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Politique

Pour ne pas se faire laminer, il faudra un vrai plan de combat

Prochaine date de mobilisation, le 16 novembre. Martinez veut-il vraiment gagner contre la loi travail ?

Trois jours après l’intersyndicale qui a mené la CGT, FO, l’UNEF, Solidaires, l’UNL et la FIDL à appeler à une nouvelle date de grève le 16 novembre contre les ordonnances, il apparait de plus en plus évident pour les militants que la stratégie des directions syndicales a été loin de préparer un plan sérieux à même de gagner. Face aux politiques de divisions des dates, de morcellement des combats, comment peut-on sortir d’une impasse qui serait synonyme d’un recul social sans précédent ?

Nouvelle trahison ouverte de Berger, tandis que Mailly est obligé de rentrer dans le rang

Ce qu’on ne peut reprocher dernièrement à Laurent Berger, leader de la CFDT, c’est sa constance dans la trahison. Quand bien même le collaborationnisme de Berger ne fait pas vraiment l’unanimité à la base, la direction persiste et signe : il n’ira pas dans la rue, même si ça gronde. Abandonné temporairement par Mailly, condamné par la fronde interne à manifester avant le 20 novembre, Berger retrouve par là même son statut de premier interlocuteur avec le gouvernement comme au printemps 2016 - avec la différence que nombre d’unions départementales et de fédérations veulent cette fois-ci en découdre dans la rue. Cette position de proximité retrouvée avec Macron lui donne des ailes, allant même jusqu’à jeter hors des locaux de la CFDT toutes les directions syndicales qui n’ont pas suivi la ligne de collaboration ouvert avec Macron. « On a demandé une salle, mais on a été mis dehors. La CFDT n’a pas souhaité nous mettre un bureau à disposition », résume Pavageau de FO. Expulser du siège de la CFDT : une pratique qu’il n’aurait sans doute jamais osé mettre en œuvre avec les syndicats patronaux…

Du 12 septembre au 19 octobre : l’échec de la stratégie Martinez contre les ordonnances

Cela fait déjà presque deux mois que le gouvernement a dévoilé les textes finaux des ordonnances sur le Code du travail, et déjà quatre journées de mobilisation. Pour beaucoup d’équipes syndicales et de militants, avant toute chose, l’heure est au bilan : après un 12 septembre réussi, le 21 septembre a divisé d’un côté les fonctionnaires qui manifestaient le 10 octobre et les autres. Finalement, la date, appelée par la seule CGT, le 19 octobre, n’a vraiment pas été à la hauteur. Pourtant, dans beaucoup de secteurs, la détestation de Macron et la détermination à ne pas vouloir voir ses conditions de travail se dégrader (encore une fois) est bien réelle. C’est pour cela que, les routiers puis les dockers ont pu obtenir des avancées dans leurs négociations sur leurs conventions collectives, quand bien même ces victoires se sont cantonnées de façon sectorielle. C’est aussi pour cela que 400 000 fonctionnaires ont défilé le 10 octobre, soit autant que le 12 septembre, avec une forte pression à la convergence public-privé, sans même que les directions confédérales n’appellent à rejoindre la date de la fonction publique.

Or qui est responsable de la division des dates entre les différents secteurs ainsi que les « grèves saute-mouton » ? Assurément, ce ne sont pas les équipes syndicales de Solidaires ou de la CGT qui décident de l’agencement du calendrier de la contestation : c’est bien Montreuil, en intersyndicale ou non, qui décide de ces dates. La mobilisation du 19 octobre, qui a vu le nombre de manifestants être divisé par deux ou presque, a mis en lumière la faible volonté de Martinez d’initier un mouvement d’ampleur, même au sein de la CGT. Le fait que Montreuil n’ait même pas incité toutes les unions départementales à préparer le 19 octobre en est la traduction la plus saillante.

Élargir le front syndical suffit-il pour gagner ?

Face à cet échec, la direction de la CGT mise tout sur l’élargissement de l’intersyndicale, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Dans une « Note aux organisations [de la CGT] », la Confédération explique sa démarche à la veille de l’intersyndicale du 24 octobre de la façon suivante : « Partant de l’analyse et de l’appréciation des politiques sociales et économiques régressives pour les salariés, la jeunesse, les privés d’emploi et les retraités, ainsi que des ordonnances réformant le droit du travail, nous souhaitons aboutir à une journée nationale interprofessionnelle de mobilisations avec grèves dans les entreprises et établissements ainsi que des manifestations. Nous la souhaitons à la mi-novembre, dans l’unité la plus large possible.  ». Si on ne peut qu’approuver la volonté d’élargir le front syndical contre les ordonnances et la volonté de faire émerger un front interprofessionnel, les paroles de la direction de la CGT ne concordent pas avec ses actes.

Le 10 octobre, de nombreuses organisations syndicales de base ont appelé à faire converger les colères autour de la mobilisation des fonctionnaires, et ainsi, tous les syndicats de cheminots avaient appelé à la mobilisation… Tous ? Non, sauf la CGT-Cheminots, qui s’est repliée seule sur le 19 octobre. Dans la même veine, l’annonce récente que la FNIC-CGT (syndicat des industries pétrolières) voulait entamer une grève reconductible le 23 novembre montre la non-volonté de la direction de la CGT de voir un mouvement d’ensemble interprofessionnel émerger, ou en tout cas de ne pas se doter des moyens de coordonner réellement les bagarres.

Si Martinez, dans ses déclarations, cherche à se montrer de plus en plus volontaire dans la construction d’un mouvement contre les ordonnances à la hauteur des attaques, la politique réelle de Montreuil n’y est pas, et ne peut que nous mener dans le mur. Dans ce contexte, les interpellations en direction de la CFDT, qui a par ailleurs revendiqué un certain nombre de mesures de la Loi Travail 1 et 2 (notamment un « meilleur encadrement du recours aux formes précaires d’emploi par la négociation de branche » et une « amélioration de l’indemnité de licenciement »), apparaît, au niveau national et local, comme une posture. Si la volonté de construire un mouvement avec les UD de la FE-CGC, de l’Unsa et de la CFDT qui sont en désaccord avec leur centrale est nécessaire, la question des méthodes, de la construction de la grève reconductible l’est d’autant plus.

Faire du 16 novembre une date pour construire un mouvement d’ensemble ?

Il n’est écrit nulle part qu’il devrait y avoir « victoire par KO » sur les ordonnances au profit de Macron. Contrairement à ce que suggérait Mélenchon, sur le plateau de TF1, il y a une dizaine de jours, ce ne sont pas d’autres mobilisations, le week-end, comme le 23 septembre, qui vont permettre de créer un rapport de force sur les lieux de travail et d’études.

Face à la politique de Martinez et des autres directions syndicales, seule une autre politique, mettant en avant les mobilisations interprofessionnelles ainsi que la grève reconductible comme outil pour gagner pourra poser les bases d’un plan de guerre à même de gagner contre Macron. Beaucoup de syndicalistes, qu’ils soient de Force Ouvrière, de la CGT, de Solidaires, voient cette nécessité. Et ils sont rejoints par celles et ceux qui, au sein des organisations politiques du monde du travail et de la jeunesse, du PCF à l’extrême gauche en passant par la France Insoumise, sont de la construction de toutes les mobilisations.




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