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Notre classe

A Joué-lès-Tours, bientôt plus de licenciés que d’habitants ?

Plan social chez Tupperware. Les 235 travailleurs de l’usine en grève

En grève, les 235 salariés du site Tupperware de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) bloquent leur usine depuis mardi. Alors que les négociations sur le plan social (PSE) abordent l’épineuse question des indemnités supra-légales, la direction a des oursins dans les poches. Ces 235 familles, qui seront sur le carreau dès mars prochain, s’ajoutent à la liste des 730 ouvriers de Michelin licenciés en 2013 sur la même commune.

Crédits photo : NR Julien Proult

« Jeté comme une merde ». « Prénom : Jean-Marie. Ancienneté : 30 ans. Viré en 30 minutes ». « 50 ans, à la porte ». Jusque-là, la colère des salariés s’était cantonnée à ces cris de colère, inscrits sur des t-shirts blancs accrochés aux grilles de leur usine. Mais, lors de la reprise ce mardi, ils se sont tous mis en grève, et bloquent depuis leur lieu de production et son approvisionnement. Un coup de pression sur la direction alors que tous se retrouveront à la porte en mars prochain, et que « les négociations n’avancent pas comme on le voudrait », selon Patrice Richardeau, secrétaire du comité d’entreprise.

Jean-Yves : « J’ai 38 ans d’entreprise, on me propose 150€ par année d’ancienneté »

« La direction propose des indemnités supra-légales équivalentes à six mois de salaire pour une ancienneté de trente ans ou plus, cinq mois pour une ancienneté de vingt à trente ans, quatre de dix à vingt ans et trois pour les employés présents depuis moins de dix ans. Ce n’est pas suffisant » lâche Antonio Constantino, délégué CGT de l’usine. Jean-Yves Bauché, un autre délégué CGT : « J’ai 38 ans d’entreprise on me propose 150€ par année d’ancienneté, moi personnellement ça me suffit pas. ».

Les négociations s’annonçaient tendues ce jeudi alors que le patronat, à travers ces propositions de primes supra-légales indécentes, exprime un réel mépris de classe envers ses salariés qui, pourtant, jusqu’à cette rentrée 2018, ont poursuivi leur travail, malgré l’annonce froide et brutale de fermeture survenue en octobre dernier. Un mépris qui s’était déjà affiché en octobre dernier, avec un semblant de réunion (de 30 minutes !) organisée par la direction pour informer ses 235 salariés qu’ils seraient jetés comme des mouchoirs en mars 2018. Et l’embauche d’un DRH dans la foulée.

Lors des négociations de ce jeudi, outre l’enveloppe de départ, d’autres points cruciaux devaient être abordés : les « durées de reclassement » garanties par la direction. Le projet de texte prévoit notamment que les salariés de plus de 50 ans bénéficient d’une formation et d’une aide à la recherche d’emploi pendant douze mois. Les propositions de la direction sont d’autant plus méprisantes que la moyenne d’âge de la boîte est de 51 ans. Avec beaucoup d’ouvriers qui dépassent les vingt ou trente ans d’ancienneté. « Ce n’est pas assez au regard de la pyramide des âges de l’usine de Joué-lès-Tours, estime Patrice Richardeau. Ce personnel vieillissant a besoin de mesures de reclassement plus dignes. »

Malgré les bénéfices, les intérêts de Tupperware passent par des licenciements

Le rituel est immuable, d’abord les machines qui quittent petit à petit le lieu de production. Ensuite, l’annonce de la direction, brutale, et sans gants de la fermeture du site. Enfin, une rhétorique capitaliste pour justifier la décision, la novlangue néolibérale, son « coût du travail trop élevé », son manque de « rentabilité » ou de « compétitivité ». Ici, c’est de la « surcapacité de production » des sites européens dont il est question. Le groupe américain veut ainsi « rétablir sa compétitivité », et regagner les faveurs d’investisseurs dubitatifs.

Surtout, Tupperware a un argument implacable : au deuxième trimestre 2017, en France, le chiffre d’affaires est en baisse de 19 % par rapport à 2016. Toutefois, la branche française de l’entreprise, dont l’unique usine se trouve à Joué-lès-Tours, a réalisé un chiffre d’affaire de plus 119 millions d’euros en 2016. Apparemment, ce chiffre astronomique est insuffisant pour Tupperware France. De fait, le discours de la direction s’apparente à un vrai écran de fumée sur les raisons réelles qui la poussent à fermer l’usine, qui se situent plutôt dans la recherche d’une maximalisation des profits qui passent par la fermeture de l’usine de Joué-lès-Tours. Le groupe américain s’appuie sur un « coût du travail » plus élevé en France que dans ses autres sites européens (Portugal, Grèce et Belgique) pour fermer le site. Ou comment penser ses centaines de salariés comme de simples chiffres sur un tableau Excel.

Pas d’accord sur les primes

Jeudi, lors des négociations, aucun accord n’a été trouvé entre la direction de Tupperware et les élus du personnel. Les primes supra-légales proposées par la direction s’échelonnent désormais de trois à douze mois en fonction de l’ancienneté des salariés. Un employé travaillant depuis plus de trente ans chez Tupperware toucherait ainsi l’équivalent de douze mois de salaire en plus de son indemnité légale de licenciement. « Les montants proposés ont été multipliés par deux, mais le compte n’y est toujours pas. » déclarait Patrice Richardeau, ce jeudi soir dans la Nouvelle République.fr.

Se battre contre les licenciements et la fermeture de l’usine

Malgré le fait que, pour Tupperware, la recherche d’un accord sur les indemnités de licenciements semblent être la meilleure des options, il apparaît évident que les hautes sphères de l’entreprise ne veulent rien lâcher.

En se cantonnant au terrain de la bataille pour les indemnités, le rapport de force est plutôt favorable à la direction de Tupperware. C’est pourquoi il apparaît comme nécessaire d’exiger l’ouverture des livres de compte à l’ensemble des travailleurs, pour que ceux-ci jugent sur pièce les arguments avancés par la direction d’une soi-disant mauvaise santé financière de l’entreprise. Une revendication qui va de paire avec l’exigence du retrait du plan social et le maintien de l’ensemble des emplois. Alors que l’ensemble des travailleurs sont aujourd’hui en grève, de telles revendications changeraient radicalement la donne, et permettraient aux grévistes de se retrouver en position de renverser le rapport de force à leur avantage.




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