^

Notre classe

SNCF : Le jour de carence en place le 1er Fevrier 2018

C’est officiel, la direction SNCF a annoncé via un communiqué la mise en place d’une journée de carence pour l’ensemble des cheminots. La direction SNCF continue à marcher petit à petit sur l’ensemble des acquis des cheminots, après le droit de grève, la concurrence du ferroviaire, le transfert des salariés vers le privé, et la future réforme des retraites.

Crédits photo : Reuters/Vincent Kessler

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la direction de la SNCF n’a pas inventé l’eau chaude, une fois de plus, elle reproduit l’ensemble des méthodes appliquées au secteur privé et dans les grands groupes publics avant elle. Alors qu’on parle de problèmes d’infrastructures, de manque de personnel, de sécurité ferroviaire, la SNCF répond par l’attaque au droit de grève, par le projet de suppression des DP, CHSCT, CE ou encore par la mise en place du délai de carence pour les arrêts maladie. Comme si le retrait d’une journée de salaire aux cheminots malades règlerait les problèmes d’infrastructure ou de retard des trains. Tandis que dans le privé le recul social est plus important, avec 3 jours de délai de carence pour un arrêt maladie. Mais ce n’est certainement pas en alignant les droits sociaux par le bas que le monde du travail dans son ensemble se sentira moins discriminé, bien au contraire.

La SNCF est une des dernières digues que le patronat et le gouvernement Macron souhaitent faire tomber pour mettre tous les travailleurs au moins disant social. Car si la SNCF avance aujourd’hui avec une seule journée de carence, très rapidement elle projette de s’aligner au secteur privé et ses 3 jours de carence.

C’est encore là une manière de criminaliser les salariés, les rendre coupable d’être malade, les rendre coupable de s’absenter pour raison de santé. Comme si avoir une gastro était une attaque frontale à la productivité d’une entreprise. Voilà le type de réflexion qu’a le patronat, attaquer les droits des salariés pour les dissuader d’être malade. C’est clairement montrer également que les médecins ne sont pas capables de déontologie, ni même de jugement médicaux pour ne pas arrêter un salarié lorsque cela n’est pas nécessaire. On se demande donc à quoi peut bien servir une journée de retrait de salaire à part économiser de l’argent ?

Car la réalité en quelques chiffres est que les journées de carence dans le privé n’ont nullement réduit la courbe du nombre de journée de maladie par salarié. En 2017, on note même une augmentation, avec 17 jours de maladie en moyenne par salarié du secteur privé, alors qu’ils sont pourtant maintenant depuis bien longtemps à 3 jours de perte de salaire minimum pour un arrêt maladie. Avec l’augmentation des cadences et de la précarité, le « modèle » allemand souvent présenté comme modèle de « réussite » fait qu’aujourd’hui les travailleurs sont passés en 4 ans de 10 à 16 jours d’arrêt maladie en moyenne en 2017. Comme quoi on ne tombe pas moins malade lorsqu’on est moins bien protégés.

Nous ne trouvons pas de chiffre précis détaillant les arrêts maladie à la SNCF, ni le nombre, mais la moyenne la plus proche du nombre de journée maladie est d’environ 10 à 15 jours par an dans la plupart des établissements SNCF. On comprend donc qu’il n’y a aucune justification à la mise en place de cette journée de carence chez les cheminots, outre les économies réalisées sur la santé des salariés, mais que surtout cette journée empêchera les salariés les plus précaires de se soigner et d’aller voir un médecin pour éviter d’être arrêté par peur de perdre de l’argent.

Le capitalisme est donc incapable de garantir une meilleure retraite pour les travailleurs, et encore moins une bonne protection sociale lorsqu’ils sont en activité. À quoi sert donc le capitalisme pour le monde du travail, si ce n’est lui détruire la santé et l’exploiter pour le bonheur des poches des actionnaires. Bizarrement on ne se soucie guère de la dette SNCF lorsque Guillaume Pepy organise une inauguration à plus de 6 millions d’euros en petit fours et champagne.

Cette journée de carence n’est rien d’autre qu’une attaque de plus envers les cheminots, pour économiser trois francs six sous, qui ne règlerons rien à la dette du ferroviaire, étant donné qu’elle augmente à minima d’1,5 milliard par an en paiement d’intérêts.

C’est donc la santé des cheminots, déjà très exposée qui va encore en prendre un coup, notamment dans les métiers les plus pénibles comme en 3x8, dans les ateliers de maintenance, ou encore à l’entretien des voies. On note également une nette dégradation après 50 ans, avec une hausse des maladies cardiaques, hypertension, tachycardie, diabète et aussi chez les cheminotes avec une exposition plus importante aux risques de cancer du sein lorsqu’elles travaillent en horaires décalés. De plus les derniers chiffres dans la plupart des métiers montrent une augmentation du nombre d’inaptitudes médicales. Le nombre de maladies professionnelles augmente, notamment celles liées à la surcharge de travail, avec des troubles musculosquelettique ou encore à cause du manque de repos visuel sur les métiers nécessitant une utilisation importante des TIC (technologies de l’information et de la communication). Le plus alarmant est que cette hausse concerne de plus en plus des travailleurs de plus en plus jeune, qui parfois cachent volontairement leurs problèmes de santé pour ne pas faire l’objet d’une procédure de licenciement ou d’une mise au placard indéterminée. A tout cela, on pourrait également ajouter l’augmentation des burn out, toujours non reconnus comme maladie professionnelle, mais qui est néanmoins en pleine explosion à la SNCF souvent à cause du manque de personnel et des refus de congés qui surchargent les cheminots, allant parfois jusqu’au non-respect de la règlementation du travail (la SNCF a été condamnée il y’a 1 mois, car elle ne donnait pas l’ensemble des journées de repos prévu par la loi). Le burn-out concerne de nombreux agents en gare, confrontés à des réorganisations importantes, impactant la présence physique et subissant souvent en première ligne les problèmes de retards des trains, ou encore se faisant insulter à cause du peu de guichet et bulles d’accueil dans les gares pour cause du tout digital.

La disparition des CHSCT, la casse de la médecine du travail et aujourd’hui la mise en place de la journée de carence à la SNCF, présagent une forte dégradation de la santé des cheminots, avec en première ligne les travailleuses beaucoup plus concernées par les maladies d’après plusieurs rapports, plus encore lors qu’elles sont mères de famille, ou encore à cause de règles douloureuses les obligeants à s’arrêter médicalement. C’est une fois de plus une violence économique faites aux femmes, là où la SNCF joue la carte de la société pro-féminisme. Quand on sait que les femmes sont souvent parmi les travailleurs les plus précaires, cette journée de carence va les attaquer directement.

Une journée de carence contre la sécurité ferroviaire

Alors que la sécurité ferroviaire est de plus en plus pointée du doigt, il y a tout à craindre dans les mois à venir de se retrouver dans un train avec un conducteur grippé qui ne sera pas en possession de toutes ses facultés pour conduire en toute sécurité 2000 à 3000 passagers à bord, n’ayant pas le même temps de réaction en cas d’incident. Car la réalité est celle-là : à force de jouer avec toutes les limites de la sécurité, on finit par se brûler et mettre en danger la vie de milliers d’usager. La SNCF sera pleinement coupable, elle qui aujourd’hui décide de criminaliser la santé de ses agents en leur imposant cette journée de carence, qui les obligera par peur de perdre de l’argent à venir travailler quand même plutôt que de se faire arrêter par le médecin. Voila donc ce nouveau modèle social de « flexi-sécurité » pour les entreprises, qui ne sert que l’intérêt du capital contre celui du monde du travail. Un modèle qui en définitif ne change rien à la production, et qui n’est même pas capable de garantir une meilleure santé et une meilleure vie pour les travailleurs, les obligeants à travailler plus longtemps qu’avant et en négligeant leur santé. Un modèle social du 19 ème siècle.

_




Mots-clés

SNCF   /    Notre classe