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Notre classe

Une belle journée de grève

Toulouse. « Comme d’autres cheminots, il va falloir qu’on passe en grève reconductible ! »

Ce vendredi à Toulouse, les cheminots entamaient une nouvelle séquence de deux jours de grève. Après une assemblée générale qui n’a pas permis à beaucoup de grévistes de s’exprimer (pas de sono, manque de temps…), tous se sont rendus devant le conseil régional avec des soutiens pour une action festive et réussie.

A 10 heures ce vendredi, environ 250 cheminots en grève se massaient devant un bâtiment de la direction de la SNCF, près de la gare Matabiau, à Toulouse. Sur place, la première surprise est de taille : les organisations syndicales n’ont pas installé la sono, comme elles le font habituellement. Entre le vent d’Autan qui souffle sur la foule et les voitures qui circulent à côté, les prises de paroles sont peu audibles, et les cheminots sont obligés de s’époumoner pour se faire entendre.

« Alors qu’on souhaitait questionner le rôle de ces assemblées générales, et le fait qu’aucune décision n’en sort jamais, je ne crois pas que ce soit un hasard qu’il n’y ait pas de sono » lance un cheminot. Après les introductions faites par les syndicats, et en dépit des conditions loin d’être optimales, certains grévistes prennent tout de même la parole.

« On s’écoute parler pendant deux heures, on ne vote rien, ni les actions, ni les revendications, et ensuite on rentre chacun chez nous, explique F., gréviste non syndiqué, qui interroge ses collègues sur les assemblées générales et la grève de deux jours sur cinq. Vous pensez vraiment que c’est comme ça qu’on va gagner ? Le seul droit de vote qu’on a dans ces AG, c’est celui entre le préavis reconductible et le préavis perlé, et on le vote à bulletin secret ! Comme si on avait honte ! Moi j’ai voté pour la reconductible, depuis le début, et si ça ne concerne que moi, j’en ai pas honte ! C’est la condition pour que ces AG soient réellement souveraines et démocratiques ! ».

La réponse de dirigeants syndicaux - de la CGT notamment - est limpide : « Les décisions se prennent par en haut, tu n’as pas à intervenir ! ». Dans une atmosphère électrique, chaque gréviste se rend ensuite aux urnes pour voter. Quelques minutes plus tard, le résultat tombe. 2 cheminots souhaitent reprendre le travail, 202 ont voté pour le préavis de deux jours sur cinq, et 43 souhaitent se mettre en grève reconductible. La semaine précédente, ils étaient 41 à vouloir reconduire la grève par période de 24h. Ainsi, même si cette frange des grévistes est minoritaire, elle ne faiblit pas et reste déterminée. Pour eux, c’est clair : la reconductible et les assemblées véritablement démocratiques sont le seul moyen d’établir un rapport de force à même de faire plier le gouvernement. Surtout dans un moment où les directions de la CFDT et de l’UNSA commencent à tergiverser et expliquer que les négociations avec le gouvernement ont produit des avancées... Le seul moyen de maintenir une réelle unité des cheminots, c’est que les décisions du mouvement reviennent aux grévistes eux-même, qui décident ensemble quand et comment poursuivre ou non la grève. La grève victorieuse des ONET de Paris (et son « intersyndicale unie et contrôlée par les grévistes ») en est sûrement le meilleur exemple.

Sur les coups de 11 heures, les cheminots et les soutiens présents quittent la gare pour se rendre devant le Conseil régional d’Occitanie, où est organisé un rassemblement. Sur place, différents représentants syndicaux de multiples secteurs prennent la parole : travailleurs de l’université, du secteur de l’énergie, de la poste, secrétaires généraux de l’Union Départementale de la CGT et de Sud Solidaires… Les cheminots reçoivent même le soutien de conseillers de la région, qui s’opposent fermement à la privatisation du rail et la fermeture des petites lignes.

Enfin, évidemment, les étudiants du Mirail ont apporté tous leur soutien aux cheminots en lutte, dans la foulée de la réussite du meeting de convergence qui s’est tenue le 10 avril.

Malgré un important dispositif policier qui visait notamment à empêcher l’accès aux bâtiments du conseil régional, le rassemblement s’est poursuivi dans une ambiance combative. Devant l’entrée, des cheminots ont monté des rails symboliques, pour protester contre la fermeture de la ligne Rodez-Millau, au son de slogans tels que « Guillaume Pepy au RMI ! Et Pierre Gattaz à Alcatraz ! ».




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