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Genres et Sexualités

Contraception

Stérilet Bayer. Encore une fois la santé des femmes mise en danger

Crises d'angoisses, dépression, tachycardie, fourmillements dans les membres, troubles de la vue, perte de cheveux importante, hirsutisme, acné, spasmophilie, kystes aux ovaires, migraines, douleurs dorsales, libido absente, douleurs mammaires importantes et kystes, voire même perforation de utérus ou cancer du sein. Le dispositif intra-utérin (DIU) Mirena de l'entreprise Bayer est utilisé depuis 20 ans et c’est seulement maintenant que l’importance des effets secondaires commencent à être entendus.

Crédits photo : AFP

C’est souvent un peu compliqué de trouver un ou une gynécologue qui vous pose un DIU quand vous n’avez pas eu d’enfants (de nombreux praticiens refuse d’en poser), et quand c’est le cas, des DIU hormonaux sont souvent proposés. Comme si c’était normal de recevoir des hormones. C’est que les hormones permettent de réduire voire de supprimer les règles, et si cela peut être un avantage, ce n’est pas forcément sans risques pour certaines femmes. Mais si la plupart de ces effets « indésirables » sont écrit sur la notice du Mirena, celle-ci est souvent jeté à la poubelle par le gynécologue après la pose, et les femmes touchées sont peu suivies.

« Toutes les femmes sont allées s’informer par Facebook et pas dans un cabinet médical ! Moi, mon médecin gynécologue a complètement nié ce que j’avais, à la limite de me traiter de folle. »
Christelle G. créatrice et administratrice du groupe Facebook "Victimes du Stérilet Hormonal
MIRENA"

Renée Greusard s’est étonnée qu’aucun article journalistique n’ait écrit sur le sujet et en a publié un sur Rue 89 dans lequel on peut lire de nombreux témoignages de femmes en souffrance et peu écoutées.

De son coté, l’entreprise Bayer minimise les risques : le Mirena est l’un de ses produit phare. Et pourtant, une recherche danoise publiée en novembre 2016 et menée de 2000 à 2013 sur plus d’un million de femmes de 15 à 34 ans, affirmait que le risque de prendre des antidépresseurs augmentait de 40% chez les femmes utilisant une contraception hormonale (DIU ou autre). Pire : chez les adolescentes entre 15 et 19 ans, le risque s’élevait à 80%.

Après cet article, c’est un article de TV5 monde qui est sorti et qui a eu un large écho auprès de nombreuses femmes qui subissaient ces effets sans pouvoir faire le lien. Ainsi en France l’omerta sur les effets du Mirena commence a bouger seulement maintenant alors qu’aux États-Unis et en Espagne des milliers de plaintes ont déjà été déposées. Par exemple au Etats-Unis, en 2013 une action en justice a été menée pour des perforations de l’utérus, puis une nouvelle plainte collective contre le groupe Bayer pour les possibles cas de tumeurs et d’hypertensions cérébrales causées par le Mirena.

Alors, aujourd’hui en France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) se dit « attentive à cette augmentation des déclarations et à l’apparition de nouveaux signaux qui font actuellement l’objet d’investigations ». Mais les recherches prennent du temps. Et les scandales sanitaires ainsi que les liens entre multinationales et agences de contrôle et professionnels de la santé ne sont pas là pour nous rassurer. Ainsi pour l’ANSM, « A ce jour, au regard des données disponibles, l’augmentation et la nature des déclarations ne remettent pas en cause le rapport bénéfice/risque de Mirena, qui reste positif dans ses indications actuelles. »

Et effectivement, sur la notice il y a des effets indésirables, mais de nombreux gynécologues n’y prêtent pas assez attention. Ainsi pour Gérard Lévy, le président de la Commission éthique du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, « c’est de plus en plus à la mode de trouver des effets secondaires » « Le Mirena, ce sont quand même des hormones à administration locale qui ne passent pas dans la circulation générale, donc ça me paraît curieux. Jamais au cours de ma carrière les femmes ne se sont plaintes, et elles étaient très contentes d’avoir leur règles diminuées ou arrêtées. Mais je constate qu’il y a un effet boule de neige : dès qu’il y a quelques personnes qui font des déclarations [sur les effets secondaires, ndlr], ça en entraîne toute une série d’autres »

Si celui-ci n’a pas à prendre les hormones progestatives (les mêmes qu’une femme génère pendant sa grossesse) il pourrait pourtant savoir que les hormones ont des conséquences.... Mais le corps des femmes reste très mal connu, comme le montre le fait qu’on vient seulement de représenter le clitoris dans les manuels scolaire et le corps des femmes reste peu pris en compte voire souvent dénigré.

À l’échelle des consultations, de nombreux professionnels restent dans le déni et c’est alors aux victimes de s’organiser, de ne pas en rester à croire que c’est « l’âge » ou « des problèmes psy ».
Marie L, professionnelle du paramédical et modératrice du groupe Facebook "Victimes du Stérilet Hormonal MIRENA » appelle les victimes à faire des déclarations : « Cette démarche de déclaration de pharamaco-vigilance à l’ANSM est très importante, puisqu’à partir d’un certain nombre de déclarations sur tout le territoire, l’agence est obligée de déclencher une réévaluation du dispositif. Ca peut amener à un changement de la notice, mais aussi à un changement de protocole, comme ce qui existe en Allemagne, puisque dans ce pays, un gynécologue a obligation de faire signer un papier avec la liste de tous les effets secondaires à toute patiente à qui il pose un Mirena (Site allemand traduit en français :). »

Un tel changement serait le bienvenu, mais il ne faudrait pas oublier que derrière l’arbre se cache la forêt, une forêt d’arbres de type Monsanto ? Pas entièrement, mais en partie, car dans la forêt de la santé, il est difficile de se repérer. Le géant Bayer qui produisait le ZyklonB, le gaz génocideur utilisé dans les camps de la mort nazis et qui a, l’année dernière, racheté Monsanto est en ce moment aussi accusé pour des troubles graves liés à ses implants de stérilisation Essure, encore une fois pour la contraception féminine.

Alors que l’argent public est de moins en moins donné à la santé et la recherche, les scandales se succèdent. Si l’on a besoin de se protéger, il faut rester vigilant à la conception « bénéfice/risque » des grandes entreprises, car une entreprise en bonne santé n’est pas une personne en bonne santé. « Santé sans richesse vaut mieux que richesse sans santé » n’est pas un proverbe qui s’applique si facilement.




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