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Société

« L’école pour tous »

Provins : les enfants sans-abri enfin scolarisés après deux mois de bataille contre le maire Républicain

Depuis le 1er juillet dernier, l’hôtel Formule 1 de Provins (Seine-et-Marne), racheté au groupe Accor par l’Etat, devenu un centre d’accueil du 115, accueille des personnes sans-abri et notamment des enfants. Il aura fallu attendre deux mois et demi ainsi que le rappel à l’ordre par le Défenseur des Droits du maire Les Républicains de Provins, Olivier Lavenka, bras droit de Christian Jacob, pour que quatre d’entre eux, ayant plus de 6 ans, puissent faire leur rentrée dans les écoles de la ville.

La mairie de Provins ne voit pas d’un bon œil l’installation d’un centre du 115 dans sa ville. En juillet dernier, tandis qu’Olivier Lavenka prenait ses fonctions après la démission de Christian Jacob, élu député LR, dans le cadre de la loi sur le non-cumul des mandats, l’État décidait du rachat de l’hôtel Formule 1 de la ville et le transformait en centre du 115. Cette opération menée à Provins s’inscrit dans le plan de rachat d’une soixantaine d’hôtels conclu entre le groupe Accor et la SNI, filiale de la Caisse des Dépôts, en juin dernier. L’objectif étant pour l’État d’augmenter les capacités d’accueil des personnes en situation de précarité sociale et des demandeurs d’asile.

Parmi eux, dans l’ex-hôtel F1 devenu centre Adoma de Provins, résident huit enfants, dont quatre âgés de plus de six ans, qui auraient donc dû, depuis septembre, être scolarisés. Dans leurs démarches, les professionnels du centre ont pourtant essuyé un refus : les services de la mairie, sur demande du maire, ont refusé d’inscrire les enfants dans les écoles pour la rentrée. Il s’agit d’ « un non-respect de l’article 131 du code de l’éducation selon lequel l’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six et seize ans » rappelle un membre de RESF (réseau Éducation Sans Frontière), sollicité par les travailleurs sociaux du centre pour les appuyer dans leur démarche.

Au cours de ces deux mois, la mairie a motivé son refus de scolarisation des enfants par le contentieux qui l’oppose à Adoma : pour Olivier Lavenka, qui conteste la décision de l’État, le centre d’accueil est situé dans une zone commerciale. « L’habitation est prohibée d’après le code de l’urbanisme et d’après notre plan local d’urbanisme » déclarait-t-il au Parisien, en août dernier, en rappelant le projet d’établir dans la zone une auberge de jeunesse. Pourtant, l’ancien hôtel F1 accueillait déjà des personnes en situation de précarité, avec une quarantaine de places laissées à la disposition du 115. Surtout, le contentieux entre la mairie et l’État, brandi par Olivier Lavenka, prend en otage des enfants qui, pour des raisons de précarité, se retrouvent dans l’impossibilité d’aller à l’école.

Les scores électoraux du Front National, en progression aux dernières élections présidentielles à Provins, ne sont certainement pas pour rien dans la réaction de la mairie LR, bastion de Christian Jacob, à l’encontre de l’installation du centre Adoma. En rivalité électorale avec le FN, Les Républicains n’hésitent plus à s’approprier ses thèmes, qui se déclinent localement par le refus d’accueillir un centre d’hébergement social.

Pour que la mairie recule, il aura fallu la mobilisation de RESF et des militants locaux qui ont effectué la saisine du Défenseur des Droits et alerté la Préfecture. Dans l’illégalité, la mairie a dû reculer et accepter la scolarisation des élèves, qui ont fait leur rentrée ce lundi 22 novembre, avec deux mois et demi de retard. Sans cette mobilisation et face à la résistance de la mairie, il est très probable que ces enfants seraient restés non-scolarisés.




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