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Jeunesse

Les uns reçoivent des prix Nobels, les autres subissent la précarité

Prix Nobel de physique : derrière l’université d’excellence se cache la précarité

Il y a quelques jours, les noms des lauréats du prix Nobel de physique ont été révélés. Arthur Ashkin, Gérard Mourou et Donna Strickland vont donc se partager le prix de presque 1 million d’euros. La nomination d’un français (Gérard Mourou) a bien sûr déclenché une vague de louanges de la part du président Macron et de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) Frédérique Vidal. Cette mise en valeur de l’« excellence » de la recherche française cache une réalité plus noire en ce qui concerne les conditions de travail dans l’université.

Crédit : Alexis CHEZIERE/CNRS Photothèque

Le prix Nobel de physique de cette année récompense cette année deux physiciens et une physicienne pour leurs travaux sur les lasers. Tout d’abord il convient de noter que la physicienne Donna Strickland n’est que la 3ème femme à obtenir le prix le plus prestigieux de la physique. La précédente lauréate a été nominée en 1963, il y a 55 ans. Il faut aussi noter que la canadienne n’a toujours pas atteint le grade universitaire maximal et qu’elle n’était pas considérée comme suffisamment centrale pour qu’une page Wikipédia ne lui soit consacrée jusqu’à cette semaine. Ces quelques faits montrent que la place des femmes en physique reste un problème pour la communauté scientifique.

Parmi les lauréats de cette année, on compte aussi un français, Gérard Mourou professeur à l’école polytechnique, école militaire qui éduque les enfants de l’élite française. Ses travaux portent sur le développement de lasers capable de délivrer une très forte puissance pendant un laps de temps très court et ont en particulier conduit au développement de la chirurgie de la myopie par lasers.

La consécration du français a donné lieu à une vague de félicitations de la part de la tête de l’Etat, en particulier du Président de la République et de la ministre de l’ESR. Ils n’ont eu de cesse de louer l’excellence et la portée internationale de la recherche fondamentale française. En effet, la recherche en France fait partie des plus performantes même si les classements internationaux qui dévaluent les universités françaises servent aux gouvernements successifs de justification pour réduire les budgets et précariser toujours d’avantage la main-d’œuvre des universités. Derrière cette université française de prestige mise en avant, se cache un ras-le-bol général de la précarité du personnel, ceux qui ne reçoivent jamais de prix Nobel, qui ne sont jamais mis en avant, mais sans qui l’université ne pourrait pas fonctionner.

En effet, comme le met en lumière la grève du personnel de Paris 1 qui dure depuis plus de 15 jours, une partie importante des personnels des universités a un statut très précaire. Une part toujours plus importante du personnel des universités et centres de recherche est en effet contrainte à travailler sous un régime de contrats à durées déterminés (CDD) qui sont renouvelés ou non au bon vouloir des directions des ressources humaines. Il faut bien voir que ces travailleurs, bien que jamais récompensés par aucun prix, sont la colonne vertébrale qui permet à la recherche de se faire en réceptionnant les commandes, ouvrant les salles ou entretenant les différentes machines…

La précarité touche aussi le personnel enseignant et les chercheurs, que cela soit pour les doctorants ou les jeunes chercheurs c’est également le CDD qui est de mise. Ces jeunes chercheurs représentent souvent la moitié des laboratoires de recherche et alors que les personnels permanents voient leur charge de travail augmenter du fait des coupes budgétaires, ce sont les jeunes précaires qui effectuent bien souvent le cœur des travaux de recherche. A ces contractuels, il faut aussi ajouter les enseignants vacataires qui assurent bon nombre des cours et qui sont souvent payés avec plusieurs mois de retards.

Ainsi, derrière la façade de l’excellence de quelques chercheurs d’élite mise en avant par le gouvernement, c’est la précarité qui domine dans l’ESR. Les félicitations de Macron ou de Vidal ne changent rien aux conditions de travail qui se détériorent dans des universités de plus en plus soumises aux intérêts privés. La grève en cours à Paris 1 pour la réintégration de deux BIATSS qui ont vu leur CDD non renouvelé après des années de travail ouvre une perspective plus intéressante que n’importe quel prix international pour le changement de l’université en une université au service des étudiants et de l’ensemble des travailleurs.




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