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Rencontre entre Trump et Kim-Jong Un : Enjeux et perspectives

Après de multiples coups de théâtres, rebondissements et intimidations de la part de Donald Trump, il a finalement été acté que la rencontre historique entre les dirigeants nord-coréen et américain aurait bien lieu. Il est toutefois difficile de prévoir ce qui sortira du sommet.

L’enjeu autour de la rencontre : les trois piliers de la politique américaine dans la péninsule coréenne

Depuis 1953, la politique américaine envers la Corée du Nord consiste à maintenir une politique de dissuasion au coût politique, économique et militaire le plus faible. L’objectif étant notamment de dissuader le Nord d’obtenir l’arme nucléaire et protéger militairement le Sud tout en maintenant un coût de dissuasion le plus faible possible. En cela, la politique de Trump ne s’éloigne pas fondamentalement de ceux des différentes administrations. Il est resté ferme sur la ligne qui consiste à s’opposer au fait que la Corée du Nord puisse disposer de l’arme nucléaire - -malgré le fait que ce soit actuellement le cas.

Toutefois, le fait que la Corée du Nord possède désormais des missiles balistiques capables de frapper le territoire américain est susceptible de changer la donne. C’est notamment pour cette raison que Donald Trump a jusque-là maintenu une politique unilatérale de dénucléarisation totale et Pynogynag, menaçant même d’une intervention militaire – que tout le monde cherche pour le moment à éviter. Malgré cela, compte tenu de l’énorme accumulation de puissance militaire dans la région, et des enjeux stratégiques, autour notamment de la capacité des Etats-Unis à exercer leur pouvoir disciplinaire dans la région du Sud-Est Asiatique, le conflit reste sous très haute tension, et ce malgré les récentes déclarations de Trump qui vont dans le sens d’un éventuel apaisement des tensions.

Néanmoins, le fait que cette rencontre ait lieu diminue nettement les risques non seulement d’une intervention militaire américaine, qui serait unilatérale et ne bénéficierait du soutien d’aucun de ses alliés, et même diminue la probabilité de sanctions diplomatiques et économiques menés conjointement avec d’autre pays, tels que la Chine.

Qu’attendre de ce sommet ?

Entre les deux solutions extrêmes, et peu probables – soit d’un côté la victoire de Trump et la dénucléarisation totale de la Corée du Nord, et de l’autre le refus de toute négociation de la part de Kim – un large éventail de possibilités s’ouvre. Il ne s’agit toutefois pas d’analyser tous les scénarios probables mais d’envisager les perspectives ouvertes par cette rencontre.

Premièrement, Kim Jong-Un, qui tente d’introduire des réformes économiques et sociales en Corée du Nord, a besoin d’asseoir sa crédibilité internationale et nationale – ce qui est déjà assurée, au moins à l’intérieur, par le simple fait que cette rencontre ait lieu. Ayant bénéficié économiquement de l’ouverture économique du pays, qui connaît une légère croissance, Kim pourrait faire quelques concessions, notamment sur les missiles de longue portée, afin de satisfaire Trump et alléger les sanctions économiques et diplomatiques. Ou encore, Kim pourrait s’engager dans un processus de désarmement progressif. En ce sens, il est probable que Trump va tenter de montre à Kim qu’il a tout à gagner à faire des concessions sur la possession des armes nucléaires.

Toutefois, aucun de ces scénarios ne conviendrait vraiment aux alliés américains dans la région, qui craignent que le dirigeant coréen maintienne en réalité une capacité de frappe nucléaire de courte ou moyenne portée, rendant ainsi vulnérable des pays comme le Japon ou la Corée du Nord.

De plus, au sein de l’establishement américain, de nombreux « faucons », l’aile la plus réactionnaire et la plus dure, pourrait bien sortir de leur silence – notamment Bolton – et faire part de leur mécontentement du fait des concessions américaines.

Secondement, il est probable, compte tenu des différends stratégiques entre les deux puissances – la Corée a besoin de l’arme nucléaire pour s’imposer sur la scène internationale et les Etats-Unis de réaliser une démonstration de force – que le sommet se conclut sur un non-lieu, chaque dirigeant réclamant une victoire. La question reste ouverte de savoir si d’autres sommets de ce genre pourront avoir lieu dans l’avenir et l’enjeu pour Trump consistera à « vendre » le résultat comme une victoire.

Troisièmement, si un pays suit attentivement les négociations, et pourrait bien en sortir « gagnant », c’est la Chine. En effet, dans de multiples scénarios, la Chine semble pouvoir bénéficier de l’issue des négociations. Dans le cas d’une dénucléarisation, progressive ou non, de Pyongyang, cela soulagerait la Chine d’un enjeu important ; par ailleurs, la possibilité que les troupes américaines réduisent leur présence en Corée du Sud en échange d’un désarmement pourrait là encore bénéficier à la Chine. Cette hypothèse ne manque pas d’effrayer les voisins chinois, notamment le Japon ou la Corée du Sud, qui sont en train de se demander combien de temps ces derniers pourront vivre à l’ombre de la protection militaire américaine, surtout face aux tendances impérialistes naissantes dont fait montre la Chine dans la Mer du Sud. Enfin, en cas d’échec des négociations, la Corée du Nord pourrait se tourner vers la Chine afin de s’assurer une protection militaire, et nouer des alliances économiques.

Très probablement, cette rencontre sera peu concluante. La question reste toutefois de savoir si cette rencontre ouvrira d’autre types de rencontres de ce genre, ou si au contraire les relations entre l’Amérique et la Corée du Nord continueront de se détériorer et prendront à nouveau un tour belliqueux. In fine, toutefois, il est probable que Kim ait beaucoup à gagner de cette rencontre, et Trump beaucoup à perdre, qu’il s’agisse du soutien de ses alliés dans la région ou de la position de la Chine qui pourrait sortir renforcée.

Crédits photos : MANDEL NGAN / AFP / KCNA VIA KNS

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