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Interview

SNCF. Retour sur une grève victorieuse sur la ligne Hendaye-Bayonne

Dans un contexte de casse générale du service public qu’est la SNCF, les conducteurs des trains de la ligne Hendaye-Bayonne se sont mobilisés le mois dernier. Nous revenons sur ces 7 jours de grève reconductible suivie par la quasi-totalité des 83 conducteurs du secteur, avec Julien Delion, conducteur et militant CGT, élu délégué du personnel.

Révolution Permanente : Pour quelle raison vous êtes vous mis en grève ?


Julien Delion : Dans un premier temps, il faut comprendre que le dépôt traction Hendaye-Bayonne, voyageur, composé de 83 conducteurs, lutte sur divers sujets avec acharnement et constance : Nous refusons l’EAS (Équipe d’Agent Seul, ce qui signifie qu’à bord il n’y a que le conducteur du train) et y parvenons. Nous refusons les deshuntage et y parvenons. Nous faisons vivre le parcours professionnel fret/voyageur, et nous y arrivons. Nous sommes constamment dans la bataille de la GPE (Gestion Prévisionnelle de l’Emploi), et gagnons régulièrement des stages TA, TB, et mutations. Nous luttons avec les autres cheminots, en multi activités, pour les guichets, pour le maintien des autorisations de départs.

Une nouvelle équipe (Directeur de région, Directeur d’Établissement, DRH, Chef d’unité) a été mise en place. Ils ont voulu tester notre solidarité, notre collectif. Ils ont voulu faire table rase des accords et relevés de décisions signés, cela a été le déclencheur.

RP : Comment s’est déroulé cette grève ?


JD : En dénonçant les accords, en ne respectant pas notre travail, nos roulements de conduite, en tentant une productivité sur nos journées, en bafouant le CHSCT, la direction a tenté un coup. Immédiatement l’outil syndical CGT a été mobilisé. Le collectif de lutte, militants, syndiqués, sympathisants, s’est organisé. Dépôt d’une DCI (Demande de Concertation Immédiate - obligation légale depuis Sarkozy 2007) préalable à la grève, élaboration d’un tract explicatif, tenue de permanences de mobilisation, et décision collégiale, collective des modalités de grève.

Ainsi nous décidons de déposer un préavis reconductible de 9 mois du 26 novembre au 03 septembre 2018. C’est ensuite l’Assemblée générale des grévistes qui a fait vivre le préavis. Dès le démarrage, nous avons pris le parti d’informer l’ensemble du tissu local : Les unions locales, les associations d’usagers, les politiciens, et bien sûr la presse, élément incontournable pour réussir la médiatisation et la bataille des idées.

Nous avons donc organisé des points presse, des conférences et des distributions massives aux usagers pour expliquer notre lutte. Près de 4000 tracts ont ainsi été distribués. Par dessus tout, il fallait gagner la mobilisation, tracts, SMS, mails, appels individuels téléphoniques, et tenue d’AG systématique avec vote à bulletin secret et compte rendu immédiat. Chaque victoire passe par une préparation complète, nécessaire.

Les usagers, par nos distributions dans les gares et les trains ont été informés. Idem pour les directeurs de lycées, pour les étudiants et les parents impactés. Le nerf de la guerre, c’est la communication, pour ne pas être pointés comme les fainéants, les nantis ou les profiteurs.

RP : Qu’avez vous obtenu ? Et comment la direction a réagit ?


JD : La direction a tenté le pourrissement. Pas de conciliation, pas de négociations, pas de dialogue, voire de la provocation, clairement. Nos revendications étaient légitimes : nominations des jeunes conducteurs sur site, refus d’un plan de détachement, amélioration des conditions de travail du quotidien, répartition équitable du travail sur le territoire, remplacement des départs à la retraite.

Nos revendications, la direction les ont toutes balayées... au début. Mais, la mobilisation, la détermination, la forte présence aux AG, auront eu raison du dogme de la direction. 7 jours de grève, reconduite en AG, avec un taux de grévistes de 90% sur tout le conflit, auront permis d’inverser la donne. Les fêtes approchaient à grand pas, et la direction finalement a pris peur, nous en étions conscients. La direction a donc au final fait machine arrière, après 7 jours de grève. Ils ont compris que nous serions déterminés et que rien ne nous ferait reculer, pour la pérennité de notre site. C’est une belle victoire collective, une preuve qu’encore une fois rien n’est inéluctable, rien n’est perdu. Lutter c’est gagner son honneur, sa fierté, pouvoir garder la tête haute. Ceux qui luttent sont ceux qui vivent.

RP : Pour vous, c’est une politique générale de la direction ?


JD : L’entreprise, notre entreprise de service public, est attaquée de toutes parts. C’est un véritable projet de destruction de la SNCF telle qu’on l’a connue. La direction entreprend un plan de mise en concurrence interne via des filiales du groupe, Keolis, Transkeo, VFLI... c’est du dumping social, pour tirer toujours vers le bas les conditions de travail, les salaires, pour précariser l’emploi, et pour maximiser les profits et la rentabilité, pour une poignée de personnes...

Cette politique, c’est un schéma connu, dans beaucoup de boites publiques ou privées, toujours à l’identique. Des managers, des cadres, des PDGs décomplexés, encouragés par un gouvernement ultra libéral élu à grands coups de flonflons et trompettes. C’est affligeant d’analyser l’actualité nationale ou internationale, d’analyser les décisions gouvernementales, dans une morosité, dans un manque d’unité, de combativité majoritaire. Un noyau dur de citoyens refuse la fatalité, mais cela ne suffit plus, il faut que le salariat, et le peuple s’emparent des choix de société, et redéfinissent un futur radieux de lutte et de conquêtes sociales.




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