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Culture et Sport

Violences racistes

This is America : Le portrait glaçant des Etats-unis

La chanson « This is america » a connu en l’espace d’une semaine un succès phénoménale sur la toile. Dénonçant l’oppression et les violences raciales, Childish Gambino invite le public à réfléchir sur les travers de la société américaine.

On l’aura remarqué, « This is america », mis en ligne le 5 mai 2018, a bénéficié d’un succès fulgurant en dépassant les 100 millions de vue en moins d’une semaine.

Internet n’en fini pas de disséquer le clip bourré de références dénonçant les travers de la société américaine. La musique est ici presque indissociable du clip. En effet, le message est fort et s’appui autant sur la musique et les paroles que sur son contenu visuel. Même si d’autres l’ont fait, On vous propose un récap’ de tout ce qu’il faut savoir sur Childish Gambino et le succès de l’éminemment politique « This is America ».

Childish Gambino aussi connu sous le nom de Donald Glover est connu pour ses talents de réalisateur acteur et rappeur. Révélé par la série « Community », il est également Réalisateur de la série « Atlanta » dans laquelle il dénonce le racisme et la réalité de la condition afro-améticaine aux Etats-Unis. Childish Gambino n’en est ainsi pas à son coup d’essai, la thématique du racisme et de la violence sociale étant omniprésente dans ses productions.

Mais que nous propose concrètement This is America ? Bien que fort, on peine a expliqué clairement un message que l’on semble pourtant comprendre instantanément. Deux thématique principales semblent ainsi se dégager.

Le racisme tue et on tue avec des armes

Avec un meurtre et la tuerie d’une chorale de Gospel en 4 minutes 05 de vidéo, le thème des armes à feu aux Etats-Unis est omniprésent. La détention d’armes aux Etats-Unis est rendue légale par le second amendement de la constitution américaine, ce dernier faisant ainsi régulièrement l’objet de vifs débats lorsque se produit une tuerie (phénomène malheureusement récurant aux Etats-Unis). Cette année, la tuerie du lycée de Parkland où plus 17 élèves et professeurs ont trouvé la mort , est la 18ème tuerie scolaire recensée en 2018.

Childish Gambino danse sur un air de gospel entrainant et insouciant. Puis il tire sur le guitariste noir, avant de déposer l’arme dans un chiffon rouge comme un objet précieux. Le droit au port d’armes est placé au dessus de la sécurité des individus. Mais surtout, cet assassinat est à mettre en lien avec la surexposition des noirs à la violence, tout particulièrement policières. « Ici c’est l’Amérique » « ne te fais pas avoir par surprise » martèle le rappeur. Aux États-Unis, les jeunes afro-américains sont surexposés aux violences policières. Selon une enquête du Washington post, Les policiers américains ont abattu 987 personnes en 2017, dont une majorité écrasante d’hommes noirs désarmés.

L’Entertainment sur fond de violence

« Get you’r monney Black men » chantonne le Gospel avant de s’interrompre brutalement après les coups de feu. Le registre est cinglant et glacial, mais Gambino continue de danser alors que des émeutes éclatent derrière lui ; le plan est habile, car l’œil du spectateur ne voit que le groupe de danseurs souriant, décelant à peine les mouvements de foule à l’arrière-plan. La réalité est bel et bien là, omniprésente bien que se cachant derrière l’industrie du divertissement. Le rappeur s’autorise à ce sujet un petit tacle à destination de « Gucci Gang » de Lil Pump , devenant ainsi « contreband contreband ». Par cette pique, une peut entrevoir la critique d’un rap consumériste dont les protagonistes, majoritairement issus des minorités défavorisés, ont tendance à se travestir en hommes sandwich pour les marques de luxe (Gucci et Versace…) , fascinés par les signes de réussite sociale qu’elles procurent.

Enfin les clins d’œil à la communauté afro-américaine sont nombreux, jusque dans les pas de danse rendant un bel hommage à James Brown. Autre interprétation possible donné par France 24 celle d’une référence au black face, faisant alors basculé cette danse espiègle et joyeuse dans le glauque.

« La référence au "blackface" saute aux yeux, cette parodie raciste de la culture afro-américaine popularisée par le show "Jumping Jim Crow" dans les années 30 : la figure souriante et bondissante d’un esclave noir, joué par un homme blanc, grimé et déguisé en noir. Donald Glover en reprend les codes, les yeux qui roulent, les sourires forcés et la gestuelle de pantin. »

« This is America » se veut le reflet froid et glaçant de la société américaine, où être noir constitue une prédisposition à se faire abattre par balle. A la fin de la a vidéo, Childish Gambino s’enfuit au cœur d’une imagerie qui n’est pas sans rappeler le film d’horreur « Get out », où un afro américain tente de survivre à l’assaut de suprématistes blancs voulant sa mort. A l’heure où Kany West affiche son soutien à Donald Trump et considère que l’esclavage était une question de choix , il est bon d’entendre un titre dénonçant l’oppression que subisse les noirs aux Etats-Unis au sein d’un rap conscient. L’artiste n’a pour l’instant donné aucune interprétation de son titre, laissant presse et publique libre dans leur ressenti et leur analyse d’un morceau aussi entraînant que complexe.




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