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Politique

De la loi Devaquet aux réformes de Macron

Plan étudiants. 31 ans après la mort de Malik Oussekine, la lutte doit continuer

La loi Devaquet, défaite en 1986 par le puissant mouvement étudiant qu’elle avait provoqué et précipitée par la mise à mort odieuse de Malik Oussekine dans la nuit du 5 au 6 décembre par deux policiers « voltigeurs », est remise en place par étapes successives depuis une dizaine d’années. Macron s’attaque notamment à la sélection dans l’enseignement supérieur, une mesure emblématique contre laquelle le mouvement étudiant s’était jusqu’ici systématiquement battu.

La loi Devaquet, contre-réforme libérale d’ampleur mise en échec

Le gouvernement Chirac, premier gouvernement de cohabitation droite-gauche sous la Vème République, met en place un vaste plan de contre-réforme de l’université qui prévoyait notamment la mise en concurrence des universités, la sélection à leur entrée et la liberté pour chacune d’entre elles de fixer ses propres frais d’inscription. Cette mesure visait à adapter l’université aux besoins nouveaux de l’économie capitaliste, mais aussi à détruire cette université devenue l’emblème des luttes de l’année 1968. L’annonce de cette réforme déclenche néanmoins un très fort mouvement de contestation contre lequel s’exerce une répression féroce. Les voltigeurs, ces policiers à moto chargés de traquer les manifestants en fin de manifestation, mettent brutalement à mort Malik Oussekine en le passant à tabac dans le hall d’un immeuble de la rue Monsieur-le-Prince dans le VIème arrondissement de la capitale, devant lequel a été installée depuis une plaque commémorative, qui ne mentionne pas que ce meurtre a été l’oeuvre de la police. Devenu par la force des choses le symbole de la contestation, et de cette victoire au prix fort, il nous importe de nous rappeler Malik Oussekine, en particulier dans un contexte où sévissent particulièrement les violences policières, et de poursuivre le combat contre ces mesures injustes qui vont à l’encontre des intérêts de notre classe.

Le « plan étudiant », nouvelle étape du processus ré-amorcé sous Sarkozy

Depuis la déroute de 1986 subie par l’exécutif dirigé par Chirac, les gouvernements successifs s’emploient à faire passer la loi Devaquet en pièces détachées, en jouant prudemment avec la contestation du milieu scolaire. Le gouvernement Sarkozy s’était attelé à faire passer des lois relatives à l’autonomie des universités, Macron, après lui, reprend le flambeau et s’attelle cette fois à la sélection en invoquant notamment l’échec des étudiants en première année. En réalité, l’échec lui-même est la conséquence de la précarité grandissante des étudiants, et des politiques d’assèchement budgétaire qui ont été menées, malgré la hausse des effectifs scolaires (pourtant largement prévue). A chaque fois, la méthode est la même : pour libéraliser, réformer ou privatiser, il faut faire croire que le chien a la rage…

Contre les « modernisations » conservatrices, notre solution face à la crise de l’université

Ces contre-réformes libérales menées depuis 30 ans prétendent répondre à la crise de l’université et d’un enseignement supérieur qui ne parvient plus à répondre efficacement à la demande d’une production capitaliste en mutation. Seulement, ces réformes sont pensées intégralement dans l’intérêt du patronat, qui emploie massivement la main d’oeuvre qualifiée. C’est pourquoi les gouvernements veulent accentuer la dépendance des universités à l’égard des conseils d’administrations des entreprises privées. D’autre part, la sélection doit permettre, grâce aux critères, d’indexer plus efficacement l’offre d’étude à la demande en main d’oeuvre qualifiée, tout en permettant de « pacifier » politiquement ce secteur emblématique des luttes sociales. Or cette mesure est largement contraire aux intérêts du plus grand nombre, et aura pour effet d’accentuer encore les inégalités d’accès aux études en fonction de l’origine sociale. Enfin, tout ceci n’est pas du tout au service de la qualité de l’enseignement, car le travail intellectuel requis par la machine capitaliste lui aussi se dégrade. En effet, à l’exception du personnel d’élite formé dans les grandes écoles, le travailleur intellectuel qualifié devient de plus en plus lui aussi une figure du travailleur aliéné et maltraité au travail. Face à tout cela, nous devons imposer une université véritablement ouverte et gratuite, qui soit au service de la mise en libre circulation du savoir et des connaissances. Nous voulons également que l’enseignement réponde efficacement aux besoins de la production sans desservir les intérêts des travailleurs, conscients de la crise que représente une université « hors-sol » qui condamne au chômage. Cela suppose de contester au capital et à l’Etat capitaliste le commandement de la production en général et de penser un système de production des biens et des savoirs en corrélation avec la société elle-même et dans son intérêt exclusif, c’est-à-dire dans celui des travailleurs associés.




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