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Politique

Crise chez LR

Tensions entre l’aile libérale et l’aile identitaire des Républicains

Le tournant vers les thématiques du FN amorcé par Laurent Wauquiez n'est pas sans causer des remous chez les Républicains, notamment avec l'aile plus libérale du parti qui voit d'un mauvais œil l'accent mis sur l'immigration et les revendications identitaires. Le récent échange par médias interposé entre Virginie Calmels, numéro deux du parti, et Laurent Wauquiez témoigne de ces tensions internes.

La polémique a commencé à propos du tract des Républicains tiré à 1,5 million d’exemplaires les 9 et 10 juin derniers lors du printemps des Républicains qui s’intitule « Pour que la France reste la France ». Dans ce document, diffusé aux élus sans concertations préalables, le message est clair et marque un tournant offensif en direction des idées et de l’électorat du FN. « Il n’y a jamais eu autant d’impôts », « Il n’y a jamais eu autant d’immigrés », « Il n’y a jamais eu un tel risque terroriste », « Il n’y a jamais eu une telle pression communautariste », « Il n’y a jamais eu une telle flambée de délinquance », « Il n’y a jamais eu de telles fractures territoriales », voilà les titres qui résument l’orientation actuelle du parti de droite qui lorgne de plus en plus vers l’extrême-droite en mélangeant allègrement, immigration, religion, diversité, terrorisme et délinquance.

La ligne anti-immigration et réactionnaire de Wauquiez, élu à la tête du parti de droite suite à sa défaite lors des dernières élections présidentielles, s’exprime ici à plein régime, ce qui n’est pas sans faire réagir une partie de l’appareil LR, plus modérée et plus libérale. Ainsi, on a pu entendre Robin Reda, député de l’Essonne, sur Europe 1, dire qu’il ne « distribuerait pas le tract » car il ne témoigne pas « d’un travail de fond des Républicains pour essayer de reconquérir l’opinion ». Pour ce proche de Valérie Pécresse, qui incarne une ligne libérale dans le parti, le tract définit une orientation trop à droite et trop en lien avec les thématiques du FN.

Le débat entre les diverses sensibilités ne s’est pas cantonné à quelques déclarations sur les ondes ou dans la presse puisque les « fausses pudeurs de gazelle », comme les nomme Julien Aubert, secrétaire général adjoint du parti et proche de Wauquiez, ont même crispé les relations avec Virginie Calmels, l’actuelle vice-présidente des Républicains. Ce mardi, la réunion de direction du parti a vu s’affronter les partisans de la ligne Wauquiez et Virginie Calmels. Elle reproche au tract son ton populiste, son visuel très proche de ceux du FN et l’absence de concertations en amont.

Outre les réflexions des divers pontes du parti, Calmels s’est vue reprendre par un Wauquiez plus que jamais déterminé à suivre sa ligne politique réactionnaire : « Moi j’ai été élu sur une ligne claire. Je pense profondément que les valeurs de la droite doivent être réaffirmées. J’ai été élu sur cette ligne-là  » a-t-il déclaré avant de la rappeler à ses responsabilités en tant que vice-présidente d’un parti qui a choisi cette ligne de droite dure à 75% en décembre dernier.

Les Républicains continue d’accomplir sa mue politique suite à son élimination du second tour de la présidentielle. Après la scission des Constructifs, constitués en groupe parlementaire distinct et acquis à Macron, les lignes bougent encore en interne. L’orientation de plus en plus explicitement réactionnaire et opportuniste de Wauquiez dessine les contours d’une droite qui joue sa survie politique en allant chasser sur les terres du FN car elle ne peut rivaliser sur le plan du néo-libéralisme autoritaire du gouvernement Macron.




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