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Jeunesse

« N'attends rien des attendus ! Prends la rue »

Paris gelé, mais Paris mobilisé contre Parcoursup et la réforme du lycée

Malgré le froid, malgré la neige, la manifestation parisienne contre la sélection à l'université, Parcoursup et la réforme du bac et du lycée, a réuni une dizaine de milliers de personnes, soit presque autant que celle du 1er février. Cette fois-ci elle était appelé par le syndicat majoritaire du secondaire, le Snes, et rejointe par la Coordination Nationale de l'Education (Snesup-FSU, CGT Ferc', FO, Snasub-FSU, Unef, Unl, ASES, SUD Education...). Des étudiant-e-s, des enseignant-e-s du secondaire surtout, mais également des lycéen-ne-s et des personnels des universités ont défilé depuis le parc du Luxembourg jusqu'aux portes des bureaux du ministre de l'Education Nationale, Jean-Michel Blanquer.

La météo en aura découragé beaucoup. Et pourtant, ce sont près de 10 000 manifestants qui ont bravé la neige et le froid des rues parisiennes pour dire non au plan Vidal qui prévoit la sélection à l’université et s’opposer à la disparition du bac, comme diplôme national. Presque le double sur l’ensemble du territoire. A l’avant de la manifestation parisienne, les cortèges étudiant-e-s des universités parisiennes entrées dans la mobilisation. L’université Paris 1- Panthéon Sorbonne en tête, avec un cortège fourni, suite à une assemblée générale ayant réuni 300 personnes, où la mobilisation se stabilise. Mais aussi Paris 4 – Sorbonne et Paris 3- Censier dont les cortèges se sont gonflés depuis jeudi dernier. On pouvait également apercevoir les banderoles de l’IHEAL, de l’EHESS, de Paris 6 – Jussieu, entre autres.

Fait notable, la présence de personnels enseignants du second degré derrière leurs banderoles d’établissement. Contrairement au 1er février, où la mobilisation des enseignants a été relativement minoritaire, ce sont le profs qui, ce mardi, ont notoirement investi le pavé parisien. Et si le SNES a voulu concentrer son appel du 6 février contre la réforme du bac et du lycée, c’est également contre Parcoursup que les enseignant-e-s se sont mobilisé-e-s... Tout autant que sur la baisse des moyens, qui touche en particulier les collèges.

« Dans le collège Barbara à Stains, ce sont près de 70% des profs qui se sont mis en grève » raconte Elise, enseignante d’histoire-géographie. Dans ce collège sensible, classé REP+, alors qu’une classe supplémentaire doit ouvrir l’année prochaine, ce sont presque vingt heures d’enseignement qui sont sur la sellette. Comme elle, ce sont beaucoup d’enseignant-e-s de la Seine-Saint-Denis qui sont venus en manifestation, du lycée Paul Eluard de Saint-Denis en passant par celui d’Utrillo à Stains, du Blanc-Mesnil, ou d’Aubervilliers. « Il y a plus de collègues en grève que dans la rue. Chez nous, ce sont aussi les problématiques locales qui mobilisent beaucoup » assure Léa, enseignante en collège à Saint-Denis.

Les collèges, après la mise en place de la réforme de 2016 commencent à souffrir des baisse des DHG, ces blocs de moyens alloués aux établissements pour constituer les classes et les heures d’enseignement. Maria, enseignante en lycée en Seine-et-Marne, n’est pas dupe sur ce qui devrait se passer au lycée. Cette méthode « en deux temps » qui a été utilisée pour faire passer la réforme du collège, elle l’anticipe pour le lycée.« On sait que c’est ce qui nous pend au nez, aussi dans les lycées. Pour l’instant les DHG restent stables pour l’année prochaine pour que ça ne bouge pas trop. Mais une fois la réforme du lycée passée, le ministère va commencer les coupes ! »

Beaucoup s’accordent à la dire. Il y a encore à faire pour amplifier la mobilisation en particulier auprès des enseignant-e-s du secondaire. Le taux de gréviste sont bien en deçà de ceux du 10 octobre dernier, dernière journée de grève suivie dans la fonction publique contre le gel du point d’indice et le

rétablissement du jour de carence : 5,49% des professeurs de collèges et de lycées auraient fait grève selon les chiffres publiés par le ministère contre près de 20% en octobre dernier. Mais la publication du contenu exacte de la réforme du baccalauréat et du lycée, ainsi que les modifications des programmes, qui devraient être rendus mercredi prochain 14 février pourrait faire l’effet d’un électrochoc, salutaire pour la mobilisation.

En attendant, dans les facs et certains lycées, la mobilisation continue, doucement mais sûrement à se construire. Avec un élargissement du nombre de facs franciliennes où se sont tenues des Assemblées Générales et qui sont apparues dans les cortèges. Avec une montée de la mobilisation dans certaines villes de province, non plus seulement à Toulouse, mais aussi à Strasbourg, à Rennes, à Lille. Comme l’a écrit le Snesup-FSU, « A cette première étape, il s’agit maintenant de poursuivre et d’amplifier la mobilisation ». La 3ème réunion de la Coordination Nationale de l’Education, appelée pour jeudi 8 février au soir, dans les locaux de l’université de Paris 3, devrait donner le ton, tout autant que les initiatives de coordination qui émergent localement, comme à Marne-La-Vallée, entre l’université et les lycées des alentours, ou encore l’appel à une Assemblée Générale départementale de l’Education en Seine-Saint-Denis. Après tout, il y a encore quelques mois pour préparer les cinquante ans du joli mois de mai...

Crédits photo : Martin Noda




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