et professionnelles, connaissent des taux des lycéens sur liste d’attente bien supérieur à la moyenne : 61 % des élèves n’ont aucune réponse positive en filière technologique et 65 % en filière professionnelle sur les 150 classes sondées. « Au lycée Jean Renoir de Bondy on trouve même une classe de terminale technologique dans laquelle 100 % des élèves n’ont aucune réponse positive », alerte le syndicat. A côté de cela, ce sont aussi les lycées de banlieues, ou les moins côtés où les lycéens ont pour la grande majorité uniquement des réponses « Non » ou « En attente ». Comme prévu, ce sont les lycéens qui n’auront pas pu aller dans les lycées ou les filières les plus prestigieux, les lycéens issus des milieux les plus populaires qui subissent de plein fouet la sélection.

Mais c’est aussi eux, encore « en attente » qui subissent la pression dû à ce système de sélection. Si APB demandaient aux lycéens de classer leur vœu par ordre de préférence, Parcoursup ne demande rien concernant cela. Avec APB dès que le candidat était accepté pour ses premiers vœux, les places des vœux suivants était libérés. Avec Parcoursup, les places restent prises tant que les candidats n’ont pas indiqué celui qu’ils choisiraient. De ce fait, les formations acceptent les candidats aux meilleurs dossiers ce qui sature toutes les places et met les « moins bons » sur liste d’attente jusqu’à ce que les premiers se désistent pour espérer remonter dans le classement.

Un problème d’algorithme ?

Le problème n’est pas l’algorithme de Parcoursup qui met en attente des centaines de milliers de lycéens, et parmi eux les plus précaires, ce n’est que le symptôme des volontés du gouvernement pour l’enseignement supérieur, qui était déjà présentes avant Parcoursup via APB et la sélection qui en résultait. Alors que depuis 2008 le nombre d’étudiants a augmenté de 20 %, le budget alloué à l’enseignement supérieur n’a bougé que de 10 %. Une asphyxie programmée qui, liée au « scandale » du tirage au sort via l’ancienne plateforme APB (qui n’a concerné qu’1 % des lycéens), a justifié la mise en place de cette sélection pure et dure.

Fermer les universités aux classes populaires, la rendre sélective et plus adéquate aux besoins des grandes entreprises, voilà l’université néolibérale que Macron est en train de façonner et qu’il tente de faire passer à coup de matraque. Ce que les étudiants, les professeurs, les lycéens et les personnels n’ont pas accepté et c’est bien contre cela qu’ils continuent à se mobiliser et qu’ils continueront à le faire, car à l’image de l’absurdité des premiers résultats de Parcoursup, leur petite machine à sélectionner ne risque pas de tourner facilement.




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