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Politique

Jusqu’à l’épuisement

Prévention du suicide des agriculteurs : le gouvernement Macron ne renouvellera pas l’aide

La Coordination rurale, syndicat agricole a dénoncé dans un communiqué le retrait de l’État pour financer l’aide au répit mise en place en 2016 et qui permettait aux agriculteurs de prendre des repos en cas d’épuisement professionnel. Un choix politique criminel quand on connaît le taux de suicide chez les agriculteurs.

Crédits photos : © AFP - Thomas Samson

« L’aide au répit » mise en place par la MSA (régime de protection sociale des professions agricoles) consiste en un dispositif d’aide pour les exploitants agricoles « en situation de burn-out ou d’épuisement professionnel ». Une situation généralisée chez les travailleurs agricoles. Fin 2017, la MSA a recensé 3 500 agriculteurs ayant dû bénéficier de cette aide, soit près de 4 % des employés et/ou exploitants agricoles (qui étaient en 2017 un peu moins de 900 000). Cette aide consiste notamment à remplacer pendant une période pouvant aller jusqu’à 10 jours un agriculteur qui tout simplement n’en peut plus. Une aide que le ministère de l’Agriculture et des Finances a décidé de ne plus financer.

Un travail qui perd de son sens pour les petits exploitants, écrasés par la concurrence des industries agroalimentaires, par le coût de normes impossibles à mettre en place, la chute des prix, les aléas climatiques et bactériologiques, l’impossibilité de se reposer pour faire tourner jour après jour leur exploitation, une dégradation des conditions de travail et de vie, un isolement, tout cela qui se solde bien souvent par un épuisement, et des endettements, poussant jusqu’au suicide un nombre démesuré d’agriculteurs.

Un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, un taux de 20 % à 30 % supérieur au reste de la population française. Selon les chiffres rapportés par France Bleu, on compte 732 agriculteurs qui se seraient suicidés en 2016. Le nombre d’appel sur le numéro de prévention du suicide, mis également en place par la MSA (Agri’écoute), a doublé en un an, de 1 219 en 2015, ce sont 2 664 appels à l’aide qui ont été reçus en 2016. Et ce sont dans les secteurs où la concurrence se fait le plus sentir que les taux de suicide sont les plus élevés.

Le dispositif d’aide au répit, comme la plupart des aides sociales, ne règlent en rien le problème de fond qui est celui de la précarité et de l’écrasement des populations sous le poids des logiques concurrentielles et de casses de tous les acquis sociaux. « Cela pourrait être assimilé à de la non-assistance à personne en danger, voire pire puisqu’en s’obstinant notamment dans cette politique ultralibérale, l’État est responsable des difficultés des agriculteurs. » dénonce François Lucas président d’honneur de la CR.

Cette aide au répit devrait être maintenue par la MSA mais par ses propres fonds d’actions sociales, sans aide de l’État. Cette aide au répit avait nécessité près de 4,5 millions d’euros en 2017. Pour 2018, la MSA pourra dégager 3,5 millions de son budget (financé par les agriculteurs eux-mêmes) pour l’aide au répit. C’est un million de moins alors que la dégradation des conditions de travail et la détresse des paysans va crescendo. Le gouvernement semble fermer la porte à toute aide de sa part pour compléter ce budget. Rien d’étonnant de la part du gouvernement des riches qui prévoyait récemment de réduire les aides pour les zones agricoles défavorisées, et qui compte s’en prendre, plus en général, à toutes les aides sociales.




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