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Politique

Contre-temps

Plan pauvreté décalé. Avec le Mondial, Macron craint un coup de com’ raté

Armé de son médaillon de Saint-Martin de Tours, cadeau offert par le pape symbolisant le partage vers les plus démunis, Macron s’apprêtait à dévoiler dans les jours à venir sa « stratégie pour lutter contre la pauvreté ». Tout un programme pour le "président des riches" qui a finalement décidé de décaler son annonce à plus tard, histoire que les demi-finales du Mondial ne lui volent pas la vedette. Plan de com' ou plan contre la pauvreté ?

photo : © ludovic MARIN / AFP

Le Président de la République devait livrer la philosophie générale du projet lundi à Versailles devant les parlementaires réunis en congrès. Les mesures en détails du « plan anti-pauvreté » étaient prévues d’être annoncées par Édouard Philippe mercredi depuis Matignon. Mercredi, selon une information livrée par France Inter, l’Elysée aurait finalement décidé de décaler son annonce à l’après Mondial ou à la rentrée de septembre, de peur que l’attention médiatique soit entièrement portée sur le Mondial.

C’est un signe qui confirme ce que l’on savait déjà. La plan anti-pauvreté est surtout un plan sauvetage de la popularité. Quelques points du plan ont déjà été dévoilés par Le journal du dimanche. Parmi lesquels : une simplification des aides ; une augmentation du nombre de places dans les crèches pour les quartiers prioritaires ; l’instauration d’un tiers payant pour les femmes cherchant à faire garder leurs enfants pour travailler ; la mise en place de petits-déjeuners dans les écoles en valorisant les circuits courts et les produits bio, etc. Autant de mesures conditionnées à la consistance incertaine du budget qui leur sera alloué. Pour l’heure, on attendra d’en savoir plus cet été ou plus probablement, à la rentrée, période idéal pour allumer un contre-feux à la colère sociale qui risque de nouveau d’exploser.

Si nul ne sait encore quelles seront les contreparties de ce « plan contre la pauvreté ». Rappelons ici la volonté d’Emmanuel Macron de « responsabiliser » les pauvres. Il est par ailleurs important de s’arrêter un temps sur la sémantique utiliser par le gouvernement. « Pauvres », « défavorisés » ne sont pas choisis par hasard, ils permettent de rendre compte d’une inégalité tout en voilant les rapports d’exploitation dont ils découlent. Aussi cette volonté d’individualiser la « responsabilité » de la condition matérielle d’un homme ne permet pas de saisir la place qu’il occupe dans les rapports sociaux de productions du capitalisme. « Dieu se rit des hommes qui déplore les effets dont ils chérissent les causes. » (Bossuet). Si le véritable vœu du Président de la République était de régler à la racine le problème de la pauvreté, c’est au problème de l’exploitation qu’il s’attaquerait.

À moins que cette stratégie en faveur de ceux qui ne sont rien ne soit qu’une stratégie électoraliste visant à parler, non pas à « ceux qui ne sont rien », mais à cette aile « gauche » de sa base sociale qui, entre les tergiversations de Macron sur la question des migrants, la loi Asile et immigration, la destruction programmée de la sécurité sociale, est de plus en décalage avec les politiques autant que les discours de la Macronie. Le coup de com’ attendra des ciels plus cléments. Les tergiversations sur l’agenda politique sont toutefois le reflet d’une certaine fébrilité du gouvernement.




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