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Culture et Sport

Élections sénatoriales au Brésil

Ronaldinho candidat de l’extrême droite brésilienne ?

On sait que les footballeurs brésiliens aiment se reconvertir en politique, comme Bébéto ou Romario l'ont démontré depuis quelques années. C'est Ronaldinho cette fois-ci qui franchit le cap en étant candidat en 2018 pour devenir sénateur de l'État de Minas Gerais pour... un parti d'extrême droite.

À 37 ans, le Ballon d’Or 2005 a décidé de se lancer dans la politique. En novembre, le Parti écologique national avait déjà invité le footballeur à se présenter au titre de sénateur de l’Etat de Minas Gerais mais finalement cela sera peut-être sous l’étiquette Patriota, parti d’extrême droite que l’ancien du Barca se présentera.

Qui est Jair Bolsonaro ?

Jair Bolsonaro est qualifié de Trump brésilien. C’est un ancien militaire diplômé de l’académie militaire Agulhas Negras en 1977, pendant la dictature militaire. Il défraye régulièrement la chronique à cause de ses déclarations homophobes ou misogynes. Il appartient au puissant courant conservateur dit de la « Bancada B.B.B » (pour « balle, bible, bœuf »),qui regroupe les parlementaires liés aux intérêts de la police militaire, des églises évangélistes et de l’agrobusiness. Jair Bolsonaro aime se présenter comme « un homme qui gêne », un homme qui dit les choses comme il les pense, et que « l’esquerdalha », les gauchistes, le persécutent. Et effectivement, il y a de quoi.

Jair Bolsonaro défend ouvertement la torture pour l’obtention d’informations, car « les dealers et les kidnappeurs n’ont plus de droits humains ».

Jair Bolsonaro est sexiste machiste mysogine et défend le viol. Lorsqu’au parlement, Maria do Rosario dénonce les viols à grande échelle pratiqués par les militaires sous la dictature, qu’il nie, et lui lance : « Je ne te violerai pas. Tu ne le mérites même pas. »

Jair Bolsonaro est homophobe. Il s’en est pris à plusieurs reprises à Dilma Rousseff et à sa volonté de sensibiliser les jeunes enfants à l’homophobie dans les écoles. Lors d’une audition à la Chambre des députés, il lui a demandé « d’arrêter de mentir » et « d’admettre son amour pour les homosexuels ». Il s’en est également pris à Eleonora Menicucci, ministre du droit de femmes, qualifiée de « grosse gouine ».

Lorsqu’une sénatrice du Parti socialisme et liberté (PSOL) a demandé qu’une enquête soit ouverte sur Jair Bolsonaro celui-ci a rétorqué qu’il « répondrait que sur du papier toilette » car le PSOL « est un parti de connards et de pédés ».
En 2011, il a affirmé dans une interview qu’il préférerait que son « fils meure dans un accident de voiture plutôt qu’il soit homosexuel ». « Pour moi, il serait de toute façon mort. Si un couple homosexuel vient s’installer à côté de chez moi, ils vont faire baisser le prix de l’immobilier ».

Jair Bolsonaro est raciste. Il explique à qui veut et qui ne veut pas d’ailleurs que les populations indigènes sont présumés « malodorants » et « non éduqués » et que les Noirs créent la pauvreté.

Un bien charmant personnage et des idées progressistes que Ronaldinho aurait décidé de représenter au Sénat s’il est élu. Ronaldinho a fait rêver des millions d’enfants des quartiers populaires du monde entier. Ces dribbles nous on laissé sans voix mais les idées politiques qu’il partage visiblement avec l’ancien militaire de 62 ans qui est en deuxième place des sondages avant la présidentielle prévue, comme les sénatoriales, en 2018, ne sont que l’expression la plus nauséabonde de la crise politique que traverse le Brésil.

Une fausse info ?

"C’est un mensonge qui s’est propagé", a indiqué à l’AFP une source proche de Bolsonaro. L’article d’O Globo montrait une photo de Ronaldinho souriant, un livre de Jair Bolsonaro entre les mains, aux côtés de Gutemberg Fonseca, présenté comme le vice-président de Patriota, qui aurait invité l’ancien joueur à rejoindre cette formation.

Dans son communiqué, le parti précise que M. Fonseca "n’est plus vice-président de Patriota en raison d’une décision personnelle prise il y a quelques semaines". Le président de Patriota, Adilson Barroso, a expliqué à l’AFP que des contacts avec Ronaldinho ont pu être noués par des membres du parti "au niveau local", sans confirmer un quelconque accord. "Il n’est pas membre de notre parti, mais la porte est ouverte, ce serait un honneur de l’avoir parmi nous", a-t-il ajouté

En attendant d’y voir plus clair, quand on pensera au foot brésilien mêlé à la politique, on préférera penser à la « Démocratie corinthiane » de Socrates. Les joueurs des Corinthians de Sao Paulo ont pris les commandes de leur club pour le mettre en autogestion, et ce alors que règne la dictature militaire, sous l’oppression de laquelle le pays se trouvait depuis 1964. Le régime tenait alors le football sous sa coupe, dont il manipulait les compétitions à coups de constructions de stades et d’accessions artificielles à la première division, s’assurant ainsi un semblant de popularité ou de paix sociale. Socrates disait au sujet de cette période unique dans le football que « Sur le terrain, on luttait pour la liberté, pour changer le pays », ce sont ces mots qui doivent raisonner dans la tête des fans de football et non pas le choix et les idées que Ronaldinho semble sur le point de défendre.




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