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Genres et Sexualités

Des « féministes » ne veulent pas se baigner avec les transgenres

Royaume-Uni : polémiques réactionnaires et transphobes face au projet de loi de changement de sexe sur l’état civil

Depuis quelques mois, un débat traverse le Royaume-Uni autour du projet de loi visant à simplifier la procédure permettant de changer de sexe sur son état civil pour les personnes transgenres. Tandis que le gouvernement utilise cette affaire comme un vernis progressiste sur ses réformes austéritaires, un groupe soi-disant « féministe » a manifesté sa transphobie dans les étangs du parc de Hampstead Heath, à Londres…

C’est sous la chaleur estivale qu’a réémergé ces derniers jours un débat qui traverse le Royaume-Uni depuis plusieurs mois, autour d’un projet de loi visant à simplifier la procédure permettant de changer de sexe sur son état civil pour les personnes transgenres. Cette fois-ci il a pris forme dans les étangs du parc de Hampstead Heath, à Londres. Celui-ci est divisé en trois espaces : d’une part le « ladies’ bathing pond » exclusivement réservé aux femmes, un second pour les hommes gays (uniquement accessible aux hommes) et un dernier mixte. C’est dans le bassin réservé aux hommes qu’un groupe de « féministes » affublées de fausses barbes a fait irruption, manifestant ainsi leur mécontentement face à l’autorisation obtenue par les femmes transgenres de se baigner dans le bassin réservé aux femmes.

Cet événement est en réalité le signe d’une transphobie qui traverse une société stigmatisante où il est presque impossible de vivre son propre genre, où la haine de celui qui est différent s’impose quotidiennement, souvent au travers des voix les plus réactionnaires incarnées par les partis conservateurs par exemple. Mais pas seulement puisque là dans le cas de l’étang de Hampstead Heath c’est un groupe se disant féministes qui pointe les personnes transgenres. Ces féministes dites terf ( « trans exclusionary radical feminists ») excluent les femmes trans du mouvement féministe et ne les reconnaissent même pas comme femmes. En tenant un discours transphobe, ces dernières banalisent la transphobie et la légitiment de par leur statut auto-proclamé de "féministes". En outre, elles n’apparaissent pas comme des militantes de groupes réactionnaires mais comme des féministes défendant les « conquêtes des femmes ».

Au-delà des positions des terfs, le débat autour du projet de loi pour le changement facilité d’état civil a cristallisé la scène politique anglaise. Une fois de plus les problématiques LGBT et féministes sont récupérées par les différents groupes politiques qui veulent se refaire une santé médiatique, le projet de loi servant ainsi ici de caution progressiste au gouvernement conservateur de Theresa May qui enchaîne les mesures austéritaires. En effet, au Royaume-Uni, comme en France, les réformes qui précarisent de plus en plus les travailleurs vont toucher en premier lieu les femmes et les personnes LGBT. Face à ces réformes qui précarisent les plus vulnérables et aux discours haineux qui pleuvent à la moindre réforme progressiste, les femmes et les personnes LGBTI doivent prendre en charge elles-mêmes des revendications qui exigent un changement radical de société, seule façon de réellement briser nos chaînes.

Crédits photo : DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP




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