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Société

Voile contre voix ?

« The Voice » : déchaînement islamophobe contre la candidate Mennel Ibtissem

Mennel Ibtissem, jeune femme de 22 ans, s’est faite connaître tout d’abord pour sa voix, grâce à sa prestation à l’émission « The Voice » sur TF1 et ses vidéos en ligne. Mais aujourd’hui, dans la France Républicaine, quand on s’appelle Mennel, qu’on est musulmane et qu’on porte le voile, participer à une grande émission de télévision, s’exposer, c’est se retrouver rapidement confrontée à des attaques racistes et islamophobes.

Mennel Ibtissem est l’une des candidates de l’émission « The Voice » 2018, suivie par des millions de téléspectateurs. Remarquée suite à sa reprise de la chanson Hallelujah de Léonard Cohen, la jeune fille de 22 ans s’est attirée la sympathie du jury et de l’auditoire. L’histoire aurait pu s’arrêter là : la reconnaissance du talent d’une jeune femme qui veut vivre de sa passion. Mais Mennel est aussi une jeune femme musulmane, franco-syrienne, et qui a choisi de chanter en arabe sur le plateau de The Voice.

Son foulard sur les cheveux a immédiatement suscité une vague de commentaires sur les réseaux sociaux : l’expression de la discrimination quotidienne que vivent des milliers de femmes musulmanes ou supposées comme telles. Certains ont aussi sauté sur l’occasion pour l’accuser d’avoir « chanté des chants religieux » sur le plateau télé.

Mais ce qui est au cœur de la polémique aujourd’hui tient à des propos qu’elle aurait tenu sur son compte Facebook au moment des attentats de Nice, le 15 juillet 2016. Au lendemain de l’attentat, elle avait alors écrit : « C’est bon, c’est devenu une routine, un attentat par semaine !! Et toujours pour rester fidèle, le « terroriste » prend avec lui ses papiers d’identité. C’est vrai, quand on prépare un sale coup, on n’oublie surtout pas de prendre ses papiers ! ». Ce premier post fut suivi d’un autre daté du 1er août 2016, soit quelques jours après l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : « Les vrais terroristes, c’est notre gouvernement ». Ces propos ont été exhumés suite à la diffusion de l’émission ce samedi par des « internautes » et souvent proches de l’extrême droite. Une « petite enquête » qui, comme le dénoncent justement certains internautes sur Twitter, a été menée seulement et uniquement parce que Mennel est musulmane et porte le foulard. Des propos qui exposent la jeune femme à des insultes et à la menace d’être éliminée de l’émission suite à la plainte formulée par l’association des victimes de l’attentat de Nice.

Aujourd’hui, la candidate emportée par la polémique a dû s’excuser publiquement de ses propos. Les pressions à « l’unité nationale » héritées de la situation politique "post-attentats" ainsi que le chantage médiatique l’ont amené à devoir réaffirmer son allégeance à la France et à se désolidariser publiquement des « terroristes ». Un « mea culpa » inévitable - inévitablement islamophobe -, pour que Mennel puisse poursuivre l’émission.

Cette polémique qui rappelle à quel point la France est un pays raciste et islamophobe où porter le voile est assimilé à un soutien à Daesh, où les musulmans doivent systématiquement s’excuser et se désolidariser des « terroristes » qui commettent les attentats, où il ne fait pas bon chanter en arabe « par les temps qui courent ». Chroniqueuse de l’émission Touche pas à mon poste, Isabelle Morini-Bosc, a en effet estimé que Mennel « n’aurait pas dû chanter arabe par les temps qui courent ». Mennel aurait donc dû mesurer le poids de ses mots sur son compte personnel Facebook en 2016. Par contre, Isabelle Morini Mosc, sur l’une des émissions les plus regardées en France peut sans représailles prononcer cette phrase raciste et islamophobe.

D’autres encore reprochent à la candidate son soutien à la Palestine ou d’avoir relayé une publication de Dieudonné et une de Lallab, une association musulmane féministe. Tous les faits et gestes de Mennel auront donc été passés au peigne fin dans le but de la discréditer. Une cabale que les médias et les politiciens n’auront pas manqué d’instrumentaliser et de récupérer. A ce titre, Valérie Boyer de Les Républicains n’a pas tardé à se saisir de l’affaire à des fins racistes déclarant sur Twitter :

 « Où sont les féministes ? » : en tout cas ces déclarations nous confirment où sont les racistes et les islamophobes, ceux qui répandent la haine, à l’encontre de la population musulmane et d’autres. Ce sont ces propos qui devraient choquer et non ceux de Mennel. Où sont les racistes ? Où sont ceux qui répandent la haine, génèrent des conflits, nourrissent les guerres ? Qui est accusé d’avoir encouragé la société Lafarge lorsqu’elle finançait Daesh pour maintenir son activité en Syrie ? Ce sont d’eux dont nous devrions nous scandaliser et non d’une jeune femme qui chante en arabe sur un plateau télé et publie des messages sur facebook. Il est temps de mettre un terme à la logique du bouc émissaire, à la stigmatisation de la population musulmane, et de pointer les vrais responsables – le gouvernement français et ceux des autres puissances impérialistes, et les grandes entreprises - ceux qui font le terreau du « terrorisme » aujourd’hui. Face à une telle cabale islamophobe, qui touche aujourd’hui la candidate à The Voice, et demain d’autres, il nous faut fermement condamner les attaques islamophobes et l’instrumentalisation de l’affaire. Parce qu’à chaque fois que l’on se tait, eux continuent de s’en tirer à bon compte et d’agir en toute impunité.

Crédit image : TF1




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