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Politique

Délit de solidarité

Report du procès de Martine Landry, « coupable » d’avoir aidé des adolescents en danger

Ce lundi 8 janvier devait avoir lieu le procès de Martine Landry, poursuivie pour le soutien bénévole qu'elle a apporté à deux migrants de 15 ans en juillet dernier. Si le procès a été reporté au 14 février, les chefs d'accusation sont maintenus, prouvant une fois de plus que sous Macron comme sous Hollande, il est de plus en plus courant d'être accusé de « délit de solidarité ».

On connaissait déjà Cédric Herrou, Pierre-Alain Mannoni, Raphaël Faye, René, Gibi, Françoise et Dan, militants et bénévoles poursuivis voire condamnés à de la prison pour être venus en aide à des migrants dans la vallée de la Roya. Martine Landry, militante associative, vient allonger cette liste de noms déjà trop longue, qui témoigne de la répression et de l’acharnement de l’État contre les migrants qui fuient la misère, et contre toute tentative non-institutionnelle pour leur venir en aide.

Martine Landry est membre d’Amnesty International depuis 2002. Depuis 2011, elle est également la référente régionale Provence-Alpes-Côte d’Azur sur la question des réfugiés et migrants, et chargée d’une mission d’observation en zone d’attente (en aéroport) pour Amnesty International France (AIF). En parallèle, elle participe aux missions militantes de conseil aux demandeurs d’asile et d’accompagnement dans l’accès à leurs droits, missions pour lesquelles elle a bénéficié de plusieurs formations. Par ailleurs, en dehors de ses activités pour AIF, Martine Landry est engagée au sein de différentes associations locales et nationales pour la défense des migrants et des réfugiés, dont l’Anafé. Elle participe ainsi activement à la mission d’observation de l’Anafé à la frontière franco-italienne.

Le 28 juillet dernier, la police italienne renvoie, à pied, deux mineurs isolés étrangers vers la France. Martine Landry les récupère au poste frontière Menton/Vintimille, du côté français, pour les accompagner à la police aux frontières, munie des documents attestant de leur demande
de prise en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE). Les deux mineurs, tous deux âgés de 15 ans et d’origine guinéenne, sont par la suite pris en charge par l’ASE.
Mais le 31 juillet, Martine Landry se voit remettre une convocation pour une audition le 2 août. Le lendemain, elle reçoit en outre une convocation du Tribunal correctionnel de Nice : il lui est reproché d’« avoir facilité l’entrée de deux mineurs étrangers en situation irrégulière […], en ayant pris en charge et convoyé pédestrement ces deux mineurs du poste frontière côté Italie au poste frontière côté France ». Elle risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. L’audience, qui devait avoir lieu lundi 8 janvier, a été renvoyée au 14 février 2018.

Le récit de Martine Landry dément donc les accusations portées contre elle : la militante n’a pas aidé les deux adolescents à passer la frontière, mais les a récupérés côté français. Mais au-delà de la seule question de la véracité des faits, c’est la logique de l’accusation qu’il faut dénoncer : le Code de l’Entrée et du Séjour des Étrangers en vigueur permet de condamner à cinq ans de prison « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France » ou sur le territoire d’un autre État de l’espace Schengen – et ce même si cette personne ne reçoit aucune contrepartie en échange. Si en janvier 2013, sous la présidence Hollande, le gouvernement avait fait état de la suppression du « délit de solidarité », ces annonces sont donc restées purement cosmétiques.

Tout est ainsi fait pour décourager les militants de se risquer à accompagner, héberger ou fournir des vêtements et de la nourriture aux migrants, quel que soit l’âge et la situation de ces derniers. Parallèlement, c’est un tout autre message qui est envoyé aux activistes d’extrême-droite qui s’en prennent aux migrants et à leurs soutiens. Ainsi, après le saccage revendiqué d’un local associatif à Montpellier en juillet dernier, réalisé à visage découvert par une dizaine de membres de la Ligue du Midi qui se sont filmés et ont partagé leur vidéo, seuls deux d’entre eux ont été poursuivis ; Gérard Roudier, initiateur et porte-parole du groupuscule, qui apparaît à l’image comme organisateur de l’action, a été relaxé, tandis que son fils Olivier Roudier, déjà poursuivi pour violence et insultes racistes, a été condamné à un mois de prison ferme.

Crédit photo : © France 3 Côte d’Azur




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