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Renault investit 660 millions en Iran : bonne ou mauvaise nouvelle pour les Iraniens ?

Après la levée des sanctions commerciales contre l’Iran, le pays est un marché qui attire toutes les convoitises. On savait que Renault avait signé un gros contrat à l’automne, dont le montant et les modalités viennent d’être révélées. Les géants français font un pas de plus dans leur domination en Iran.

Un contrat de 660 millions d’euros en Iran pour Renault

C’est un énorme contrat que Renault vient de signer en Iran : après la levée des sanctions en 2015, de nombreuses multinationales, notamment française, cherchent à investir un marché très important. Renault gagne donc le gros lot en créant une co-entreprise qu’elle détiendra à 60%, en partage avec l’Organisation pour la rénovation et le développement industriel (20%) et Parto Neguine Nasseh (20%), une société privée iranienne. Ce lundi 7 août, c’est un accord de 660 millions d’investissement qui a été signé, avec comme but de produire 150 000 véhicules par an à moyen terme et 300 000 par an à long terme pour le marché iranien. Les premiers véhicules seront vendus d’ici un an et demi, et dès 2019, une seconde vague d’investissement permettra de faire monter la capacité de production à 300 00 par an. C’est une bonne nouvelle pour le constructeur français, qui s’installe dans un marché très demandeur et dont le parc est assez vétuste, avec en face de lui peu de concurrence. Seul PSA y a aussi investi massivement récemment, et la demande est évaluée à 2 millions d’unité par an pour 2025. Dans ce cadre, Renault espère gagner près de 20% de parts de marché, face à PSA qui en a actuellement 35%. Si le groupe produit d’ores et déjà des Renault en partenariat avec IRdO et Parto NEGIN Naseh Co, le nouvel accord permettra de produire des Renault Symbol (la Dacia Logan en France) et des Renault Duster. La Renault Kwid, une petite citadine, pourrait compléter l’offre du français en Iran.

L’Iran, l’eldorado des entreprises françaises

Depuis l’accord entre l’Iran et les grandes puissances impérialistes en juillet 2015, le pays des ayatollahs est un véritable eldorado pour les géants français du CAC40 : PSA y a investi plus de 300 millions d’euros, et Total vient de signer un contrat de 4,8 milliards d’euros pour exploiter des champs pétrolifères dans le champ de Pars Sud, pour un investissement propre de 2 milliards d’euros. Cependant, si les industriels français se frottent les mains à l’idée de nouveaux marchés, ces contrats ne plaisent pas à tout le monde : au moment où les Etats Unis adoptent une politique commerciale plus agressive
, via des sanctions contre les partenaires économiques des pays de l’Union Européenne (comme la Russie ou l’Iran), la signature de ces contrats se fait dans un contexte de fortes tensions commerciales entre les multinationales européennes et américaines. L’Iran est un de ces points de friction. De surcroit, ces investissements créent aussi de fortes contradictions dans le capitalisme iranien : pendant la période d’isolement du pays, des secteurs capitalistes locaux, liés aux Gardiens de la Révolution, ont pris le contrôle de secteurs entiers de l’économie, que les méga-investissements occidentaux viennent menacer. Cependant, les secteurs libéraux, incarnés par le président actuel, Hassan Rohani, voient bien la nécessité de faire appel aux investisseurs étrangers pour développer un pays qui n’a ni les capacités financières ni le savoir technologique nécessaire pour exploiter ses ressources naturelles au mieux ou encore implanter des industries lourdes comme le fait Renault.

Si pour l’instant, l’ouverture du pays aux capitaux étrangers semblent réussir aux secteurs libéraux, les dernières sanctions américaines contre le régime pourraient s’aggraver, et, avec elles, les frictions entre multinationales étrangères et certains secteurs des classes dominantes iraniennes. Et entre la guerre entre les puissances impérialistes dans leur pays et la guerre entre les Gardiens de la révolution et les puissances impérialistes, les secteurs populaires iraniens n’ont aucun bon choix. Si la lutte contre l’impérialisme occidentale est centrale pour les classes populaires iraniennes, elle ne pourra en aucun cas se faire sous la direction de la bourgeoisie réactionnaire des ayatollahs, qui a montré à plusieurs fois son vrai visage depuis 1979.

Crédits photos : © Renault France




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