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Jeunesse

Lycées et sélection à l’université

Parcoursup : « il sera impossible de prendre en compte les Fiches Avenirs »

Depuis cette rentrée, et en vue de l’application de la Sélection à l’Université, les professeurs principaux des élèves de Terminale sont enjoints d'émettre leurs avis quant aux vœux d’orientation des élèves dans des « Fiches Avenir ». En plus d’être une surcharge de travail bureaucratique qui transforme les enseignants en « censeurs-orientateurs », il est très probable que celles-ci ne soient d’aucun usage pour la plateforme « Parcoursup ». En effet, la plateforme s’achemine vers une prise en compte des seuls critères quantitatifs. Autrement dit vers une sélection pure et dure.

« L’objectif est de détruire l’université publique » alerte le représentant de « Sauvons l’Université », association très active pendant la lutte contre la LRU de 2009, lors du meeting contre la sélection qui s’est tenu le samedi 20 janvier à la Bourse du Travail de Paris. « APB est pointé du doigt pour avoir eu des recalés, mais ils représentent moins de 1% » de l’ensemble des 800 000 bacheliers 2017 qui sont entrés dans le supérieur, soit 3 500 bacheliers. Un problème marginal, certes, facilement résorbable par une réinjection de moyens dans les universités pour faire face à l’afflux de nouveaux entrants, qui a été instrumentalisé pour mettre fin au principe d’accès à l’enseignement supérieur pour tous les bacheliers et l’instauration de la sélection.

« Parcoursup », plateforme qui doit succéder à APB, en est l’instrument. Les élèves ont jusqu’au 13 mars prochain pour formuler leurs vœux d’orientation sur lesquels les enseignants des classes de terminale, et en premier lieu, les professeurs principaux doivent se prononcer en émettant des avis. C’est une « surcharge de travail bureaucratique pour les enseignants du secondaire » dénonce Julie Le Mazier de l’université Paris 1 et représentant de SUD Education, « qui ne sont pas forcément compétents pour le faire ». Transformés en « enseignant-orientateur » selon l’expression de Claire Gueville du SNES FSU, les professeurs de lycée devront, de plus, effectuer un travail qui a toutes les chances de ne pas être utilisé….

« Les universités n’ont pas les moyens humains de trier les milliers –voire les dizaines de milliers - de dossier qui vont leur arriver en prenant en compte des critères qualitatifs. En vérité, c’est très certainement un algorithme qui traitera les dossiers et ce sont les critères quantitatifs qui seront pris en compte. Pour une filière d’économie-gestion par exemple, il est prévu de prendre en compte la filière d’origine – en privilégiant la filière S – et les notes de mathématiques » confie un enseignant du supérieur. Le classement du lycée pourrait également entrer comme autre critère, avec un avantage clair donné aux « bons » lycées des centres –villes et aux lycées privées.

Comme le souligne Leïla Frouillou, enseignante de sociologie à Nanterre, et Julie Le Mazier, doctorante en Sciences Politiques dans une tribune publiée dans Libération, avec la sélection, il y a le passage « de la reproduction sociale à l’exclusion sociale » des enfants des classes défavorisées économiquement et culturellement de l’université.

Ceci-dit, et en s’appuyant à la fois sur la philosophie de la réforme et sur la très probable incapacité de « Parcoursup » de prendre en compte les critères qualitatifs de sélection, pourquoi les « Fiches Avenir » ? Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, à l’image du gouvernement Philippe, agit en fin stratège. Aux yeux des enseignants du secondaire, une amélioration de l’accompagnement des élèves dans leurs choix d’orientation passe beaucoup mieux qu’une annonce d’une sélection sur la localisation géographique des lycéens ou encore, sur les filières, avec l’avantage que cela donnerait à la filière S en particulier.

Les « Fiches Avenir » sont là pour ça ! Faire croire aux enseignants du secondaire qu’ils ont un rôle à jouer, les convaincre que ces « Fiches Avenir » permettra réellement une meilleure orientation des élèves dans leur choix et leur capacité, afin d’obtenir leur consentement. Un pur artifice de façade pour diviser les forces d’opposition.

Pour contester cela, la où le rejet de la sélection est massif, SUD Education revendique le boycott des vœux ou, avec le Snes-FSU, l’émission de vœux systématiquement favorable. De quoi enrayer le système de la sélection, sans handicaper les élèves. Mais pour la combattre véritablement, c’est dans la rue qu’il faut se retrouver, enseignants du secondaire et du supérieur, étudiants et lycéens, le 1er février prochain.




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